dimanche 5 juillet

21:20

Le tribunal permanent – Enquête sur la machine médiatique qui juge la France insoumise

Il y a des chiffres qui ne mentent pas. Parmi le corpus de Unes hostiles à Mélenchon et à La France Insoumise recensé dans la presse magazine nationale, près de 90 % sont parues après janvier 2022, plus de la moitié après octobre 2023. Pour aucun autre parti, aucun autre dirigeant, un corpus de cette […]

France insoumise

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Il y a des chiffres qui ne mentent pas. Parmi le corpus de Unes hostiles à Mélenchon et à La France Insoumise recensé dans la presse magazine nationale, près de 90 % sont parues après janvier 2022, plus de la moitié après octobre 2023. Pour aucun autre parti, aucun autre dirigeant, un corpus de cette ampleur n’existe. Ni pour le Rassemblement national. Ni pour la droite dure. Ni pour quiconque.

Ce n’est pas un sentiment, ni le récit victimaire d’un mouvement en difficulté. C’est une réalité mesurable, qui interroge les fondements mêmes du pluralisme. LFI est la première force de gauche du pays, avec 71 députés et 21,9 % à la présidentielle de 2022. Elle est aussi, et de très loin, le parti le plus systématiquement mis en accusation par les médias dominants. Voici comment fonctionne la machine, qui en sont les rouages, et pourquoi elle tient sans qu’aucune consigne ne soit jamais donnée. Notre article.

I. La normalisation par les Unes

Le 12 mai 2022, Le Point publie une Une dont la nature dépasse le commentaire politique ordinaire. Le portrait de Mélenchon y est retouché pour figurer en miroir de Marine Le Pen, sous le titre : « Mélenchon, l’autre Le Pen ». Le photographe Yann Castanier, dont l’image est détournée pour cette mise en scène, se désolidarise publiquement du titre. Le candidat qui vient d’obtenir 21,9 % des voix est rangé sur le même plan que celle du Rassemblement national. Le précédent ouvre une séquence.

Novembre 2023 : Kamel Daoud signe dans Le Point une chronique affirmant que Mélenchon miserait sur l’antisémitisme. Début 2025 : Raphaël Enthoven, dans la presse magazine, file le registre du mouvement à la fois stalinien et islamisé, prolongeant des attaques qu’il portera jusqu’devant les tribunaux. Mai 2025 : à la sortie du livre La Meute, une partie de la presse magazine et des plateaux reprend en chœur le lexique de la secte et de la dictature en miniature, qu’on retrouvera plus loin. À chaque fois, la même opération : il n’est pas discuté un programme, il est instruit un procès en dangerosité.

« La principale force de gauche partisane en France est stigmatisée par les médias dominants comme ne l’est aucun autre parti dans le champ politique. Et de très loin. » Pauline Perrenot, Acrimed, 15 mai 2025

L’on objectera : convergence ne vaut pas complot. C’est juste, et c’est même plus grave. La sociologue Dominique Marchetti a montré que l’homologie entre titres concurrents ne procède pas d’une concertation, mais de trajectoires sociales partagées entre rédactions. Ce que Bourdieu nommait le champ journalistique fonctionne par mimétisme : lorsqu’une grille s’impose, elle circule par imitation, chacun reprenant le cadrage du voisin par peur d’être en retard sur l’évidence. Personne n’a besoin de donner l’ordre. L’ordre est déjà intériorisé.

II. Le Printemps républicain, l’hégémonie sans mandat

À cette mécanique s’ajoute une intention. En mars 2016, Laurent Bouvet et le haut fonctionnaire Gilles Clavreul fondent le Printemps républicain autour d’une laïcité de combat. La base militante est quasi inexistante : Décideurs Magazine notera qu’aucun grand élu ne s’en réclame. Et pourtant le mouvement réalise une conquête hégémonique au sens de Gramsci : non par les urnes, mais par la domination des appareils symboliques. Slate a décrit dès 2021 sa méthode : détecter un fait divers confirmant ses thèses, puis l’amplifier jusqu’à ce qu’il envahisse le débat.

