Combien d’exemplaires de Mein Kampf se cachent dans les locaux de Frontières ? Ce magasine d’extrême droite est coutumier des sorties racistes. Ainsi, la « journaliste » de Frontières Louise Morice partage avec son conjoint une passion du IIIe Reich, et durant l’épidémie de COVID-19, le « reporter » Jordan Florentin avait mis son passe sanitaire au nom de… Adolf Hitler.
Ce 20 octobre, c’est Erik Tegnér, le rédacteur en chef déjà condamné pour injures raciales , qui est passé à l’acte. Sur le plateau de Cnews, il a visé la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet en activant les pires clichés antisémites. Des députés RN qui tiennent des librairies négationnistes jusqu’aux nazillons de Frontières, l’antisémitisme est le socle historique de l’extrême droite et sa nouvelle matrice est l’islamophobie. L’Insoumission vous fait le récit de la sortie antisémite d’Erik Tegnér. Notre article.
Le cliché du « juif errant » et qui « aime l’argent » : l’antisémitisme banalisé
Sur le plateau de Cnews, le débat sur la natalité est passionné : chez les réactionnaires, on s’inquiète que les français « de souche » ne fasse plus d’enfants, les exposant au « grand remplacement » des populations immigrées, supposées plus prolifiques. Comme racisme et défense des riches font bon ménage, Erik Tegnér s’indigne contre la présidente (macroniste!) de l’Assemblée Nationale, Yaël Braun-Pivet qui souhaite taxer davantage les gros héritages. Selon lui, cela n’inciterait pas les gens à fonder des « familles nombreuses ».
Et le Lucien Rebatet du 21ᵉ siècle d’enchaîner, sans contradiction : « Cette dame-là [Yaël Braun-Pivet], c’est la finition du macronisme. Macron c’est quoi ? C’est le mariage d’Alain Minc, l’argent roi, et de Jacques Attali, l’homme nomade. ». Une reprise assumée des clichés antisémites des juifs avides et apatrides.
Depuis le Moyen Âge, le cliché des juifs qui « aiment l’argent » est répandu dans les sociétés dites « occidentales ». Un préjugé abondamment repris aujourd’hui, comme par Gérald Darmanin qui pointe les Juifs qui « pratiquent l’usure ». Il est donc repris par Erik Tegnér, qui prétend dénoncer l’amour du chef d’entreprise Alain Minc et Yaël Braun-Pivet (tous deux d’origine juive, comme le philosophe Jacques Attali). Tegnér aurait pris ces exemples par pur hasard ? Certainement pas.
Il tente de rattraper le coup et enchaîne : « Emmanuel Macron s’est construit en 2017 sur la notion de mobilité. L’enracinement, ça ne lui parle pas. Ce sont des gens qui vivent, qui naissent et qui dorment dans un aéroport. Ils n’arrivent pas à concevoir que la majorité des Français aujourd’hui sont enracinés sur des territoires, et parfois depuis des siècles ! ». Outre l’allusion à Jacques Attali, le « nomade », cette phrase illustre le deuxième cliché qui trahit l’antisémitisme de Tegnér.
Depuis le 19ᵉ siècle et la construction des États-nations européens, les Juifs sont vus comme « apatrides », « déracinés » pour reprendre les mots de Tegnér. C’est la logique qui prédomine les discours antisémites depuis l’affaire Dreyfus : les juifs, comme ils n’ont pas de patrie (à part l’argent, soi-disant), sont suspects d’office de trahison, d’incarner « l’anti-France ». Les auteurs ouvertement antisémites de cette époque ne manquent pas : de Edouard Drumont à François Duprat (qui a été n°2 d’un certain Jean-Marie Le Pen) en passant par Charles Maurras. Une logique et une culture que Tegnér reprend à son compte.
Un dispositif complice
Sur le plateau de Bolloré, on ne trouve rien à redire. Pire encore, la chaîne rediffuse l’extrait sur ses réseaux sociaux quelques minutes plus tard, Tegnér fait de même. Mais les questions de Streetpress et les signalements à l’ARCOM par SOS Racisme font faire machine arrière à la machine Bolloré, qui supprime le passage de ses réseaux.
Il faut dire que Frontières est habitué à ces sorties racistes et antisémites. Outre la récente condamnation de Tegnér lui-même pour injures raciales, d’autres membres de la rédaction ont été épinglés dans les médias pour leurs sympathies antisémites. Ainsi, la « journaliste » de Frontières Louise Morice partage avec son conjoint une passion du IIIe Reich, et durant l’épidémie de COVID-19, le « reporter » Jordan Florentin avait mis son passe sanitaire au nom de… Adolf Hitler !
La même équipe a beau jeu de vouloir « révéler » l’antisémitisme soi-disant intrinsèque à la gauche et aux mobilisations pro-palestiniennes. Tout en relayant les clichés et discours les plus funestes, Frontières se fait le porte-voix de cette théorie fumeuse de ce « nouvel antisémitisme » propre à la gauche et aux quartiers populaires. C’est oublier, à dessein, que l’antisémitisme en France est hélas très ancien et bien implanté dans le petit milieu journalistique de droite et d’extrême droite. L’accusation d’antisémitisme fait à la France insoumise, par les mêmes sbires de Frontières, a une fin bien précise, celle de tenter de disqualifier ce mouvement politique qui dérange l’ordre économique et politique tout en censurant toute critique à l’Etat génocidaire israélien.
Il est alors temps de porter un autre discours dans l’arène médiatique, authentiquement antiraciste. Lutter contre le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, c’est lutter pour l’unité du peuple français. Bâtir une nouvelle France, c’est rejeter la vision rance de l’extrême droite, qui sépare les « enracinés » des « étrangers ». Dans la vision de Frontières, autant dire que juifs et musulmans font partie de la deuxième catégorie.
Comble du culot, Tegnér annonce sur X porter plainte contre Streetpress, qui a porté l’affaire publiquement et se vante de « défendre les juifs » ! Quand on voit son équipe de rédaction et ses propos, on se permet de douter.
Par Alexis Poyard