La mission flash parlementaire menée par la députée insoumise Mathilde Hignet revient sur le scandale des laits infantiles contaminés, révélé au grand jour fin 2025. Pendant des mois, des produits potentiellement dangereux sont restés en circulation alors que les multinationales tardaient à prévenir les autorités.
Derrière l’affaire : logique du profit, démantèlement des services publics de contrôle et « autorégulation » laissée aux grands groupes de l’agrobusiness. Après la mort de trois nourrissons ayant consommé des produits rappelés, plusieurs enquêtes judiciaires sont désormais ouvertes. Notre article.
Laits contaminés : des produits suspects maintenus pendant des mois
Suite à la publication du rapport de la mission flash ce mardi 19 mai, la députée insoumise, Mathilde Hignet, alerte : « On fait trop confiance aux multinationales qui ont des intérêts économiques au détriment de la santé de nos enfants ». Des laits infantiles potentiellement contaminés à la céréulide — une toxine potentiellement mortelle pour les nourrissons — sont ainsi restés en circulation pendant des mois.
Les premiers signaux d’alerte apparaissent dès novembre 2025 dans une usine Nestlé aux Pays-Bas. Des contrôles internes détectent des contaminations dans plusieurs produits destinés aux nourrissons. Pourtant, selon une enquête de Radio France avec la RTS et la RTBF, Nestlé tarde à prévenir les autorités européennes et retire discrètement certains produits avant les rappels officiels.
L’affaire éclate ensuite dans plusieurs pays européens : en Autriche, en Allemagne et en France. D’autres groupes comme Lactalis ou Danone sont concernés à leur tour. Tous utilisaient une même huile riche en acide arachidonique (ARA), fournie par un sous-traitant chinois. Selon Mathilde Hignet, « il y a du lait contaminé qui est resté sur le marché pendant un an ».
Trois nourrissons ayant consommé des produits concernés par les rappels sont morts en France et plusieurs autres cas suspects font l’objet d’investigations. Pendant que les familles attendent des réponses, les multinationales, quant à elles, multiplient les précautions de langage…
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La « simplification administrative » a laissé les mains libres à l’agrobusiness
Comme dans les affaires Lactalis, Buitoni, Orpea ou des eaux contaminées, les mêmes mécanismes réapparaissent : opacité, retards dans les alertes et priorité donnée à la préservation des profits. Les multinationales détectent elles-mêmes les contaminations, évaluent les risques et décident du moment où elles préviennent — ou non — les autorités sanitaires. Juges et parties !
Mais cette situation n’a rien d’un accident. Elle est le produit des politiques menées depuis des décennies par les gouvernements successifs de la Ve République au nom de la prétendue « simplification administrative ». Suppressions de postes, restructurations, réductions de moyens : les directions départementales de la protection des populations (DDPP), chargées des inspections alimentaires, ont été méthodiquement désarmées.
Le rapport parlementaire arrive à cette conclusion : les autorités disposent désormais de moyens limités au point de dépendre toujours davantage des contrôles réalisés par les entreprises elles-mêmes.
Le gouvernement Macron-Lecornu poursuit et amplifie le démantèlement
Pendant que les membres de l’exécutif versent des larmes de crocodile, les services publics continuent d’être saignés. En février dernier, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, assurait qu’« aucun lien de causalité » n’est établi et appelait à « faire confiance aux procédures de rappel »…
Pourtant, le gouvernement Macron-Lecornu prévoit encore 6 milliards d’euros de coupes dans les services publics… mais 36 milliards supplémentaires pour l’actualisation de la loi de programmation militaire et l’économie de guerre !
Derrière les poncifs usés jusqu’à la corde, une réalité demeure : dans un système dominé par les intérêts privés, même l’alimentation des nourrissons finit livrée aux lois du marché et aux exigences du profit.
Face à cette barbarie, le programme des insoumis et de Jean-Luc Mélenchon, l’Avenir en commun propose exactement l’inverse : réarmer les services publics, recruter dans les organismes de contrôle sanitaire et arracher la santé publique et la sécurité alimentaire aux logiques du marché.
Par Guillaume Maro