dimanche 12 juillet

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Menace aux libertés fondamentales : ce rapport inquiétant des ONG

Un vent nauséabond souffle contre les libertés fondamentales. Ce mois de septembre 2025, la Fédération Internationale pour les Droits Humains (FIDH), la Ligue des Droits de l’Homme, l’Observatoire pour la Protection des Défenseurs des Droits Humains et l’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT) ont sorti un rapport. Ce dernier, titré « France : démocratie en décrochage, […]

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Un vent nauséabond souffle contre les libertés fondamentales. Ce mois de septembre 2025, la Fédération Internationale pour les Droits Humains (FIDH), la Ligue des Droits de l’Homme, l’Observatoire pour la Protection des Défenseurs des Droits Humains et l’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT) ont sorti un rapport. Ce dernier, titré « France : démocratie en décrochage, Entraves à l’exercice des libertés associatives et de la liberté de manifester » dresse un portrait alarmant de l’état des libertés publiques en France.

Depuis des années, notamment 2017, les libertés publiques, la démocratie et la République en France sont attaquées, grignotées, bousculées. Non pas par un obscur ennemi de l’intérieur « islamo-gauchiste », l’ennemi est surtout à l’Intérieur : les ministres de l’Intérieur successifs (Valls, Cazeneuve sous les années Hollande, puis ceux de Macron) ont accompagné voire initié ces assauts contre les libertés fondamentales (d’expression, de manifestation, le droit de grève…).

Ceux qui s’en prennent méthodiquement aux contre-pouvoir d’une Cinquième République déjà trop présidentielle ne se cachent pas, assument de plus en plus leur autoritarisme et le justifient au nom de la tranquillité des braves et « honnêtes gens ». Le principal danger contre la République n’est pas une confrérie ou société secrète (le MEDEF mis à part, et il cache de moins en moins ses ambitions pour le pays), ni un « système » vaguement désigné sans que personne n’en soit jamais responsable. Au contraire, ces ennemis de la République et de la démocratie ont des noms et des adresses. Le premier d’entre eux loge au 55 Rue du Faubourg Saint-Honoré, à Paris, palais de l’Elysée. Notre article.

Un vent autoritaire qui sent mauvais

Le rapport des ONG pointe d’abord l’atmosphère médiatique qui pèse sur le débat public. À longueur de journée sur les plateaux TV, notamment ceux de Bolloré, le discours de ces messieurs-dames les éditorialistes s’extrêmedroitise. Course au buzz, à qui commentera le plus un sordide fait-divers impliquant une personne étrangère, à qui soutiendra le plus le génocide en cours à Gaza, mise en sourdine des violences racistes, LGBTIphobes… En normalisant les discours d’extrême droite, le discours médiatique dominant (et donc des dominants) tente s’insinuer dans les esprits que seul un régime autoritaire débarrasserait la France de la chienlit gauchiste et/ou islamiste.

Et les ministres de l’Intérieur de se mettre, sans trop se forcer, au diapason de cette ambiance médiatique. Darmanin et Retailleau s’y sont particulièrement illustrés, imitant sans doute leurs prédécesseurs tels que Charles Pasqua ou Nicolas Sarkozy. Sans oublier que Darmanin est issu des rangs de l’Action Française, et Retailleau du clan de Villiers. Pas franchement le camp politique le plus attachés aux libertés fondamentales donc…

Pour aller plus loin : Antisémite, royaliste, nationaliste : l’Action française, l’un des plus vieux groupuscules d’extrême droite

Un arsenal juridique et administratif contre les libertés publiques

En partie guidé par cet air du temps cathodique, les gouvernements de Macron ont fait passer plusieurs lois liberticides. Le rapport des ONG pointe d’abord la loi dite « séparatisme » de 2021, qui facilite les dissolutions d’associations. En outre, cette loi introduit, pour les associations, l’obligation de signer le Contrat d’Engagement Républicain (CER), jugé « vague et imprécis », et qui de fait réprime la désobéissance civile comme mode d’expression publique. Plusieurs députés, dont ceux de La France Insoumise, avaient alors déposé un recours au Conseil Constitutionnel contre ces mesures.

