Zohran Mamdani. Pendant dix jours, Marion Beauvalet, journaliste de l’Insoumission, a participé à différentes formations ainsi qu’à plusieurs événements liés à la campagne de Zohran Mamdani (réunions publiques, porte-à-porte, distributions de tracts, soirée électorale). Ce fut l’occasion de rencontrer, formellement et informellement, des militant·es et organisateur·ices de la campagne. Elle a pu échanger avec des camarades de diverses formations européennes : deux élu·es de Možemo! à Zagreb, des militant·es de Sparks dont leur élu de Budapest, ainsi que des membres du parti allemand Die Linke.
Ce déplacement a été particulièrement riche en enseignements. À travers ce récit, elle a souhaité partager ses impressions sur la campagne — d’autant plus que le traitement médiatique réservé en France à la victoire de Zohran Mamdani, ainsi que certaines tentatives de récupération politique, semblent souvent passer à côté du sens profond de sa candidature et de son programme.
Avec 50,4 % des voix (résultats provisoires portant sur 91 % des bulletins dépouillés), la victoire de Mamdani est large. Il devance ainsi largement l’ancien gouverneur démocrate de l’État entre 2011 et 2021, Andrew Cuomo, candidat indépendant (41,6 %), ainsi que le républicain Curtis Sliwa (7,1 %). Rappelons ici que Cuomo a largement été soutenu par celles et ceux qui ne voulaient pas voir Mamdani gagner, alors qu’il est accusé par onze femmes de harcèlement sexuel. Reportage sur place.
Une campagne marquée par un engouement populaire fort
Mamdani était soutenu par Bernie Sanders ainsi que l’élue de New York Alexandria Ocasio-Cortez. Il a également eu l’aide des militants et militantes de DSA (Democratic Socialists of America).
Dès les premières actions que j’ai eues la chance de voir, j’ai été frappée par le fort enthousiasme qui animait toute l’équipe de campagne (des milliers de volontaires organisés par des « field leaders »). Les sondages étaient très favorables, et le travail mené depuis plusieurs mois se révélait impressionnant. Lors des séances de porte-à-porte auxquelles j’ai pris part, pas moins d’une cinquantaine de personnes répondaient présentes — dont beaucoup participaient pour la première fois à une action politique. Avant chaque départ sur le terrain, une courte formation était organisée : les responsables rappelaient les principaux points du programme, l’importance du vote et lançaient un appel à l’action, invitant les personnes rencontrées à s’impliquer à leur tour dans une prochaine activité de campagne.
Les événements précédant ces actions (appelés rallies) rassemblaient souvent plusieurs centaines de personnes venues écouter des discours d’élu·es, de candidat·es ou de syndicalistes. L’urgence de « rendre New York à celles et ceux qui y travaillent » revenait systématiquement, tout comme la nécessité de geler les loyers. Après ces prises de parole, les militant·es partaient faire du porte-à-porte pendant plusieurs heures.

Sur le terrain, un aspect m’a particulièrement marquée, surtout en comparaison avec les pratiques françaises : il ne s’agit pas tant de convaincre que d’inciter les personnes déjà acquises à la cause démocrate à aller voter à nouveau. Cette stratégie est celle de la dernière phase de campagne (Get Out The Vote ou GOTV) qui désigne l’ensemble des actions menées pour encourager les électeurs et électrices à aller voter, surtout dans les jours ou semaines précédant une élection. Elle repose sur l’accès à des données électorales dont nous ne disposons pas en France. Les équipes de Mamdani peuvent ainsi cibler précisément les foyers à visiter grâce à des informations telles que l’adresse, le nom, le genre ou l’historique de participation électorale.
Les conversations visant à convaincre un·e opposant·e sont donc très rares : l’essentiel consiste à mobiliser celles et ceux qui soutiennent déjà la campagne. En somme, il ne s’agit plus de convaincre, mais de mobiliser fortement celles et ceux qui sont déjà convaincu·es.
Précisons aussi que ces derniers moments de campagne n’ont pas été synonymes de fin de mobilisation. Une partie des derniers instants de terrain a été consacrée à la préparation d’une mobilisation populaire pour construire un rapport de force conséquent afin d’aider Mamdani à mettre en place ses promesses de campagne.
Pour aller plus loin : Municipales à New York : Zohran Mamdani confirme la portée internationale de l’Union populaire

