samedi 26 septembre

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Némésis : quand le féminisme devient un outil de l’extrême droite

Le Collectif Némésis se présente comme un mouvement féministe. Vraiment ? Créé en 2019, il affirme vouloir « défendre les femmes occidentales », dénoncer les violences faites aux femmes et « promouvoir la civilisation européenne ». Mais il suffit de se pencher sur ses propres textes et ses actions pour comprendre que ce féminisme ne […]

Némésis

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Le Collectif Némésis se présente comme un mouvement féministe. Vraiment ? Créé en 2019, il affirme vouloir « défendre les femmes occidentales », dénoncer les violences faites aux femmes et « promouvoir la civilisation européenne ». Mais il suffit de se pencher sur ses propres textes et ses actions pour comprendre que ce féminisme ne constitue pas un simple courant supplémentaire du mouvement féministe : il s’inscrit dans une entreprise identitaire, nationaliste et anti-immigration.

Le collectif ne s’en cache d’ailleurs pas. Dans son manifeste, Némésis fait de la lutte contre « l’impact dangereux de l’immigration de masse sur les femmes occidentales » l’un de ses trois objectifs fondamentaux. Le même texte affirme vouloir défendre les femmes occidentales et promouvoir la « civilisation européenne ».

Le lien entre féminisme et politique migratoire est encore plus explicite dans sa FAQ. Némésis affirme que les personnes qui agressent quotidiennement ses militantes sont « en grande majorité des non-autochtones » et reproche aux mouvements féministes de masquer l’origine ou la religion des agresseurs derrière des notions comme le patriarcat. Le collectif revendique ainsi une lecture des violences sexistes et sexuelles dans laquelle l’origine supposée de l’agresseur devient une clé d’explication centrale.

Ces discours racistes, suprémacistes et islamophobes se traduisent par des déclarations déjà condamnées par le passé, ainsi que par des alliances avec des groupuscules et des individus néonazis violents. Outre sa haine des homosexuels et des juifs, le collectif Némésis partage avec ces nazis un folklore militant nostalgique du IIIe Reich : saluts nazis, références à la SS… Ainsi que des provocations à la violence envers leurs opposants. Notre article.

Pour aller plus loin : Faux féminisme, vrai racisme : Némésis, le visage fémo-identitaire de l’extrême droite

Du patriarcat à « l’immigration »

C’est ici que se trouve le cœur du problème idéologique.

Pour le féminisme, les violences sexistes et sexuelles ne sont pas une succession de faits divers isolés : elles s’inscrivent dans un système de domination masculine, le patriarcat, qui traverse l’ensemble de la société. Cela ne signifie évidemment pas que toutes les violences sont identiques, ni que l’origine sociale ou culturelle des auteurs est toujours sans importance. Mais cela signifie qu’aucune origine ethnique ou nationale ne permet, à elle seule, d’expliquer les violences faites aux femmes.

Némésis propose une autre lecture.

Dans sa FAQ, le collectif explique que les féministes auraient « beaucoup plus de mal » à dénoncer les violences commises par des personnes de « culture non-européenne ». Lorsqu’il lui est demandé ce qu’il en est des Français qui agressent des femmes, Némésis répond : « Nous ne nions en aucun cas les crimes des Français », avant de demander s’il est nécessaire « d’importer plus de problèmes que nous n’en avons déjà ».

Cette formulation est révélatrice. Le viol ou l’agression sexuelle ne sont plus seulement considérés comme des violences sexistes commises par des hommes : lorsqu’ils sont commis par des étrangers, ils deviennent des arguments contre l’immigration.

Le raisonnement est alors simple : l’agresseur est étranger, donc son crime devient une conséquence de l’immigration ; l’immigration devient une menace pour les femmes ; lutter contre les violences faites aux femmes implique donc de lutter contre l’immigration.

C’est ce déplacement que la sociologue Sara R. Farris permet de penser avec le concept de fémonationalisme : l’utilisation du langage et des revendications féministes pour légitimer des politiques nationalistes et xénophobes. À propos de Némésis, Farris souligne précisément que les droits des femmes peuvent être mobilisés par des mouvements nationalistes afin de stigmatiser les populations immigrées, notamment musulmanes.

Une victime idéale : la « femme occidentale »

Le vocabulaire employé par Némésis est ici essentiel. Le collectif ne parle pas seulement des femmes : il parle des « femmes occidentales », des « femmes françaises », de la défense de la « civilisation européenne ».