De même pour la loi « anti-casseurs » (2019), en partie censurée par le Conseil Constitutionnel. Mais plusieurs dispositions restantes participent, d’après le rapport, d’une « surveillance renforcée de l’espace public ».

Une autre arme sur-utilisée par le gouvernement est la dissolution d’associations ou de groupements de faits. Entre 2020 et 2024 (lors du ministère Darmanin), la place Beauvau a prononcé pas moins de 27 dissolutions. La dissolution du Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) en 2020 est, selon les ONG, un exemple flagrant de l’utilisation d’un outil administratif (la dissolution d’un collectif) comme arme politique, au service d’une politique autoritaire et islamophobe. Les dernières tentatives de dissolution, toujours en attente de la décision du Conseil d’État, sont dirigées contre l’association Urgence Palestine et la Jeune Garde antifasciste.

Autre utilisation inquiétante d’actes administratifs : l’interdiction de rassemblements ou de manifestations par des préfets, notamment pendant la mobilisation contre la réforme des retraites (2023). Le but est clair : dissuader toute forme de mobilisation collective. Le comble de l’absurde est atteint par certaines préfectures (Loir-et-Cher, Bas-Rhin, Hérault, Doubs) qui piochent dans l’arsenal juridique antiterroriste (!) pour interdire des « casserolades » lors de ces mêmes mobilisations.

La lutte contre la réforme des retraites a vu les services de police procéder à un véritable fichages des militants et manifestants (même si la pratique est interdite). Ce phénomène s’aggrave avec les mobilisation pour la Palestine : ceux qui ont l’outrecuidance de se lever contre le génocide en cours à Gaza peuvent avoir une fiche à leur nom dans les commissariats, pour avoir fait usage de leur droit à manifester.

Ces manifestations pour la Palestine ont été l’occasion de voir un inquiétant recours à l’arrestation voire à l’incarcération de manifestants pro-palestiniens. Ainsi, le 7 mai 2024, ce sont pas moins de 88 étudiants de la Sorbonne qui se retrouvent en garde à vue, sans que rien ne justifie une telle mesure. Sans oublier les accusations en « apologie du terrorisme » qui, du simple militant à Rima Hassan ou Mathilde Panot, s’abattent sur quiconque ose revendiquer la liberté du peuple palestinien.

Pour aller plus loin : Plus de 130 personnalités et organisations appellent à soutenir Mathilde Panot et Rima Hassan, convoquées par la Police

Les procédures-baillons se multiplient aussi : le rapport cite les exemple de l’association d’aide aux migrants Utopia 56, ou la militante antiraciste Assa Traoré. Le problème de fond derrière ces attaques est la résistance ou non du pouvoir judiciaire face à la répression policière. « Le Syndicat de la magistrature relève un affaiblissement des réflexes de protection des libertés au sein même de la magistrature », dit le rapport.

Un usage de la force disproportionné et fait pour intimider et brutaliser les opposants

Les ONG dénoncent en effet un usage de la force en manifestation par la police, ainsi que des pratiques de maintien de l’ordre « contraires aux principes d’une démocratie respectueuse des droits humains et des libertés individuelles ».

Au service de cette violence policière, c’est cette fois un arsenal bien physique qui est mis à disposition des policiers, fait de LBD, gaz lacrymogène, de charges de CRS sans raison apparente… Au mépris de la loi française et du droit international, ces armes et pratiques sont employées dans un contexte « intrinsèquement incompatible avec les droits humains » et les libertés publiques.

En découlent naturellement des violences policières, souvent très brutales : « près d’un tiers (30 %) des enquêtes diligentées sont classées sans suite en raison d’une impossibilité d’identification des agent·es à l’origine des violences ». Tout cela à cause du refus des policiers de rendre visible leur référentiel des identités et de l’organisation (RIO) : on comprend pourquoi ! Et cela malgré que le fait que le comité contre la torture de l’ONU (rien que ça!) recommande la visibilité de ce RIO sur les uniformes.