La cartographie est connue. Politis la dresse nommément en septembre 2024 : Caroline Fourest, Raphaël Enthoven, Sophia Aram, Gilles Clavreul, Amine El Khatmi. Chacun pèse dans le paysage médiatique infiniment plus que son poids politique réel. Sophia Aram tient depuis 2008 une chronique sur France Inter, première radio du pays, et en ajoute une au Point en 2025. El Khatmi devient conseiller de Pécresse puis candidat sur la liste Dati. Clavreul est nommé préfet des Landes par décret du 26 mars 2025 : l’audience médiatique d’abord, les portes de l’État ensuite.

« Ils squattent les plateaux et les talk-shows, où ils ont leur rond de serviette. Ils influencent les plus hautes sphères de l’État. Pourtant, ils ne représentent rien, ou pas grand-chose. » Politis, dossier Printemps républicain, septembre 2024

Le dispositif a son arme : Franc-Tireur, lancé fin 2021 par le groupe du milliardaire Daniel Kretinsky, dirigé par Caroline Fourest, éditorialisé par Raphaël Enthoven. Le même Kretinsky possède Marianne et Elle, et finance Libération à hauteur de plusieurs dizaines de millions d’euros. Puis vient la diffusion : Acrimed a relevé que, lors de l’affaire Rima Hassan en avril 2026, une émission de LCI consacra neuf minutes trente au sujet mais ne diffusa que 47 secondes de la conférence de presse de LFI. L’équation tourne : une polémique naît sur les réseaux, se reprend dans Franc-Tireur, se promeut sur LCI, irrigue tous les plateaux.

Pour aller plus loin : « On a tellement dit que LFI payerait… » : ces 24 heures où les éditorialistes ont dû reconnaître le succès de LFI aux municipales

III. Le prime time, la fabrique du consensus

Les grandes émissions politiques ne pratiquent pas l’exclusion frontale. Elles pratiquent quelque chose de plus efficace : la normalisation par l’évidence. En définissant ce qui mérite d’être dit, par qui et sur quel ton, elles dessinent les limites du pensable. LFI y est présente, et c’est précisément pour cela que le problème est plus retors qu’une censure.

Quotidien

Le talk-show de Yann Barthès, sur TMC, est depuis 2016 l’un des plus influents auprès des moins de cinquante ans. Le conflit avec LFI date d’octobre 2018, quand l’émission diffuse sélectivement les images d’un Mélenchon emporté lors des perquisitions. Depuis 2019, le parti a retiré son accréditation. Surtout, l’émission a fait de Jean-Michel Aphatie l’une de ses voix régulières, éditorialiste dont l’hostilité à Mélenchon est constante et assumée : dès le 5 mai 2025, la veille de la sortie de La Meute, il y résume par avance la thèse du livre, une dictature en miniature, épouvantable. La formule tombe avant même que quiconque ait pu lire l’ouvrage : le verdict précède l’instruction. Plus parlant encore : le choix assumé en 2024 de ne plus recevoir aucun politique en plateau. Traduction : il n’y a plus de débat contradictoire, seulement de l’explication. L’insoumis n’y est plus entendu, il y est décodé, démonté.

Ce refus du contradictoire a une fonction. En évacuant le débat politique du plateau le plus regardé par les moins de cinquante ans, Quotidien dépolitise le débat public. Or c’est précisément ce vide, cet évitement des termes mêmes du désaccord, qui profite à l’extrême droite : une force qui n’a pas besoin d’argumenter pour prospérer sur le terrain déjà retourné de l’émotion et du fait divers amène ainsi, par ce vide entretenu, l’extrême droite au pouvoir.

L’épisode se prolonge en juin 2026, et change de nature. Le 23 juin, en pleine canicule, Barthès raille les personnes vivant sous les toits :

« Tout le monde a chaud. C’est rare d’ailleurs de vivre un événement universel. On est tous logés à la même enseigne. Si vous croisez Bernard Arnault, il aura chaud. Un ministre, il aura chaud. Il aura aussi chaud que vous, que votre voisin du dessus ou du dessous (…) Tout le monde s’en fout ! » Yann Barthès, Quotidien, TMC, 23 juin 2026