Cette distinction construit une figure particulière de la victime : une femme occidentale, présentée comme émancipée et menacée par des hommes venus d’ailleurs.

Némésis affirme certes que des femmes d’origine extra-européenne peuvent rejoindre le collectif. Mais elle précise dans le même temps défendre « une vision occidentale de la femme » et accueillir celles qui aiment « la France, sa culture et la civilisation européenne ».

Il ne s’agit donc pas nécessairement de dire que Némésis exclut mécaniquement les femmes non blanches. Le mécanisme est plus subtil : l’appartenance à une civilisation européenne devient une dimension centrale de l’identité féministe revendiquée par le collectif.

Le « nous » féministe devient ainsi un « nous » civilisationnel.

Et face à ce « nous », il y a un « eux ».

L’étranger comme figure du violeur

Les actions publiques de Némésis permettent de voir cette mécanique à l’œuvre.

En novembre 2021, le collectif participe à la manifestation féministe Nous Toutes avec une banderole affirmant : « La haine des femmes n’est pas un enrichissement culturel ». Il accompagne cette action de pancartes consacrées à des faits divers impliquant des Afghans et affirme vouloir dénoncer leurs « mœurs », présentées comme « aux antipodes des nôtres ».

L’année suivante, Némésis revendique une nouvelle action au sein de la même manifestation. Ses militantes se déguisent en femmes voilées et brandissent des pancartes destinées à « dénoncer l’islamisation » et le lien entre islam et féminisme. Le collectif présente lui-même l’action comme une manière de dénoncer un « danger » pour les femmes.

Le procédé est toujours le même : partir d’une question féministe réelle — violences sexuelles, liberté des femmes, oppression — pour la déplacer vers une population désignée comme extérieure : les immigrés, les musulmans, les Afghans.

En 2024, la formule devient encore plus explicite lors d’une action à Besançon : « Violeurs étrangers dehors ».

La même logique apparaît dans leurs actions ultérieures. À Strasbourg, en décembre 2025, Némésis revendique une opération demandant la « remigration des violeurs étrangers ». Dans sa propre présentation de l’action, le collectif affirme avoir voulu demander au « Père Noël » cette « remigration ».

La boucle est alors complète :

violence sexuelle → étranger → immigration → expulsion → remigration (déportation).

La lutte contre les violences faites aux femmes devient ainsi un argument pour une politique migratoire d’extrême droite.

Le cas Lola : de la violence individuelle à la « victime de l’immigration »

La communication de Némésis autour du meurtre de Lola illustre également cette logique. Le collectif écrit que Lola, 12 ans, a « rejoint la longue liste des victimes de l’immigration », en insistant sur la nationalité de sa meurtrière et sur son obligation de quitter le territoire.

Là encore, le choix des mots est politique. Lola n’est plus seulement une enfant victime d’un meurtre atroce. Elle devient une « victime de l’immigration ».

La violence est donc transformée en argument politique contre une politique migratoire dans son ensemble.

Cette logique est d’autant plus problématique qu’elle sélectionne les violences en fonction de l’identité de leurs auteurs. Les violences commises par des hommes français sont présentées comme des crimes individuels ; celles commises par des hommes étrangers sont susceptibles d’être transformées en symptômes d’un problème collectif : leur culture, leur religion, leur origine ou l’immigration elle-même.

C’est précisément ce que Sara R. Farris décrit lorsqu’elle explique que les violences commises par des hommes issus de l’immigration sont davantage reliées à leur « culture », tandis que les violences commises par des hommes autochtones sont plus volontiers traitées comme des cas individuels.

L’islam au cœur du récit

Cette racialisation des violences est indissociable d’un discours particulièrement hostile à l’islam. Némésis organise ainsi en 2022 un « NO Hijab Day », affirmant que le voile « n’est pas, et ne sera jamais un symbole féministe ».

Le problème n’est évidemment pas de pouvoir critiquer le voile ou certaines interprétations religieuses. Une telle critique peut parfaitement exister dans le débat féministe. Ce qui caractérise Némésis est plutôt l’association répétée entre islam, immigration, oppression des femmes et menace pour la civilisation européenne.

Le féminisme devient alors un moyen de construire une opposition civilisationnelle : d’un côté, une Europe présentée comme émancipatrice et protectrice des femmes ; de l’autre, un monde musulman ou non occidental présenté comme patriarcal, violent et archaïque.