De son côté, le Syndicat de la Magistrature dénonce un « traitement différencié » de la justice en faveur des policiers accusés de violences, du fait de la trop forte proximité entre les policiers et les juridictions locales. Le même raisonnement s’applique à l’organe chargé de traiter en interne les violences policières, l’IGPN : « en pratique, ce sont des membres du même corps qui enquêtent sur leurs collègues », ce qui pose un évident problème d’impartialité et de rigueur.

Comme elle a un sentiment d’impunité (et de fait, ses violences sont impunies!), l’institution policière et ses agents se laissent aller : harcèlement contre les opposants à l’A69, aux méga-bassines, contre les exilés… En mars 2023, sur le site de Sainte-Soline, ce sont plus de 5000 grenades qui sont tirées en deux heures, et de nombreux manifestants sont brutalisés par des policiers, avec la bénédiction de Darmanin, qui entre-temps tentait (sans succès) de dissoudre les Soulèvements de la Terre. Le refus de dialogue politique par l’exécutif, en l’occurrence sur la gestion de l’eau, est à l’origine de cette répression sourde et aveugle.

Les supplétifs de l’exécutif

La police n’est pas le seul bras armé de l’exécutif : elle en est le plus officiel. En parallèle, dans les mobilisations du monde agricole, c’est par exemple la FNSEA qui menace et réprime les partisans d’une agriculture moins productiviste et capitaliste, respectueuse de l’harmonie entre humains et nature.

Non seulement la FNSEA porte la parole de l’agro-business dans les médias et, de fait, est au diapason du gouvernement, mais elle n’hésite pas non plus à faire le coup de poing. Le rapport énonce plusieurs cas où des portes-paroles de la Confédération Paysanne (syndicat paysan progressiste) ont vu leurs exploitations agricoles saccagées par la même FNSEA. Sans oublier les intimidations de la FNSEA et autres syndicats agricoles réactionnaires contre des députés, notamment LFI.

Les menaces aux libertés publiques viennent aussi de l’extrême droite. Les ONG dénoncent notamment des sympathisants ou militants du Rassemblement National (RN) qui, lors des élections législatives 2024, ont agressés et menacés des opposants, souvent partisans du Nouveau Front Populaire (NFP). Les groupuscules radicaux, comme le GUD ou Némésis, jouent aussi leur rôle dans ces atteintes aux droits et libertés, le premier dans ses agressions en milieux étudiants, le deuxième dans ses attaques médiatiques ciblées contre des associations d’aide aux réfugiés.

Quelle République veut-on ?

La fatalité ne doit pas être de mise face à ce constat alarmant, au contraire. L’heure est à l’engagement, à l’action. Si le gouvernement veut intimider et dissuader le peuple de descendre dans les rues, il se rendra vite compte que tous ses dispositifs policiers, ses chausses-trappes médiatiques ne seront pas efficaces très longtemps.

Les Insoumis par exemple proposent. Ils portent, dans leur programme, un nouveau cap pour le pays, en instaurant une Sixième République, en dissolvant la BAC, en démantelant l’IGPN pour un autre organisme de contrôle réellement efficace, en mettant fin aux grands trusts médiatiques aux mains de milliardaires réactionnaires… Pour construire un « Avenir en Commun » digne de ce nom, être à l’écoute des associations comme celles qui ont produit ce rapport est essentiel : ce travail est mené au sein des groupes thématiques du programme des Insoumis.

Pour aller plus loin : « Nous sommes prêts ! » – LFI a présenté son programme actualisé

L’extrême droite n’est pas officiellement au pouvoir. Pourtant, par sa mainmise sur les médias dominants et la docilité des macronistes, elle influence la politique de l’exécutif, lequel espère se maintenir au pouvoir en s’alignant sur les mots d’ordre de Le Pen ou Bolloré. Ainsi toute la politique contre les libertés fondamentales menée depuis 2017 prépare, de fait, l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite.

