En France, il y a désormais près de 17 étudiants pour une place en résidence universitaire. En 2000, ils étaient environ 14. Derrière ce chiffre se trouve une crise du logement étudiant devenue une crise de l’autonomie. Axel, étudiant à l’Université Paris 8, témoigne : « Je vais à la fac mais j’ai pas de toit. Je dors chez des amis qui me dépannent en attendant…C’est juste impossible de trouver simplement une chambre, et encore plus pour un studio. ». En toile de fond, les files pour l’aide alimentaire sont massives sur les campus.
Cette pauvreté extrême, résultat de dix années de macronisme, frappe au delà des étudiants. Des millions de familles sont privées de chauffage, des millions d’autres sont en attente d’un logement social. Malgré tout, ce sujet reste invisibilité par l’officialité médiatique et le personnel politique, à l’exception de Jean-Luc Mélenchon. Le leader insoumis porte des propositions concrètes pour remédier à la crise du logement : construction massive de logements publics à un prix abordable, sortir de la dépendance au marché, bloquer les loyers, plan massif de rénovation énergétique pour éradiquer les bouilloires thermiques. Notre article.
Étudier sans pouvoir se loger : une réalité trop souvent passée sous silence
Trouver un logement avant sa rentrée universitaire est devenu un véritable parcours du combattant. Dans les grandes villes, les étudiants doivent composer avec des loyers élevés, une offre qui se réduit et une concurrence toujours plus forte. À Paris, le nombre d’annonces de location aurait ainsi diminué de 30 % depuis 2019 selon SeLoger. En un an, le nombre de studios disponibles aurait également reculé de 12,7 % dans la capitale, de 16,2 % à Strasbourg et de 7,4 % à Toulouse.
Le problème est encore plus évident dans le parc universitaire. Entre 1960 et 2022, le nombre d’étudiants a été multiplié par 10,5, tandis que le nombre de logements étudiants n’a progressé que de 2,3. La part des étudiants logés dans le réseau Crous est ainsi passée d’environ 35 % à seulement 6 %.
La majorité d’entre eux se trouve donc contraint de se tourner vers le privé. En 2023, environ un tiers des étudiants vivaient seuls ou en couple dans une location privée, contre seulement 11 % dans une résidence universitaire, dont 7 % dans le parc Crous. À Paris, un studio coûte désormais autour de 1 200 euros par mois en médiane. Pour un étudiant sans soutien familial important, de tels montants rendent l’autonomie quasiment inaccessible.
Pour aller plus loin : Le logement : une crise qui frappe des millions de Français
Une crise du logement qui produit des inégalités
Le logement n’est pourtant pas une dépense comme les autres. Il conditionne la possibilité même d’étudier, de travailler et de devenir autonome. Un étudiant qui ne trouve pas de logement peut être contraint de vivre très loin de son université, de multiplier les heures de transport ou d’accepter un logement dégradé. Dans les situations les plus difficiles, certains renoncent à une formation ou à la ville dans laquelle ils souhaitaient étudier.
Cette situation renforce surtout les inégalités sociales. Ceux dont les parents peuvent payer un loyer élevé, fournir une caution ou héberger temporairement leur enfant disposent d’une sécurité que les autres n’ont pas. Le logement devient ainsi un facteur supplémentaire de reproduction sociale : le choix de ses études et parfois même la possibilité de les poursuivre dépendent des ressources de sa famille.
Cette dépendance familiale n’est pas une solution. Elle traduit au contraire l’incapacité de la puissance publique à garantir les conditions matérielles de l’autonomie des jeunes.
Quand le logement devient un placement
La crise étudiante s’inscrit dans une crise beaucoup plus large. La France a vu sa construction de logements s’effondrer : plus de 430 000 logements étaient commencés en 2017, contre environ 265 000 en 2025. Dans le même temps, le nombre de logements vacants est passé d’environ 1,9 million dans les années 2000 à près de 2,85 millions en 2025.
Il ne suffit donc pas de dire que la France « manque de logements ». Il faut également demander pour qui et à quel prix ils sont construits et utilisés.
Depuis plusieurs décennies, le logement a progressivement été intégré à une logique patrimoniale et financière. Acheter un appartement permet de percevoir un loyer, de réaliser une plus-value ou d’optimiser sa fiscalité. Dans les zones tendues, cette logique contribue à éloigner les logements des ménages qui en ont besoin.
Les locations touristiques de courte durée accentuent parfois encore cette pression. Lorsqu’un logement rapporte davantage en étant loué à la nuitée qu’à l’année, il peut disparaître du marché résidentiel. À cela s’ajoutent les logements vacants et les bâtiments qui pourraient être transformés en logements mais restent inutilisés.
La question est donc politique : la collectivité doit-elle continuer à laisser le logement fonctionner principalement comme un marché, ou convient-il d’en faire à nouveau un droit effectif ?
Un million de logements abordables : la proposition de Jean-Luc Mélenchon
C’est précisément cette rupture que défend Jean-Luc Mélenchon. Invité sur BFMTV le 6 septembre, David Guiraud a rappelé l’une de ses propositions centrales : construire un million de logements abordables pour les Français.
L’objectif est de sortir massivement des ménages du marché privé devenu trop cher. David Guiraud rappelait ainsi que le loyer moyen du parc abordable se situe autour de 6,70 euros par mètre carré, contre environ 26 euros à Paris et 13 euros dans de nombreuses grandes villes. Ainsi, permettre à un million de ménages de passer du privé au logement abordable représenterait en moyenne environ 250 euros de pouvoir d’achat supplémentaire par mois, soit plus de 2 500 euros par an.
Le logement devient ainsi une question de pouvoir d’achat autant qu’une question sociale. Réduire directement le montant du loyer permet de rendre du revenu disponible aux ménages sans leur demander de s’endetter davantage.
Pour y parvenir, Jean-Luc Mélenchon propose notamment de construire 200 000 logements publics par an pendant cinq ans et de porter à 30 % la part de logements sociaux, avec 5 % consacrés aux résidences universitaires et aux foyers de jeunes travailleurs. Pour les étudiants, cela signifie sortir de la dépendance au marché privé et aux garanties familiales.
Mais construire ne suffit pas. Le candidat insoumis à l’élection présidentielle défend également le blocage des loyers, et leur encadrement y compris à la baisse dans les zones où les prix sont les plus élevés, ainsi qu’une garantie universelle des loyers pour sécuriser les locataires et mettre fin à la sélection par la capacité à présenter un garant familial.
Enfin, Jean-Luc Mélenchon propose également de réquisitionner les logements vacants et de renforcer le droit de préemption des collectivités afin qu’elles puissent acquérir des biens et les transformer en logements accessibles.
Le logement doit redevenir un droit
La situation des étudiants résume finalement la crise du logement française : une offre publique insuffisante, des loyers privés trop élevés et une dépendance croissante aux ressources familiales.
Les 17 étudiants pour une chambre Crous ne sont pas un résultat tombé du ciel. Ils sont le produit de choix politiques. Face à cette situation, Jean-Luc Mélenchon propose de changer de logique : construire massivement du logement public, faire baisser les loyers, lutter contre la spéculation et reprendre le contrôle sur les logements vacants et touristiques.
Car se loger dignement ne devrait pas dépendre de la richesse de ses parents, de la possibilité de présenter un garant ou de la capacité à consacrer la moitié de son revenu à son loyer. Avec un million de logements abordables, le logement peut redevenir un droit plutôt qu’un produit financier. C’est le choix politique que propose Jean-Luc Mélenchon : faire du logement un outil d’émancipation plutôt qu’une source de rente.
Par Elias Peschier