La maltraitance des étudiants en médecine – Le billet d’humeur du médecin urgentiste Christophe Prudhomme

Dans les colonnes de L’insoumission, le docteur Christophe Prudhomme revient sur la maltraitance des étudiants en études de médecine. Cantonnés à des tâches peu intéressantes, le plus souvent pour pallier le manque de personnel lié à la casse de l’hôpital public, encadrement inégal de la part des directions hospitalières, bienveillance absente… Ils sont à la […]

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Dans les colonnes de L’insoumission, le docteur Christophe Prudhomme revient sur la maltraitance des étudiants en études de médecine. Cantonnés à des tâches peu intéressantes, le plus souvent pour pallier le manque de personnel lié à la casse de l’hôpital public, encadrement inégal de la part des directions hospitalières, bienveillance absente… Ils sont à la fois le symptôme d’un système de santé à bout de souffle et la main d’œuvre nécessaire pour pallier à ses faiblesses. Son billet d’humeur de la semaine.

« Non seulement nous ne formons pas assez de médecins, mais il existe une véritable maltraitance des étudiants au cours de leurs études de médecine... »

Non seulement nous ne formons pas assez de médecins, mais il existe une véritable maltraitance des étudiants au cours de leurs études. Cela se traduit par un phénomène totalement nouveau, qui est l’abandon d’un nombre significatif d’étudiants au cours de leur cursus, dont la principale motivation est la déception face aux conditions d’études qui présagent d’un mode d’exercice futur ne correspondant pas à l’image de la médecine ayant motivé leur choix de se former à ce métier.

En effet, l’encadrement lors de leurs stages dans les services est de qualité très variable et ils se plaignent à juste titre d’être trop souvent cantonnés à des tâches peu intéressantes pour pallier le manque de personnel. À cela s’ajoutent des directions hospitalières très éloignées de la bienveillance nécessaire pour accueillir des étudiants qui représentent une force de travail non négligeable dont elles devraient prendre le plus grand soin.

Pour aller plus loin : Braquage pharmaceutique – Le billet d’humeur du médecin urgentiste Christophe Prudhomme

Un événement récent illustre cette situation. Il s’agit de l’exclusion des étudiants hospitaliers en stage des restaurants du personnel au CHU de Rennes au motif qu’ils pourraient aller déjeuner dans le restaurant universitaire du campus. Le motif invoqué est une affluence trop importante. Cette décision constitue une ineptie dans un climat de mépris inacceptable.

En effet, le travail hospitalier est un travail d’équipe et l’heure du repas est souvent l’occasion d’échanges fructueux, pas forcément autour du travail, mais pour mieux se connaître, pour se détendre dans un espace de convivialité et aussi parfois pour se soutenir moralement face à des situations difficiles. Comme le dit un médecin, cette mesure fragilise l’intégration, la formation et la reconnaissance de ces apprentis médecins au sein de l’hôpital.

Par ailleurs, la réponse de la direction de l’hôpital et son recul partiel interrogent. En effet, l’accès aux restaurants du personnel reste autorisé pour les étudiants en stage dans les services d’urgence, de réanimation et dans les blocs opératoires. Il s’agit là d’une reconnaissance de la présence indispensable au bon fonctionnement de l’hôpital des étudiants.

Cette limitation a pour raison l’insuffisance de places dans les restaurants, donc d’un sous-investissement dans un domaine qui apparaît essentiel au fonctionnement d’une structure où la pause repas constitue un élément essentiel pour assurer la qualité de travail que sont en droit d’attendre les patients hospitalisés. Cette situation est directement en lien avec des budgets de la Sécu insuffisants et celui voté pour 2026, n’en déplaise à ceux qui le considèrent comme une avancée, va aggraver la situation.

Pourtant, une solution immédiate assez simple pourrait être mise en œuvre, qui est l’élargissement des horaires d’ouverture des restaurants. Mesure particulièrement indiquée dans un secteur où le personnel travaille en horaires décalés et où les contraintes liées aux soins obligent souvent à retarder l’heure du déjeuner. Il est plus qu’urgent de donner les moyens aux hôpitaux d’accueillir et de former les futurs médecins dans les meilleures conditions.

Dr Christophe Prudhomme

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