« Ils ont peur de nous » — Répression de la solidarité en faveur de la Palestine : aux AMFIS, une conférence déterminée

Palestine. La table ronde s’est articulée autour de trois temps : l’état des lieux de la répression depuis octobre 2023, ce qu’elle révèle sur la société française, et comment y faire face. Trois intervenants, trois angles complémentaires — Rima Hassan l’eurodéputée insoumise, Lucy, membre de la Legal Team Antiraciste et l’ancien prisonnier politique et membre […]

Rima Hassan Palestine

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Palestine. La table ronde s’est articulée autour de trois temps : l’état des lieux de la répression depuis octobre 2023, ce qu’elle révèle sur la société française, et comment y faire face. Trois intervenants, trois angles complémentaires — Rima Hassan l’eurodéputée insoumise, Lucy, membre de la Legal Team Antiraciste et l’ancien prisonnier politique et membre d’Urgence Palestine, Salah Hamouri, militant pour les droits du peuple palestinien — pour un tableau qui, mis bout à bout, glace. Notre article.

La Palestine comme baromètre

Rima Hassan ouvre la conférence avec une introduction qui plante le décor sans ménagement. Les mobilisations en faveur de la Palestine ont produit des effets — de plus en plus de dirigeants condamnent la politique israélienne — mais la répression contre les voix solidaires s’est simultanément intensifiée. L’eurodéputée insoumise pointe l’urgence d’un investissement politique sur ce terrain. « La Palestine est un bon baromètre pour les États européens pour dresser un état des lieux de la liberté d’expression et de l’état de droit », avance-t-elle. Un baromètre qui, à en croire ce qui suit, indique la tempête.

Elle souligne également que le phénomène de criminalisation des militants pro-palestiniens dépasse largement les frontières françaises — la complicité idéologique avec Israël, rappelle-t-elle, est européenne. Et dans ce contexte d’élection présidentielle qui approche, la question palestinienne ne doit pas être esquivée : « La question palestinienne va être cruciale pour l’élection présidentielle ».

Pour aller plus loin : « Non au délit de Palestine » : Rima Hassan face à un procès politique, plus de 210 personnalités à ses côtés

Mille témoignages, une machine

Lucy prend ensuite la parole avec des chiffres. Mille témoignages de censure et de répression institutionnelle recensés dans un rapport. Pas une dérive, pas une exception. « La répression a été un fait social, pas un espace qui n’a pas connu la répression contre la solidarité avec la Palestine », dit-elle. Autrement dit : partout. À l’école, des enfants se sont vu retirer des t-shirts symbolisant la Palestine, ont reçu des évaluations négatives, ont été convoqués chez le directeur. Des étudiants témoignent avoir été scrutés sur leurs réseaux sociaux personnels par leurs établissements.

Les chiffres qu’elle égraine sont aussi parlants que révoltants. 49 % des cas impliquant la police et la justice concernent des personnes racisées — avec des relaxes pour les unes et des poursuites pour les autres selon le profil perçu. 50 % des affaires concernent des personnes de nationalité étrangère. 70 % des cas touchent des personnes non blanches, surreprésentées dans les procédures d’apologie du terrorisme. « Les premières cibles sont les personnes non blanches, les secondes sont les mouvements politiques de contestation », résume-t-elle, citant notamment des responsables politiques de gauche et des représentants syndicaux.

Cinq organisations — OJE, OJF, CRIF, BNVA, JFJ — sont à l’origine de 33 % des plaintes, utilisées selon elles comme de véritables outils de lawfare. Des militants pro-palestiniens ont vu leurs comptes bancaires gelés, se retrouvant contraints de justifier chaque achat au quotidien. Des préfectures ont refusé la délivrance de passeports, voire convoqué des réfugiés palestiniens pour leur retirer leur statut.

Le tableau que dresse la militante antiraciste est celui d’une répression systémique, qui ne s’arrête pas aux portes des institutions mais les traverse toutes.

Ce qu’ils craignent d’entendre

Salah Hamouri, lui, replace la conférence dans une perspective géopolitique plus large. Il revient sur la construction historique de l’État d’Israël. La Grande-Bretagne, la France, puis les États-Unis comme architectes successifs du cadre dans lequel les Palestiniens ont été contraints de signer des accords, de ceux d’Oslo en 1993 à ceux d’Abraham en 2021. Il constate que la Palestine, aujourd’hui, « réveille toutes les causes mondiales, elle redevient la boussole de la justice et le fil conducteur des combats des peuples ».

L’avant-2023, rappelle-t-il, était l’époque où les dirigeants européens présentaient encore Israël comme la seule démocratie du Proche-Orient. Aujourd’hui, il y a un mandat d’arrêt contre Netanyahu. Le monde a bougé.

Et face à la répression ? Sa réponse est lapidaire : « Il y a une seule réponse : ils ont peur de nous ». Il appelle à tenir, à ne pas remplacer le drapeau palestinien par une pastèque. À poursuivre les 6 063 soldats français ayant combattu avec Tsahal devant les tribunaux. À attaquer les entreprises d’armement. « Aujourd’hui gagner cette bataille permettrait de gagner beaucoup d’autres batailles », conclut-il, avant d’ajouter que la lutte pour la Palestine est « clairement antiraciste, anticoloniale et antisioniste ».

La conférence s’est terminée comme elle avait commencé : dans le bruit, les chants, et quelque chose qui ressemblait à de la détermination. Rima Hassan, depuis l’estrade, a lancé en souriant : « On est à ça de partir en manif ». Dans la salle, personne n’avait l’air de s’en plaindre.

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