Sara R. Farris souligne justement que le fémo-nationalisme cible particulièrement les hommes musulmans, construits comme une menace sexuelle, culturelle et sociale, tandis que les femmes musulmanes sont parfois présentées comme des victimes qu’il faudrait « libérer ».

On retrouve ici une vieille logique impériale : prétendre défendre les femmes de « l’autre » pour mieux présenter sa propre civilisation comme supérieure.

Un féminisme qui ne remet pas en cause le patriarcat

Cette conception permet également de comprendre ce que Némésis ne dit pas.

Le collectif parle abondamment de violences sexuelles et de harcèlement, mais son projet ne s’attaque pas prioritairement aux structures économiques, sociales et politiques qui produisent les inégalités entre les femmes et les hommes.

Comme le relevait déjà Le Monde en 2024, Némésis ne prend notamment pas position sur des questions centrales du mouvement féministe comme les droits reproductifs. Des chercheuses interrogées par le journal soulignent que le collectif reprend certains codes féministes tout en les inscrivant dans une perspective identitaire.

Le résultat est un féminisme profondément sélectif : il choisit les combats qui permettent de construire une opposition entre les femmes françaises et un « ailleurs » présenté comme intrinsèquement patriarcal.

Ce n’est donc pas l’émancipation des femmes qui constitue le véritable horizon politique du collectif. C’est la défense d’un ordre identitaire présenté comme menacé.

Le féminisme comme cheval de Troie de l’extrême droite

Il serait donc insuffisant de présenter Némésis comme un collectif qui aurait simplement « ajouté » quelques revendications anti-immigration à son féminisme.

L’anti-immigration constitue une partie intégrante de la définition même de son féminisme.

Le collectif le dit lui-même : défendre les femmes, c’est aussi « pointer du doigt le lot de problèmes que l’immigration apporte ». Il revendique l’arrêt de « l’immigration massive », la suppression du droit du sol et du regroupement familial ainsi que l’expulsion des étrangers condamnés.

Cette articulation entre féminisme et nationalisme n’est d’ailleurs pas seulement théorique. Le Monde décrit Némésis comme un groupe issu de la mouvance identitaire française et documente ses liens avec des personnalités du Rassemblement national et de Reconquête!. Des chercheuses y analysent le collectif comme participant à une stratégie plus large de féminisation de l’extrême droite.

Une enquête publiée en septembre 2026 va plus loin encore en documentant les liens de Némésis avec l’ultradroite radicale et en qualifiant son orientation de « national-féministe ».

Ce contexte est important : le discours féministe de Némésis n’existe pas dans le vide. Il participe à un environnement politique où la défense des femmes sert à légitimer la fermeture des frontières, la stigmatisation des immigrés et la dénonciation de l’islam.

Derrière le féminisme, une hiérarchie des civilisations

C’est finalement là que se trouve le paradoxe de Némésis. Le collectif prétend combattre le sexisme, mais son récit repose sur une distinction entre les hommes qui seraient supposés porter les violences de leur culture et ceux dont les violences seraient individualisées.

Il prétend défendre les femmes, mais transforme certaines victimes en arguments contre l’immigration. Il prétend promouvoir l’émancipation, mais présente la « civilisation européenne » comme le modèle auquel les autres devraient se conformer.

Et il prétend parler au nom de toutes les femmes tout en construisant constamment son discours autour de la défense des femmes françaises et occidentales.

Ce n’est donc pas la question de savoir si les militantes de Némésis peuvent prononcer le mot « féminisme ». Elles le peuvent. La véritable question est : quel projet politique leur féminisme sert-il ?

La réponse apparaît dans leurs propres slogans et leurs propres revendications : lorsque le « violeur étranger » devient la figure centrale des violences faites aux femmes, lorsque le féminisme devient un argument pour l’expulsion et la « remigration », et lorsque l’islam et l’immigration sont construits comme les principaux ennemis de l’émancipation féminine, le féminisme cesse d’être un outil d’émancipation universelle.

Il devient un instrument de distinction entre un « nous » — français, européen, occidental — et un « eux » — étranger, immigré, musulman.

C’est précisément cette récupération nationaliste du féminisme que désigne le terme de fémonationalisme. Et c’est ce qui permet de comprendre Némésis non pas comme une nouvelle branche du féminisme, mais comme l’une des expressions féminisées de l’extrême droite contemporaine.