Ce pouvoir exécutif, détenu par ce que l’historien Pierre Serna nomme « extrême centre », utilise notamment la police, pour que cette dernière « mette en place une violence d’État hors de proportion avec les registres fermes mais pacifiques des manifestants » (L’extrême centre, le poison français, 2019, p. 29).

Autre aspect de cet extrême centre : celui-ci fait que le pouvoir exécutif (le gouvernement) grignote sans cesse sur le pouvoir législatif (le parlement), « pour tenter de se substituer à la légitimité du pouvoir législatif dont il tient l’existence » (Ibid., p. 21). Par ailleurs, la Constitution de la Cinquième République entame déjà ce travail de sape : depuis 1962, le Président de la République est élu au suffrage universel direct, comme l’Assemblée Nationale, l’organe de représentation de la souveraineté nationale. Quelle institution, entre le Président et l’Assemblée, est la plus légitime ?

Pour cet extrême centre, l’heure n’est plus, pour sauver la France des « honnêtes gens » (terme utilisé ironiquement par Serna en 2019, pris au premier degré par Retailleau aujourd’hui), à la discussion politique et à la confrontation de programmes politiques clairs (le débat parlementaire n’en est que l’expression la plus policée, à côté des manifestations, de la désobéissance civile…). L’heure est, pour Macron et ses sbires, à la décision pour la décision, l’efficacité pour l’efficacité, l’action pour l’action.

Cette dépolitisation de l’action politique du gouvernement est justifiée par le dogme énoncé par Margaret Thatcher : « there is no alternative ». S’il n’y a pas d’alternative possible à l’économie capitaliste néolibérale et à un pouvoir exécutif fort et brutal, pourquoi débattre (et donc contester) de la politique du gouvernement ? Ce qui justifie encore plus de répression et d’attaques contre les libertés publiques.

Ce culte de « l’action pour l’action » rentre par ailleurs dans la définition que l’écrivain et philologue Umberto Eco donne du fascisme (Reconnaître le fascisme). Les passerelles entre extrême centre et extrême droite sont évidentes. Historiquement, les fascismes ont en effet servi de solution politique à une impasse économique et sociale rencontrée en Italie, en Allemagne, etc. C’est notamment ce qu’a démontré l’historien Johann Chapoutot dans Les irresponsables, qui a porté Hitler au pouvoir ?.

L’historien italien Luciano Canfora expose d’autres points communs entre ces deux extrêmes qui pourrissent la République. Dans Le fascisme tel qu’en lui-même (2019), sur la situation italienne actuelle qui ressemble à s’y méprendre à celle de notre côté des Alpes, l’époque des années 2020 ressemble un peu trop à celle des années 1920.

Ainsi, écrit-il, « il est donc légitime de s’alarmer lorsqu’on observe la répétition de ces comportements : intimider l’opposition par des accusations farfelues [comme en wokisme, en apologie du terrorisme dans le cas français], intimider les opposants individuels par une avalanche de procès […], monopoliser l’information (prête, pour sa part, à l’autocensure), planifier le renversement de l’ordre constitutionnel ».


Le pouvoir macroniste n’est pas fasciste en lui-même, mais il prépare incontestablement le terrain à un gouvernement, voire un régime d’extrême droite qui ira encore plus loin dans sa politique raciste et autoritaire. Il a mis à disposition un arsenal de lois, de pratiques policières, de mesures d’urgence. Et ce processus a commencé au moins dès 2015, lorsque les dispositifs anti-terroristes, suite au traumatisme des attentats islamistes, ont été tout de suite dévoyés et dirigés contre des militants écologistes, altermondialistes…

Dans l’avenir, il ne serait pas surprenant de voir des Darmanin ou Retailleau offrir leurs services au Rassemblement National si ce dernier venait à prendre le pouvoir, pour être leur caution « sérieuse ». Comme l’a rappelé Jean-Luc Mélenchon dès 2014, « à la fin, ce sera eux ou nous ».

Par Alexis Poyard

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