Ce n’est pas seulement de l’hostilité à LFI : c’est le mépris de classe dans sa forme la plus nue, celui d’un animateur pour qui l’inégale exposition à la chaleur relève de la plaisanterie. Le procédé rejoint la fabrique du consensus décrite plus haut : de même que le plateau ne discute pas un programme politique, il ne discute pas non plus une inégalité sociale, il la neutralise par l’ironie. Le tollé dépasse la gauche ; jusqu’au ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, qui juge sur Sud Radio que « cette plaisanterie n’était pas la meilleure à faire ». Face à la polémique, le 25 juin, Barthès ne présente pas d’excuses : il ironise à nouveau, « Nous avons encore chaud. Tous. Tous chaud… Tous ! », préférant la récidive au mea culpa.

France Culture

Le 24 juin 2026, dans Les Matins, Guillaume Erner reçoit Marine Le Pen. Pour aborder la question de l’antisémitisme, il diffuse un montage sonore qu’il présente comme trouvé sur les réseaux sociaux, mettant en regard des propos de Mélenchon et de Jean-Marie Le Pen. Le montage, produit par le compte Instagram Léon le média (dont le rédacteur en chef est par ailleurs chargé de mission au Crif), détourne une phrase tenue en 2016-2017 sur « la caste, c’est-à-dire les tout-puissants financiers et leurs marionnettes médiatiques politiques », dans laquelle, comme le relève Acrimed, il n’était absolument pas question des personnes de confession juive. Erner enchaîne en demandant à Le Pen quand elle a rompu avec l’antisémitisme de son père, présupposant une rupture qui, elle, resterait à démontrer.

« Le blanchiment de l’extrême droite se fait notamment au prix d’une diabolisation de la gauche. » Acrimed, juin 2026

La mécanique du tribunal permanent n’a jamais été mieux illustrée : sur le service public, sans aucune consigne, un journaliste diabolise la gauche au moment même où il offre à l’extrême droite l’occasion de s’en distinguer. LFI saisit l’Arcom ; France Culture reconnaît un montage fallacieux et présente des excuses, mais aux auditeurs, pas à Mélenchon ; les sociétés de journalistes de la maison se désolidarisent d’Erner. La correction, pourtant, n’efface jamais l’impression laissée par l’accusation initiale auprès des près d’un million d’auditeurs quotidiens de la matinale.

C à vous et Quelle époque !

Sur France 5, à la sortie de La Meute en mai 2025, Anne-Elisabeth Lemoine s’extasie : votre livre s’arrache. Le verbe trahit le positionnement. Quand un responsable LFI passe, c’est l’inverse : quelques minutes pour répondre à une polémique, avant de céder le canapé à un artiste. La hiérarchie est dans l’ordre même du plateau.

Sur France 2, Quelle époque ! de Léa Salamé reçoit en 2025-2026 Xavier Bertrand, Ségolène Royal, Roselyne Bachelot, et Jordan Bardella le 13 décembre, dans un format chaleureux, sans interruption chronométrée. Aucun responsable LFI dans les épisodes documentés de la saison. Le 2 février 2026, devant la commission d’enquête parlementaire, le président de séance rappelle que la présentatrice partage la vie de Raphaël Glucksmann, concurrent direct de LFI dans le bloc de gauche pour 2027.

« Madame Salamé, je précise que vous partagez votre vie avec M. Glucksmann. » Jérémie Patrier-Leitus, commission d’enquête sur l’audiovisuel public, 2 février 2026

Salamé ne déclare aucune opinion : ce n’est pas la question. La question est le cadrage implicite. Certains méritent le canapé, d’autres la question qui déstabilise. Certains livres méritent l’enthousiasme, d’autres la curiosité froide. Ce que le sociologue Howard Becker appelait les présupposés invisibles du métier, ceux qui structurent le travail sans jamais être discutés.

IV. La preuve par le Rassemblement national

Ici, la machine se trahit. Car si LFI était simplement un parti clivant qu’on interroge fermement, on devrait retrouver le même acharnement face au Rassemblement national, longtemps présenté comme l’ennemi de la République. C’est l’exact inverse qui se produit, et les chiffres viennent d’une source qu’on ne pourra pas accuser de tendresse pour LFI.

