Préfecture de Police de Paris : Laurent Nuñez peut-il faire plus mal que Didier Lallement ?

Laurent Nuñez a remplacé Didier Lallement à la préfecture de police de Paris le 20 juillet 2022. Opposés dans leur allure et dans leur style, les deux hommes convergent sur le fond : gestion brutale des manifestations et négation des violences policières. Secrétaire d’État auprès de Christophe Castaner pendant les Gilets Jaunes, Laurent Nuñez a grandement contribué au changement de doctrine du maintien de l’ordre qui a mené à une hausse du nombre de mutilations en manifestation sans précédent depuis la guerre d’Algérie. Son ton policé cache-t-il un adepte de l’État policier ?  Son portrait.

Passation de pouvoir à la tête de la préfecture de police de Paris mercredi 20 juillet. La puissante administration, forte de plus de 40 000 fonctionnaires, parfois qualifiée d’État dans l’État, voit partir Didier Lallement, personnage honni de tous les opposants à Emmanuel Macron. Pour le remplacer, un fidèle parmi les fidèles : Laurent Nuñez, nommé pour la quatrième fois à un poste de pouvoir prestigieux par le président de la République. 

Après la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) en 2017, dès le changement de locataire à l’Élysée, un secrétariat d’État au ministère de l’Intérieur en 2018, puis le poste de coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme en 2020, l’énarque retrouve la préfecture de police, où il avait déjà exercé la fonction de directeur de cabinet auprès de Bernard Boucault de 2012 à 2015. Désormais, le patron, c’est lui. Sa mission, restaurer la confiance avec la Mairie de Paris et assurer la sécurité lors du prochain grand événement sportif, les Jeux Olympiques en 2024. 

Espérons que son action évitera à la France une nouvelle humiliation internationale après celle infligée par Didier Lallement au Stade de France lors de la finale de Ligue des Champions. 

Alors que la colère populaire exprimée lors de la révolte des Gilets Jaunes n’a récolté que mépris et mains arrachés, quelle seront les consignes d’encadrement des manifestations dans la capitale en cas de reprise de l’insurrection qui couve dans une France encore appauvrie par l’inflation ?

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Le passé du nouveau Préfet de Police de Paris ne laisse présager rien de bon pour le respect des droits humains. Comme son prédécesseur, Laurent Nuñez se sont des mots et des consignes féroces envers ceux qui osent critiquer le gouvernement. 

En 2016, il dirige la police des Bouches-du-Rhône. Lors des grèves et manifestations anti-loi travail, il tente de faire évacuer les ouvriers qui bloquent le terminal pétrolier de Fos-sur-Mer par des charges de CRS. De nombreux grévistes sont blessés lors de l’opération. En cause : l’utilisation d’un canon à eau, de grenades et de flash-ball.

Les premiers cobayes de cette utilisation effrénée de la violence d’État sont les jeunes racisés à partir de 2005 avec Nicolas Sarkozy. L’expérience est ensuite testée et approuvée sur les manifestants par Laurent Nuñez sous les ordres de Manuel Valls en 2016. Lorsque Christophe Castagner, dit l’éborgneur, s’inspire de cette expérimentation sauvage pour bâtir la doctrine nationale du maintien de l’ordre, qui retrouve-t-on à ses côtés pour le conseiller ? 

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Pendant toute la crise qui fait vaciller les certitudes jupitériennes et démontre l’étendue de la colère emmagasiné dans le peuple envers la caste qui se gavent sur leur dos, le haut fonctionnaire démontre l’étendue de son zèle à protéger les forces de police, qu’importe la gravité des accusations portées à leur encontre.

En février 2019, il déclare sur BFMTV : « La violence elle n’est que d’un seul côté. La violence elle vient des casseurs, des ultras qui infiltrent ce mouvement, ces gilets jaunes radicalisés et qui n’existent finalement… Ils n’existent plus que par la violence, ces gens-là. Et en face d’eux vous avez des fonctionnaires de police, des militaires de la gendarmerie qui font preuve de sang-froid, de courage et de détermination »

Deux jours plus tard, Libération avait pourtant déjà répertorié et publié cinq exemples de blessures graves infligées à des personnes qui n’avaient aucunement menacées les forces de l’ordre.

« Circulez il n’y a rien à voir » sera la ligne de défense machinalement répétée tout au long de la crise. L’interview du secrétaire d’État au Grand Jury de RTL est un festival d’obscénité pour toutes les personnes mutilées et leurs proches.

« Les choses se sont quand même globalement bien passées en matière d’ordre public» commence Laurent Nuñez «ce n’est pas parce qu’une main a été arrachée, parce qu’un oeil a été éborgné, que la violence est illégale». On aurait pu croire à une éclaircie, un infime retour à la plus petite considération pour la souffrance humaine en fin d’interview lorsqu’il déclare. «Avec Christophe Castaner nous avions toujours dit que s’il y avait des fautes commises dans l’emploi de la force, il y aurait bien évidemment des sanctions« . Espoir de courte durée puisqu’il finit par assurer que ce sera « un nombre infime de cas ».

Un nombre infime ? Au regard des condamnations prononcées par l’IGPN, c’est sûr. A ce jour, zéro. Peut-on toutefois juger « infime » le nombre d’infirmités causées par des forces de l’ordre à des personnes qui ne présentait aucune menace ?

Et quand bien même une seule personne parfaitement innocente perdrait un œil ou une main, est-ce que ça ne mériterait pas un mot d’excuse des responsables de cette barbarie ?

Histoire qu’on ait au moins la certitude que ça ne leur fait pas plaisir…

Pour rappel, David Dufresne a répertorié 992 signalements de violences policières. Ce chiffre est la limite basse absolue. En effet, soucieux de produire un travail inattaquable, le journaliste n’a comptabilisé que les cas où il existe des preuves : des images et des témoins. Aucune des 992 victimes n’a été poursuivie pour une quelconque confrontation avec les forces de l’ordre. Il s’agit donc de personnes jamais accusées du moindre trouble à l’ordre public et qui ont eu la vie brisée par des policiers aux ordres du duo Castaner-Nuñez.

Les deux lascars n’ont jamais démenti le travail du journaliste. Non. Simplement. Ils s’en fichent. La brutalité employée était légitime.

Didier Lallement avait mis la barre très haute en matière de déni d’humanité. Les propos et les ordres du nouveau préfet de police de Paris ne laisse présager rien de bon.

La pente autoritaire du pouvoir libéral se poursuit, avec un nouveau gardien du temple du monarque républicain. La présence de 89 députés d’extrême droite, une mouvance politique assez peu regardante du respect des droits humains et de toutes considérations démocratiques globalement ne va pas arranger le climat de violence.

Il est probable que la police soit à nouveau mise à contribution pour maintenir au pouvoir un Président désormais sans mandat et qui ne tient aucun compte de la gifle, elle bien symbolique, démocratique, électorale, reçue le 12 et 19 juin lors des élections législatives. Pour mener à bien son projet de maltraitance sociale approuvée par le RN et refusé par le peuple, il aura grand besoin d’un donneur d’ordre qui ne tremblera pas à l’idée d’envoyer des Français gazer, matraquer, éborgner, énucléer d’autres Français. Tout laisse à penser que Laurent Nuñez soit l’homme de la situation.