Némésis : une « avant-garde » groupusculaire 

Le groupuscule a donc basé ses discours fémonationalistes sur l’islamophobie et le suprémacisme blanc. À ce titre, ses membres se voient, à l’instar de leurs coreligionnaires identitaires, qui ancrent leur idéologie dans une défense de la « civilisation européenne » (c’est-à-dire de la race blanche), comme une élite, une avant-garde féminine racialement consciente d’un « état de siège » que subit leur bloc civilisationnel.

Ce sentiment d’encerclement, carburant de l’extrême droite depuis un siècle, est un puissant moyen de justification des discours et violences racistes : puisque leur « civilisation » est menacée d’extinction, du fait de l’immigration, les réactions les plus violentes et discriminantes sont ainsi justifiées. C’est dans cette logique obsidionale, de sentiment d’encerclement, que Némésis attribue, à tort, à l’immigration non-blanche l’essentiel des violences subies par les femmes ; en oubliant que l’essentiel des victimes de violences sexuelles connaît son agresseur, à mille lieues de l’image que veut imposer l’extrême droite de l’immigré violeur, évoluant dans une réalité toute autre que celle des victimes.

Dans leurs moyens d’action, Némésis joue sur une hypervisibilité médiatique, des actions coups de poing, d’agit’ prop, pour attirer l’attention sur elles. Avec moins de 200 membres, c’est peu de dire que le groupuscule ne vise pas à être un mouvement de masse, mais compte plutôt sur la bienveillance des médias dominants pour dérouler tranquillement leurs discours racistes. La seule condition, tacite, à ce bon accueil médiatique est que Némésis doit conserver une image lisse en toute circonstance, au moins en apparence, voire passer pour les victimes innocentes de « l’extrême gauche ».

Le vernis avait commencé à craquer en février 2026. Après la mort du néonazi Quentin Deranque le 12 février 2026, Némésis et sa dirigeante Alice Cordier avaient d’abord tenté d’imposer le récit d’une embuscade antifasciste, à vingt contre un. Puis des images sont sorties en direct : il est devenu clair que Deranque est mort des suites d’une bagarre rangée déclenchée par ses amis nazis, par ailleurs proches de Némésis. Interrogée par des journalistes, et mise face à ses mensonges, Alice Cordier s’était décomposée en direct. 

D’autant que fin février, L’Humanité a révélé non seulement les liens de Némésis avec les groupes néonazis lyonnais, mais surtout la stratégie théorisée par Cordier et ses bras droits. La tactique est simple : les militantes Némésis servent d’appât à militants de gauche, pour chercher la confrontation, puis les amis nazis des fémonationalistes surgissent pour « casser du gauchiste » et provoquer une bagarre.

La même tactique a vraisemblablement été utilisée à Lyon le 12 février, et les événements lyonnais ont par ailleurs provoqué une grave crise en interne. Le groupuscule a perdu la moitié de ses 400 adhérentes d’alors, et la direction manque de peu de se faire renverser par un putsch interne.

Les dernières révélations de Marianne confirment ce fonctionnement systématique d’un groupuscule qui, pour assurer sa sécurité, fait appel à de jeunes et inexpérimentés militants identitaires et néonazis, qui se retrouvent débordés une fois confrontés à la réalité du terrain. La fragile construction de Némésis s’effrite : son image médiatique est gravement abîmée, et ses sections locales se vident. 

D’autres conflits ont secoué Némésis, malgré son faible nombre de membres. Toujours selon Marianne, de nombreux propos violemment antisémites et homophobes ont secoué les boucles de discussions internes. Une membre refuse d’entendre parler de l’eurodéputée zemmouriste Sarah Knafo : « désolée mais je peux pas la blairer !! On va encore dire qu’on travaille pour les juifs ! ». 

Après la mort de Quentin Deranque, au diapason d’une partie de l’extrême droite, une autre adhérente de Némésis peste : « J’ai l’intelligence de pas sucer les juifs et les flics. La mort de Quentin, c’est leur faute. ». Face à cela, les cheffes du groupe, loin de condamner ces propos, les passent sous le tapis : « Les filles, on a dit hier qu’on devait se serrer les coudes et pas jouer le jeu de la gauche. Ça ne sert à rien ».

