Selon le Baromètre du logement Odoxa-Nexity-BFM-Capital de mai 2026, 74 % des Français jugent difficile de se loger en France. 53 % d’entre eux ont réduit leur budget alimentaire, renoncé à des soins médicaux ou emprunté de l’argent pour s’en sortir. En effet, la crise du logement est plus que jamais une urgence sociale et politique qui frappe de plein fouet des millions de Français·es. Le logement est devenu le premier poste de dépense des ménages, pendant que les loyers flambent et que la pauvreté augmente. La réalité est brutale : plus de 4 millions de personnes sont mal logées et près d’un million sont privées de domicile personnel, selon la Fondation pour le Logement des défavorisés.
Cette crise touche d’abord les classes populaires, dont une part toujours plus importante des revenus est absorbée par le logement. Les inégalités atteignent aujourd’hui un niveau inédit. Les ménages les plus pauvres consacrent jusqu’à 42 % de leurs revenus pour se loger, quand les plus riches n’y consacrent que 10,8 %. Dans le même temps, 2,9 millions de ménages attendent un logement social.
Cette situation est le résultat de choix politiques menés ces dernières années par les gouvernements d’Emmanuel Macron et leurs ministres dédiés : baisse des APL, stagnation des salaires, réduction des aides à la construction et recul continu des investissements dans le logement public. Autant de décisions qui ont contribué à aggraver la pénurie et la crise de logement qui en résulte, et à éloigner encore davantage les classes populaires de l’accès à un logement digne et abordable.
Cette crise est le résultat d’un système capitaliste qui favorise la spéculation et la concentration des richesses : aujourd’hui, 3,5 % des ménages possèdent à eux seuls la moitié des habitations locatives privées, dont une grande partie reste vacante. Dans le 7ᵉ pays le plus riche du monde, quelques-uns accumulent les biens et les profits pendant que des millions de personnes peinent simplement à se loger dignement. Notre article.
Des lois existent mais restent insuffisamment appliquées
Face à cette situation, plusieurs lois et dispositifs ont été mis en place pour garantir le droit au logement pour toutes et tous, mais sont sabotés par l’inaction politique du gouvernement et le refus d’affronter les intérêts privés immobiliers.
La loi SRU devait imposer un minimum de justice sociale dans les territoires en obligeant les communes à atteindre 25 % de logements sociaux. Mais en 2023, près de deux communes sur trois ne respectaient toujours pas leurs obligations. Et malgré cela, les sanctions restent trop faibles et de nombreux maires préfèrent payer des amendes plutôt que de construire des habitations accessibles aux classes populaires.
Le droit au logement opposable (DALO), créé en 2007, censé garantir à chacune et chacun un accès effectif au logement, est lui aussi vidé de sa substance. Dans les faits, le manque de logements disponibles rend ce droit difficile à faire respecter. Des milliers de familles restent abandonnées pendant des mois, parfois des années, malgré des décisions de justice en leur faveur.
Quant à l’encadrement des loyers, il a donné des résultats partout où il est expérimenté depuis 2018, même si ses effets restent limités dans les secteurs où les niveaux de loyers demeurent extrêmement élevés. Cette situation s’explique notamment par le recours au « complément de loyer », un dispositif qui échappe encore à tout encadrement strict.
À Paris, le dispositif a néanmoins permis d’éviter, en moyenne, une hausse de 141 euros par mois pour les locataires entre 2023 et 2024. Mais là encore, le gouvernement refuse d’aller au bout de cette logique. Plutôt que de généraliser une mesure utile aux locataires à l’ensemble du territoire, il préfère préserver les intérêts des grands propriétaires et laisser les prix s’envoler dans le reste du pays.
Les solutions existent donc. Ce qui manque, ce n’est ni les outils ni les moyens, mais une volonté politique claire : celle de faire passer le droit de toutes et tous à se loger dignement avant les intérêts des grands propriétaires.
Les propositions concrètes portées par La France insoumise
Sandrine Nosbé, députée de la 9ᵉ circonscription de l’Isère, porte à l’Assemblée nationale les combats en faveur du logement au sein de la commission des affaires économiques. Elle a déposé plusieurs propositions de loi afin de reprendre le contrôle sur un marché devenu inaccessible pour des millions de Français·es.