L’Observatoire Hexagone, financé par le milliardaire conservateur Pierre-Edouard Sterin, établit lui-même que le RN est sous-représenté en temps de parole : 15 % sur les principales matinales avec ses alliés, 9 % seulement sur France 2. Autrement dit, la sous-exposition n’est pas un privilège insoumis : c’est l’effet mécanique des règles de l’Arcom, qui gonflent la parole gouvernementale. Le débat sur les quantités ne tranche donc rien. Tout se joue sur le traitement.

Et sur le traitement, le contraste est écrasant. En 2025, une émission de prime time consacrée à Jordan Bardella, suivie par plus d’un million de téléspectateurs, l’a montré, selon Reuters, sous un jour adouci : peu de questions politiques dures, beaucoup de confidences personnelles, des échanges émus avec ses parents, des séances de sport. Le portrait intime, offert au chef de l’extrême droite, sans contradiction. Exactement le canapé refusé aux insoumis.

Voilà le cœur de l’affaire. Les deux partis sont sous-exposés en temps de parole ; un seul est traité en accusé permanent, tandis que l’autre se voit dérouler le tapis du portrait flatteur. Ce n’est pas une asymétrie de présence. C’est une asymétrie de procès.

V. Les interrogatoires médiatiques contre la France insoumise, une grammaire du procès

Le 14 février 2026, la mort du militant néofasciste Quentin Deranque lors d’une rixe à Lyon déclenche ce que Pauline Perrenot nomme le règne des interrogatoires. Cas d’école de cadrage : le contexte est fixé d’avance, et toute l’information s’y plie. Le 19 février sur Franceinfo, l’entretien de Manuel Bompard consacre dix-neuf minutes vingt sur vingt-trois à l’affaire de Lyon, hachées d’interruptions. Le 22 février sur BFM, Mathilde Panot est interrogée seize fois sur le même point en quinze minutes ; les journalistes lui attribuent au passage une citation tirée en réalité d’un article de presse, erreur signalée en fin d’émission sans un mot d’excuse.

« On a l’impression de participer à des séances de l’Inquisition. Je me défends. » Jean-Luc Mélenchon, conférence de presse, 24 mars 2026

Le philosophe du droit Robert Alexy distingue l’argumentation qui présuppose sa conclusion de celle qui cherche la vérité en laissant les conclusions ouvertes. Ce qu’on observe est la première : les interruptions ne clarifient rien, elles empêchent la réponse ; la question répétée malgré la réponse donnée ne signale pas l’incompréhension mais le refus d’enregistrer.

Et c’est là le point que les contradicteurs de cette enquête devraient méditer : les journalistes concernés ne sont pas des militants. Le phénomène est sociologique, pas individuel. Il relève de ce que Bourdieu nommait la pensée d’État : une grille si bien intériorisée qu’elle passe pour du bon sens professionnel. Une fois l’évidence installée, que LFI est un danger, les pratiques s’y conforment sans qu’aucune note de service ne le demande. Reste le retournement : après son passage sur BFMTV, Bompard publie des vidéos de correction vues des centaines de milliers de fois. Le plateau fabrique l’accusation, les réseaux fabriquent la riposte.

VI. La Meute, la convergence mise en scène

Le 7 mai 2025 paraît La Meute, signé Charlotte Belaich (Libération) et Olivier Pérou (Le Monde). Reconstitution de la curée : bonnes feuilles dans Le Monde le 4, recensions dans Le Point et L’Express le 5, Le Figaro et RTL le 6, Unes de Libération et du Parisien le même jour, Marianne le 7. Sur Quotidien dès le 5, on parle de dictature en miniature ; sur TF1 le lendemain, de secte. La simultanéité ne s’explique pas par le succès commercial : elle le précède.

« Mélenchon : les journalistes politiques chassent en meute. » Acrimed, 6 mai 2025

Soyons justes : certaines critiques du livre, sur la culture interne du mouvement, s’appuient sur des témoignages réels et méritent débat. Là n’est pas le problème. Le problème est l’absence totale de symétrie. Aucune campagne de Unes comparable, dans les mêmes titres et au même rythme, n’a jamais accompagné une enquête sur l’organisation interne d’un autre parti. L’asymétrie n’est pas dans la critique. Elle est dans son volume, sa synchronisation et son exclusivité.

