L’Insoumission et le média espagnol Diario Red (Canal Red) s’associent pour proposer à leurs lecteurs des contenus sur les résistances et les luttes en cours en France, en Espagne et en Amérique du Sud. À retrouver sur tous les réseaux de l’Insoumission et de Diario Red.
Cet été ont eu lieu les universités d’été les plus importantes de toutes les gauches européennes. À Valence (France), La France insoumise a organisé ses universités d’été, les AMFIS, qui constituent en elles-mêmes un exemple d’unité populaire. L’affluence de toutes les organisations politiques, mouvements sociaux et syndicats aux différentes conférences a réellement permis un débat stratégique auquel nous ne sommes guère habitués ailleurs. Plus de 5 000 personnes s’y sont rendues. Retour sur quelques-uns des combats qui ont fait de La France insoumise le mouvement politique de la classe ouvrière française. Notre article.
Face à l’extrême droite, le combat sans relâche de la France insoumise
La menace de l’extrême droite est devenue un enjeu majeur, à la fois politique, social et idéologique en France. Politique, car le danger qu’elle prenne le pouvoir est réel, d’autant plus qu’elle entretient déjà une alliance de fait avec le libéralisme réactionnaire de Macron. Social, car autour de Le Pen et de son parti, le Rassemblement National, se sont formés divers groupes violents qui attaquent physiquement les mouvements sociaux, les militants syndicaux et de gauche, les personnes LGBTQIA+, les musulmans, les féministes ainsi que les travailleuses noires et arabes.
L’antifascisme est devenu une nécessité vitale pour se défendre contre une extrême droite de type escadron. En même temps, l’antifascisme est une pierre de touche permettant de contenir les défections, les cinquièmes colonnes et les trahisons misérables qui, en France comme ailleurs, gangrènent certains secteurs de la gauche.
C’est pourquoi, intellectuellement, les arguments pusillanimes visant à éviter les questions dites « problématiques » – comme l’antiracisme, la lutte contre l’islamophobie, contre le sionisme ou contre l’OTAN et le bellicisme de l’Union européenne – ont également été relayés par toutes sortes de responsables politiques, y compris certains membres du Nouveau Front Populaire. Des secrétaires nationaux du Parti communiste français, comme Fabien Roussel ou François Ruffin, illustrent cette mécanique bien accueillie sur les plateaux télé français.
La députée européenne franco-palestinienne LFI, Rima Hassan, a répondu comme il se doit aux tentatives de Ruffin d’imiter le social-chauvinisme de Le Pen : « On se fout de savoir ce que pense Ruffin » et, comme elle l’a affirmé lors du premier meeting du Nouveau Front Populaire : « L’union ne peut pas tenir avec le poison distillé de la trahison. »
Lors de l’édition précédente de l’université d’été, l’Institut La Boétie – le think tank de La France insoumise – a présenté un ouvrage issu de journées de formation sur l’extrême droite : Extrême droite : l’ascension résistible (Les libres de l’Institut La Boétie, 2024).
Dans ce livre dirigé par la députée insoumise Clémence Guetté, vice-présidente de l’Assemblée nationale et coprésidente de l’Institut, les grandes lignes politiques du combat contre l’extrême droite sont posées : intransigeance totale sur le fond comme sur la forme, sans aucune concession : « La bataille contre l’extrême droite – écrit Guetté – impose donc une rigueur de fond. Il faut absolument combattre une tentation : nous ne gagnerons pas en nous rapprochant de leurs positions. (…) Car c’est le processus de droitisation extrême qui prépare la conquête du pouvoir par l’extrême droite ; ce qu’il faut combattre, c’est ce processus. »
Et la manière de le combattre, pour La France insoumise, consiste à n’accepter aucune capitulation idéologique ou intellectuelle qui pourrait contaminer son propre mouvement.
Que dire à propos du « grand remplacement » ? Mélenchon n’a pas hésité à répondre : « C’est la nouvelle France. » Dans cet esprit, La France insoumise n’a pas hésité à actualiser la célèbre question posée par Joseph Sieyès en 1789 – Qu’est-ce que le Tiers-État ? – en mettant en avant le prolétariat créole. Ainsi, face au doute, les insoumis répondent comme Sieyès : « Que sont les nouveaux Français ? TOUT. »
En définitive, la conclusion stratégique est claire : il n’existe qu’un seul moyen de se prémunir efficacement contre les tentations chauvines : la mobilisation de toute la classe ouvrière et salariale, par tous les moyens nécessaires.