Pour aller plus loin : Municipales – Arrêtés anti-expulsions, lutte contre les marchands de sommeil, baisse des loyers… Le plan de LFI pour garantir à chacun un logement digne
Généraliser et améliorer l’encadrement des loyers
Co-rédigée par les député·es Marie Mesmeur, Anaïs Belouassa Cherifi et François Piquemal, la proposition de loi a été déposée fin 2025 pour mettre fin à l’inefficacité actuelle de l’encadrement des loyers et empêcher les propriétaires et les plateformes immobilières de contourner les règles.
Parmi les principales mesures proposées : geler les loyers pendant quatre ans afin de faire reculer les prix ; généraliser l’encadrement des loyers sur tout le territoire ; supprimer le « complément de loyer », devenu un outil de contournement massif des plafonds légaux ; renforcer les contrôles et les sanctions contre les dépassements illégaux, qui concernent particulièrement les très petites habitations et les passoires thermiques classées G ; rendre obligatoire la déclaration de mise en location partout en France.
L’objectif de cette proposition de loi est de rendre enfin véritablement effectif l’encadrement des loyers en empêchant les pratiques de contournement qui alimentent la hausse des prix et aggravent la crise du logement. En renforçant les contrôles, en supprimant les failles du dispositif actuel et en protégeant davantage les locataires, les député·es à l’origine du texte entendent répondre à une urgence sociale qui touche en premier lieu les ménages les plus modestes, les étudiant·es et les personnes vivant dans des logements dégradés.

Réquisitionner les biens laissés à l’abandon
Sandrine Nosbé a notamment déposé une proposition de loi concernant les biens sans maître, c’est-à-dire les biens immobiliers abandonnés sans propriétaire identifié ou sans héritier ayant accepté la succession.
Cette proposition poursuit plusieurs objectifs : écologique, en limitant l’étalement urbain grâce à la réutilisation de logements déjà existants ; juridique, en alignant le délai dont dispose un héritier pour accepter une succession avec celui permettant de contester l’utilisation d’un bien sans maître par une commune ; social, en conciliant davantage le droit de propriété avec le droit au logement, en rendant prioritaire l’utilisation de ces biens pour créer des logements sociaux ou étudiants.
Le but est d’éviter que des logements restent vacants pendant des années alors que les besoins d’être logés explosent partout sur le territoire.
Faire du logement un droit fondamental
Pour Sandrine Nosbé, « le logement n’est pas un bien marchand, c’est un droit fondamental profondément lié à la dignité humaine ». Se loger dignement doit être reconnu comme un droit fondamental garanti par la puissance publique.
Ce droit est déjà reconnu dans plusieurs textes internationaux, notamment : la Déclaration universelle des droits de l’homme ; le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ; la Charte sociale européenne.
Plusieurs États l’ont également inscrit directement dans leur Constitution, comme l’Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, le Mexique ou encore l’Afrique du Sud.
L’enjeu serait donc que la France reconnaisse à son tour explicitement le droit au logement comme un droit constitutionnel opposable, au même titre que d’autres droits fondamentaux.
Une telle reconnaissance permettrait notamment : de renforcer la responsabilité de l’État face à la crise du logement ; d’imposer des politiques publiques plus ambitieuses ; d’accélérer la construction de logements sociaux ; de mieux encadrer les loyers ; de faciliter la réquisition des logements vacants ; de donner davantage de moyens juridiques aux citoyen·nes pour faire respecter leur droit à un logement digne.
Derrière cette bataille politique, une idée demeure centrale : le logement est une nécessité vitale, pas un produit financier. Tant qu’il restera soumis aux logiques de marché et de rente, des millions de personnes continueront d’être exclues d’un droit pourtant essentiel à la dignité humaine.
Garantir un accès digne et abordable au logement partout sur le territoire
Le chemin législatif sera long, et inscrire le droit au logement dans la Constitution nécessitera un rapport de force politique important.
Mais face à une crise qui frappe désormais des millions de personnes, explosion des loyers, pénurie d’habitations abordables, hausse des expulsions, multiplication des habitatoins vacants et développement de la spéculation immobilière, l’urgence sociale est déjà là.
Il faut rompre avec des années de politiques libérales ayant laissé le marché décider seul de l’accès au logement.
Par Tiphaine