dimanche 19 juillet

20:18

Travail et santé : l’urgence de progrès – Le billet d’humeur de Christophe Prudhomme

La DARES a mis en évidence une augmentation du recours aux soins liée à la dégradation des conditions de travail. Les chiffres les plus inquiétants se situent au niveau des accidents de travail, dont l’augmentation ici aussi touche plus particulièrement les femmes. En ce moment même, les arrêts de travail sont dans le collimateur du […]

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La DARES a mis en évidence une augmentation du recours aux soins liée à la dégradation des conditions de travail. Les chiffres les plus inquiétants se situent au niveau des accidents de travail, dont l’augmentation ici aussi touche plus particulièrement les femmes. En ce moment même, les arrêts de travail sont dans le collimateur du gouvernement.

Le macronisme est tellement aveuglé par sa défense mordicus du néolibéralisme qu’il ne réalise pas que la dégradation des conditions de travail, et donc l’augmentation des arrêts et des accidents du travail, est directement liée à la précarisation du monde du travail qu’il a enclenchée depuis 2017. Il prétend dès lors lutter… contre les conséquences de ses propres politiques. Le docteur Christophe Prudhomme y revient dans nos colonnes. Son billet d’humeur de la semaine.

Une augmentation du recours aux coins à cause de la dégradation des conditions de travail

La pression exercée sur les médecins concernant les arrêts de travail est contestée avec raison, car l’objectif est essentiellement financier et ne prend pas en compte les causes de leur augmentation. Par ailleurs, en ligne avec la logique imposée par l’idéologie néolibérale, seule la répression est mise en avant alors que l’efficacité dans ce domaine réside dans l’élimination des causes, donc la prévention.

Ainsi, une étude effectuée en 2024 par la Direction de l’animation de la recherche et des statistiques (DARES) du ministère du Travail met clairement en évidence une augmentation du recours aux soins liée à la dégradation des conditions de travail. La méthode utilisée a été celle de la comparaison avec deux études menées en 2012-2013 et 2015-2016. Les résultats montrent que la dégradation des conditions est associée à une augmentation du nombre de consultations médicales, de médicaments remboursés, d’arrêts et d’accidents. Ici comme dans d’autres domaines en relation avec le travail, les femmes sont plus particulièrement concernées.

En ce qui concerne plus spécifiquement les arrêts de travail qui sont dans le collimateur du gouvernement, le lien direct avec la qualité des conditions physiques et psychosociales de l’activité professionnelle est très net, montrant une augmentation en cas de dégradation et une diminution en cas d’amélioration. Par ailleurs, l’augmentation à des risques psychosociaux a été associée à une augmentation du risque d’avoir un handicap ou une perte d’autonomie, c’est-à-dire des effets irréversibles.

Les chiffres les plus inquiétants se situent au niveau des accidents de travail, dont l’augmentation ici aussi touche plus particulièrement les femmes, avec un nombre de jours d’arrêt de travail plus important que chez les hommes en cas d’augmentation des risques psychosociaux.

Pour aller plus loin : EHPAD : les méfaits de la décentralisation – Le billet d’humeur de Christophe Prudhomme

Pour un système de pénalité financière vis-à-vis des employeurs mauvais élèves

Les enseignements de cette étude sont doubles. Les données montrent l’importance pour les professionnels de santé de mieux prendre en compte les expositions professionnelles sur la santé à court terme. Il y a donc nécessité de stopper la pression des employeurs sur les médecins du travail, dont j’ai donné un exemple emblématique dans une chronique récente relatant des plaintes auprès de l’Ordre des médecins contestant la réalité de leur expertise. Il en va de même de la part de l’Assurance maladie qui devrait se préoccuper de la prévention dans ce domaine, ce qui serait le meilleur moyen pour limiter les dépenses !

Pour cela, la pression ne doit pas être mise sur les médecins mais bien sur les employeurs afin qu’ils améliorent les conditions de leurs salarié.es. Donc, comme la logique actuelle est celle de la menace de sanctions contre les médecins quand ils n’atteignent pas leurs objectifs, mettons en place un système de pénalité financière vis-à-vis des employeurs mauvais élèves. Il faut en finir avec la culpabilisation des salarié.es et des professionnels de santé tandis que les véritables responsables sont exonérés de leurs responsabilités.

Dr Christophe Prudhomme

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