Quels enseignements peut-on tirer de cette victoire ?
Tout d’abord, disposer d’un programme exigeant, en rupture avec l’establishment politique et les grandes fortunes, apparaît comme une nécessité. Il s’agit d’un programme de taxation des riches et de réduction des inégalités. Concrètement, Mamdani a mis en avant, de manière constante, plusieurs promesses fortes : le gel des loyers (et l’accès à un logement digne), des bus gratuits et rapides, la possibilité pour chacun·e de faire soigner ses enfants, et des rues véritablement sûres.
« La sécurité et la justice iront de pair, car nous collaborerons avec les agents de police pour réduire la criminalité et créer un ministère de la Sécurité communautaire, qui s’attaquera de front aux crises de la santé mentale et du sans-abrisme », a-t-il déclaré dans son discours de victoire. L’accès à des commerces municipaux permettant de se nourrir correctement a également été largement mis en avant. En somme, il s’agit d’un programme complet, articulé autour de quelques mesures distinctives et fortes.
La campagne de Mamdani a également été celle de l’intransigeance. Son soutien au peuple palestinien a été constant, malgré les attaques répétées d’une partie de l’establishment et de ses détracteurs, qui l’ont accusé d’antisémitisme ou de sympathies terroristes. Elon Musk a relayé de nombreux messages appelant à faire barrage au nouveau maire, tandis que Donald Trump a menacé de réduire les fonds fédéraux alloués à New York si Mamdani remportait l’élection. Il l’a qualifié de « danger pour la sécurité américaine », de « communiste » ou encore de « terroriste urbain déguisé en maire ».
Des images associant Mamdani aux attentats du 11 septembre ont circulé massivement sur les réseaux sociaux. Dans les rues de Manhattan, j’ai moi-même vu des camionnettes diffusant des messages politiques le présentant comme antisémite et appelant à voter contre lui — souvent en soutien implicite à Andrew Cuomo. Le parallèle avec la France insoumise saute aux yeux, qu’il s’agisse des attaques portées contre le mouvement insoumis ou des engagements programmatiques de rupture.
Mamdani est revenu sur ces attaques dans son discours de victoire :
« Je sais que beaucoup n’ont entendu notre message qu’à travers le prisme de la désinformation. Des dizaines de millions de dollars ont été dépensés pour redéfinir la réalité et convaincre nos voisins que cette nouvelle ère devrait les effrayer. Comme souvent, la classe des milliardaires a tenté de persuader ceux qui gagnent 30 dollars de l’heure que leurs ennemis sont ceux qui gagnent 20 dollars de l’heure. »

Pour avoir été présente à New York, j’ai vraiment été saisie par l’intensité de la campagne violente sur le terrain contre Mamdani. Cela était d’autant plus impressionnant qu’elle se doublait d’une faible mobilisation des soutiens de Cuomo sur le terrain. Du côté des soutiens de Mamdani toutefois, la mobilisation contre le génocide demeure un enjeu central et moteur de l’engagement. Lors des discussions que j’ai pu avoir avec des militants et militantes, le soutien indéfectible au peuple palestinien revenait comme une grande fierté.
Enfin, la question de l’incarnation joue un rôle déterminant. La candidature de Mamdani, comme celles de nombreux représentant·es issu·es du DSA, se situe aux antipodes de celles portées par l’establishment démocrate vieillissant. Le soir de sa victoire, il a affirmé qu’il serait désormais impossible d’être élu à New York sans afficher une intransigeance totale dans la lutte contre l’islamophobie.
Sa victoire, comme celles d’autres élu·es progressistes, représente un nouvel espoir dans un pays qui vient de réélire Donald Trump. « En cette période d’obscurité politique, New York sera la lumière », a déclaré Mamdani lors de son discours de victoire.
Pour celles et ceux qui ne l’auraient pas vu, vous pouvez retrouver ici son discours de victoire :
En voici également sa traduction : https://legrandcontinent.eu/fr/2025/11/05/on-fait-campagneen-poesie-mais on-gouverne-en-prose-le-discours-de-victoire-de-mamdani/
Mamdani deviendra maire le 1er janvier 2026, un moment que nous scruterons toutes et tous !
Par Marion Beauvalet