Pour aller plus loin : « Le 10 septembre, il faut virer Macron ! » – 67 % des Français appellent à la démission du chef de l’État
Mobiliser la classe ouvrière : grève générale
L’université d’été s’est conclue par une triple annonce de La France insoumise : un appel à une grève générale le 10 septembre ; une motion de destitution contre le président Macron ; une motion de censure contre la Commission européenne de Von der Leyen.
La peur est palpable à l’Élysée, puisque le Premier ministre François Bayrou a annoncé une question de confiance pour le 8 septembre. Les responsables syndicaux et sociaux présents aux AMFIS ont exprimé clairement la colère des travailleurs. Une colère bien réelle que le mouvement populaire « Bloquons tout » entend canaliser avec l’organisation d’une mobilisation nationale le 10 septembre contre un budget imposant des coupes pires que celles de 2008 – une austérité de guerre inacceptable pour la classe ouvrière française.
Le syndicat Force Ouvrière a déjà déposé un préavis de grève pour tout le mois de septembre, et d’importantes sections de la CGT préparent des grèves générales sectorielles – notamment dans les transports ferroviaires et l’énergie – sans parler de la multitude de grèves locales déclenchées cet été. La CGT veut que le 10 septembre « soit une première étape réussie » et appelle à « construire la grève ». La France insoumise s’est jointe à ce mouvement et propose que le 10 septembre soit une journée de grève générale.
Les insoumis n’ont pas peur de la mobilisation de la classe ouvrière, bien au contraire : ils estiment qu’elle est indispensable à toute victoire politique et sociale. De plus, la mobilisation ouvrière révèle toutes les contradictions de l’extrême droite et frappe ses points faibles : le programme de Marine Le Pen est confus, mais fondamentalement identique à celui de Macron – austérité, dépenses militaires, social-chauvinisme mâtiné d’islamophobie et une haine des travailleurs et des syndicats.
Qu’est-ce qu’un programme de rupture ? Un éloge de la gratuité et du collectivisme
Ainsi, le programme est l’élément central de La France insoumise. D’abord pour clarifier ses idées et établir toute politique d’alliance sur des objectifs concrets compréhensibles par tous. Ensuite pour en faire un moteur de mobilisation et de lutte.
L’une des réflexions clés du programme repose sur l’objectif de combattre la plus-value, c’est-à-dire l’appropriation du travail gratuit de la classe ouvrière. C’est pourquoi, lors de la conférence inaugurale des AMFIS, Jean-Luc Mélenchon a proposé d’inverser cette logique d’appropriation capitaliste en défendant la gratuité de tous les services publics : des transports à l’université, en passant par la santé. Une idée déjà présente dans L’Avenir en commun, qui prévoit de financer cette reconquête par une fiscalité ciblée sur les ultra-riches, les fraudeurs fiscaux et les multinationales.
Mais La France insoumise va plus loin : elle défend la collectivisation des moyens de production, tant dans son programme que dans des luttes concrètes, comme celle menée chez ArcelorMittal, géant sidérurgique, où les ouvriers de la CGT exigent la nationalisation et une gestion ouvrière de leurs usines.
« La radicalité insoumise est une radicalité concrète », a déclaré le leader insoumis. Ainsi, lors de la présentation du second volume de La Boétie : Nouveau peuple, nouvelle gauche (Éditions Amsterdam, 2025), Clémence Guetté a été très claire : « Il nous appartient de reconstruire une doctrine émancipatrice et une stratégie révolutionnaire adaptées à la nouvelle réalité historique. C’est une condition essentielle à la victoire. »
Ce ne sont pas là des enseignements mineurs, surtout si l’on considère que La France insoumise est la seule force en Europe qui démontre actuellement sa capacité à combattre efficacement l’extrême droite, tout en mobilisant la classe ouvrière autour de son propre programme.
C’est pourquoi il est franchement surprenant de constater le manque d’intérêt que suscite ce processus auprès d’autres secteurs sociaux et politiques.
« Une fois encore, ce n’est pas seulement le sort de la France qui se joue ici, mais celui de l’Europe », écrivait Trotsky au sujet du rôle de la classe ouvrière française dans les années 1930. Il se pourrait bien que Trotsky ait encore une fois raison. En tout cas, seule la lutte des classes à venir en France permettra de mesurer la capacité des insoumis à porter jusqu’au bout la colère palpable dans le pays.
Par Albert Portillo