VII. L’Arcom, l’inaction choisie

Le 13 février 2024, saisi par Reporters sans frontières, le Conseil d’État juge que l’Arcom doit désormais, pour apprécier le pluralisme, tenir compte de tous les participants aux programmes, chroniqueurs et invités compris, et pas seulement du temps de parole des politiques. Le 17 juillet, l’Arcom adopte un nouveau criterion, le déséquilibre manifeste et durable. Depuis, elle n’a prononcé aucune sanction contre CNews pour méconnaissance du pluralisme interne.

Or l’Arcom sait sanctionner quand elle le veut : le 6 novembre 2025, le Conseil d’État confirme une amende de 20 000 euros contre CNews pour des propos climatosceptiques. Elle peut donc. Elle ne veut pas, sur le pluralisme. Quant à LFI, ses vingt et un signalements de février 2024 dénonçant un raid médiatique n’ont débouché sur aucune mise en demeure de fond. Le droit du pluralisme mesure la présence, jamais le traitement. L’outil pour corriger cela existe depuis l’arrêt RSF. Il dort.

IX. Le contournement comme survie

Le 24 mars 2026, Mélenchon tient une conférence de presse sans aucun journaliste de la presse traditionnelle, face à une vingtaine de créateurs de contenu. Le geste est assumé.

« Nous ne l’attendons plus de la presse des neuf milliardaires qui possèdent 90 % de ces médias. » Jean-Luc Mélenchon, 24 mars 2026

La stratégie a sa base chiffrée : 2,7 millions d’abonnés TikTok en août 2025, devant Bardella. Yochai Benkler l’avait théorisé dès 2006 : les réseaux distribués permettent aux groupes stigmatisés de bâtir des contre-récits qui contournent les médias dominants au lieu de les affronter. Mais il faut en dire les limites, et elles sont réelles. La gauche elle-même a critiqué le procédé, de Regards à Éric Coquerel. Surtout, le contournement conforte les convaincus et déserte le terrain du grand public. On peut réunir 2,7 millions d’abonnés et compter près de 69 % d’opinions défavorables dans les sondages. Les deux coexistent. Le numérique est une survie, pas une victoire.

Ce que dit ce tribunal

La thèse de cette enquête n’est pas que les journalistes seraient corrompus, ni qu’ils recevraient des consignes. Elle est plus précise, et plus inquiétante : le système fonctionne sans consigne. Quatre rouages suffisent. L’homologie des trajectoires sociales dans le champ. La pression mimétique dans un marché de l’information ultra-concentré. Un réseau idéologique sans mandat mais avec ses ronds de serviette. Et un régulateur qui refuse d’activer les outils que le Conseil d’État lui a donnés.

Le Printemps républicain n’a pas besoin de dicter ses sujets à France Inter : Sophia Aram y est déjà. Franc-Tireur n’a pas besoin d’appeler les rédactions : LCI diffuse sa promotion chaque semaine. Les chroniqueurs n’ont reçu aucune instruction : ils viennent du Figaro et de Valeurs actuelles. Et le régulateur n’a pas été corrompu : il manque simplement de volonté.

La preuve tient en une comparaison. Les deux partis les plus sous-exposés du service public sont LFI et le RN. Un seul est traité en accusé ; l’autre reçoit le portrait intime en prime time. Voilà le tribunal permanent. Ce qu’il dit de la démocratie française est simple : la liberté de la presse ne garantit pas le pluralisme. Elle garantit la liberté de ceux qui possèdent la presse. Et quand neuf milliardaires concentrent l’essentiel des grands médias, cette distinction n’a rien de rhétorique. Elle est constitutive.

Franc-Tireur est promu sur LCI par sa propre fondatrice. Lemoine s’extasie. Aphatie décrète la dictature en miniature avant même d’avoir lu le livre. Salamé reçoit Bardella en canapé. Erner diffuse un montage fallacieux et s’excuse une fois le mal fait. Barthès raille ceux qui souffrent de la canicule. L’Arcom regarde. Le tribunal siège en permanence.

Par Léolo Kayser

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