Même entre eux, leur bêtise et leur homophobie empêchent les militants d’extrême droite de coopérer. Ainsi Némésis a coupé les ponts il y a quelques mois avec Yohan Pawer, militant homonationaliste ; tout aussi raciste que Cordier et consorts, ce dernier à le mauvais goût, selon elles, d’être homosexuel, jusqu’à être qualifié de « pédérastre de droite » par une cadre fémonationaliste. Les fréquentations de plusieurs cadres de Némésis, auprès de néonazis qui se vantent de leurs violentes agressions homophobes, n’a en rien arrangé les choses.

On sait aussi que la résidence de la famille Le Pen, le château de Montretout, accueille régulièrement des formations et soirées de Némésis où se retrouve le gratin de l’extrême droite raciste. Le compagnon d’une patronne de Némésis, chroniqueur de Radio Courtoisie, la radio du suprémaciste revendiqué De Lesquen, y agonit Pawer d’injures homophobes. Chaque fois, l’affaire est mise sous silence par Némésis, et les homophobes, coude-à-coude avec les antisémites, y prospèrent. 

Une situation que dénoncera publiquement l’intéressé, en dénonçant, comme s’il était extérieur au problème, les « accointances » de Némésis avec les milieux néonazis et identitaires. Milieux qu’il a pourtant accompagnés pendant des mois, étant régulièrement invité aux événements de Reconquête!. 

Et gare à qui voudrait révéler ces dérives homophobes et antisémites : Némésis lui enverra ses gros bras et ses copains nazis pour menacer quiconque romprait le silence. Car, les crises internes aidant, le groupuscule adopte un fonctionnement ultra-hiérarchisé – Alice Cordier étant surnommée en interne « le gourou ».

Et les proximités de membres de la direction avec des individus ou groupes néonazis revendiqués, avec croix gammées tatoués et toute la panoplie du skinhead paumé, les photos des cheffes faisant des saluts nazis, expliquent vite la tolérance en interne vis-à-vis de l’antisémitisme. L’islamophobie de Némésis est une aubaine tactique, mais le fond de cuve antisémite de l’extrême droite du 20ᵉ siècle demeure. 

Les principales dirigeantes de Némésis, Alice Cordier, Anaïs Maréchal – belle-soeur de Marion Maréchal-Le Pen –, Yona Faedda, etc. cultivent pour la plupart des amitiés de longue date, depuis leur passage dans des groupuscules d’extrême droite bien établis : Action Française, Génération Identitaire, Cocarde Etudiante… Par ailleurs, ces dirigeantes sont toutes issues de la bonne bourgeoisie de leurs villes d’origine respectives. Ce caractère aristocratique dans le fonctionnement du collectif s’incarne très bien dans des pratiques courantes en interne. 

Ainsi, la nouvelle adhérente à Némésis sera amenée à lire une charte du collectif, où l’accent est mis sur le « respect de la hiérarchie ». Puis la nouvelle se verra rappeler sa place subalterne à plusieurs occasions. Ainsi, le jour du procès de la meurtrière de Lola, en 2025, les militantes de base devront rester des heures dans le froid pour garder une bonne place aux cheffes au tribunal.

De la même manière, après une action à haut risque – « j’aurais pu me prendre un coup de pied dans la tête » dixit une participante – contre une manifestation de SOS Méditerranée, les cheffes repartent tranquillement en taxi (des frais comptés dans le budget du collectif ?), et laissent la base militante se débrouiller. 

Cette éthique militante « aristocratique », littéralement « des meilleures », est structurelle à l’extrême droite. A côté du mouvement « de masse » coexiste une organisation élitaire et élitiste, une avant-garde racialement consciente, le fer de lance du suprémacisme. Dans l’histoire de l’extrême droite européenne, les précédents sont nombreux. En Allemagne dans les années 1920, la direction du parti nazi crée la SS, qui se veut l’élite raciale – et bourgeoise – d’un parti (le NSDAP) jugé trop vulgaire et populaire par les élites du reste de l’extrême droite nationaliste. Dans ce cas, le parti crée et chapeaute, au moins en théorie, l’organisation d’avant-garde. 

Dans l’extrême droite française, il arrive que des groupuscules d’avant-garde créent un parti politique, comme débouché électoral à vocation de masse de leurs idées. Le FN/RN n’est rien d’autre que cela : la vitrine de groupuscules néofascistes, nostalgiques de la Collaboration et de l’Algérie française. Et les liens encore très actuels du RN avec les groupuscules violents participent de cette dynamique ; dont Némésis, qui a des liens forts avec le clan Le Pen. Des liens, bien entendu, autant politiques que familiaux.

Par Charlène Delacour et Alexis Poyard

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