dimanche 19 juillet

20:16

Sida : comment le Gouvernement organise les conditions d’une épidémie sans fin

Le sida n’a jamais disparu. Mais en France, le gouvernement Lecornu choisit l’austérité, la réduction des financements et l’abandon du Fonds mondial de lutte contre le sida. En sabotant la prévention et les acteurs de terrain, l’exécutif organise les conditions d’une épidémie qui s’enracine. Il est temps de nommer ceux qui laissent faire. Chaque année, […]

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Le sida n’a jamais disparu. Mais en France, le gouvernement Lecornu choisit l’austérité, la réduction des financements et l’abandon du Fonds mondial de lutte contre le sida. En sabotant la prévention et les acteurs de terrain, l’exécutif organise les conditions d’une épidémie qui s’enracine. Il est temps de nommer ceux qui laissent faire. Chaque année, le 1er décembre, les ministres macronistes tweetent un ruban rouge comme on récite une prière creuse. Pendant ce temps, les différents gouvernements laissent la lutte contre le sida s’effondrer.

Il ne s’agit pas d’un « retour » du virus : le sida n’est jamais parti. Ce qui a réellement disparu, ce sont les moyens politiques que l’exécutif refuse désormais de fournir. Depuis son arrivée à Matignon, le gouvernement Lecornu a affiché son projet ultra-austéritaire : augmentation du reste à charge, services de prévention déstructurés, associations privées de ressources, fermetures ou restrictions d’accès dans les centres de dépistage.

Tout concourt à un même résultat : une politique qui fabrique mécaniquement de nouvelles infections. Et ce désengagement frappe directement celles et ceux qui étaient en première ligne. AIDES, l’une des principales associations de lutte contre le VIH, subit aujourd’hui un plan de licenciements massif, conséquence directe de la baisse des subventions publiques. Des dizaines de postes de prévention, d’accompagnement, de médiation communautaire sont menacés. Concrètement, cela signifie moins de maraudes, moins de dépistage, moins d’accueil, moins de suivi. Quand l’État coupe, ce sont les associations qui s’effondrent — et derrière elles, la prévention elle-même. Le gouvernement Lecornu ne peut l’ignorer : supprimer des postes, c’est laisser le virus circuler. Notre article.

« Le grand bond en arrière des coupes budgétaires, c’est aussi ça : +40 % de découverte de séropositivité pour les 15-24 ans » – Mathilde Panot

À l’international, la responsabilité est encore plus lourde. Le Fonds mondial, outil vital dans la lutte le VIH, n’est plus assuré d’avance. Et le gouvernement Lecornu refuse d’engager la France sur une contribution stable. C’est un choix politique : laisser les traitements vaciller, les programmes s’effondrer, les vies s’interrompre. Le sida tue toujours. L’abandon du gouvernement Lecornu aussi.

Voilà les chiffres que le gouvernement Lecornu ne cite jamais. Dans le monde, 40,8 millions de personnes vivent avec le VIH (fin 2024). 1,3 million de nouvelles infections en 2024. 630 000 décès liés au sida en 2024. 31,6 millions de personnes sous traitement antirétroviral (≈ 77 %). Les financements mondiaux restent 28 % en dessous du minimum nécessaire pour atteindre les objectifs 2030.

En France, environ 200 000 personnes vivent avec le VIH. 24 000 ignorent leur séropositivité. 5 125 diagnostics ont été établis en 2024. 9 700 personnes vivant avec le VIH sont non-diagnostiquées. 841 000 tests VIH réalisés en 2023 via le dépistage sans ordonnance. L’incidence ne diminue plus, malgré les discours.

Mathilde Panot l’a rappelé dans un message sans ambiguïtés : « Le VIH progresse toujours là où l’État recule. Le grand bond en arrière des coupes budgétaires, c’est aussi ça : +40 % de découverte de séropositivité pour les 15-24 ans. » Elle souligne également l’impact mondial du désengagement : « Alors que l’arrêt de l’aide états-unienne contre le sida risque de provoquer la mort de 6 millions de personnes dans le monde lors des 4 prochaines années, il est plus que jamais nécessaire de rappeler qu’il est possible d’éradiquer l’épidémie. Financer la prévention, l’accompagnement, l’accès aux soins et aux droits sont autant de choix politiques qui sauvent des vies ! »

Pour aller plus loin : Magouilles – Le Parti socialiste avalise 12 milliards de coupes à la tronçonneuse dans le budget de la Sécurité sociale

Fonds mondial de lutte contre le SIDA : la France refuse de s’engager sur une contribution

Cette parole politique est rare, et elle dit tout : ce ne sont pas les virus qui décident, ce sont les gouvernements. Pendant que Lecornu impose l’austérité comme horizon unique, les contaminations repartent à la hausse en Europe et aux États-Unis. Le lien est direct : moins de prévention = plus d’infections. Tous les responsables politiques le savent. Ceux qui coupent savent ce qu’ils provoquent.

Une militante russe l’a rappelé hier : là où les droits LGBT+ sont écrasés, où la répression s’intensifie, le VIH se propage. Là où le fascisme prospère, l’épidémie s’enracine. Et tandis que les discours pseudo-humanistes s’enchaînent à Paris, le gouvernement Lecornu adopte des choix qui renforcent les vulnérabilités ciblées.

Quant au récit officiel, il relève du cynisme pur. Lecornu prétend « redresser le pays », mais il sabote les moyens de lutte contre une épidémie qui demeure active. Macron avait déjà désengagé la France du Fonds mondial ; Lecornu fait pire : il assume l’abandon en se drapant dans la vertu. 2025 sera un point de bascule, non en raison d’un « retour » du virus, mais parce que le gouvernement aura créé les conditions de son enracinement.

Voilà ce qui devrait être fait immédiatement : rétablir et sanctuariser les financements de la prévention ; mettre en place un suivi public contraignant des politiques VIH ; lever les brevets sur les traitements ; financer massivement les programmes communautaires ; dépénaliser les pratiques et identités ciblées par la répression.

Rien ne sera possible tant qu’il ne sera pas décidé de nommer clairement les responsables : le gouvernement Lecornu laisse prospérer l’épidémie en toute connaissance de cause. La lutte contre le VIH ne se gagnera ni avec des rubans rouges, ni avec des déclarations creuses. Elle se gagnera contre l’austérité imposée par Lecornu, contre son abandon méthodique de la prévention, contre son désengagement international. Tant que ce gouvernement restera, l’épidémie restera, elle aussi.

Par Charlène Delacour

Crédits photo : Manifestation d’Act Up à Paris en 2007 / CC William Hamon / CC BY-NC-SA 2.0 FR / pas de modifications apportées.

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