2022 : Mélenchon, élu président au 1er tour en outre-mer

Avec plus de 50% des voix en Guyane, en Guadeloupe et en Martinique, Jean-Luc Mélenchon a plié la bataille des Outre-mer au premier tour de l’élection présidentielle. La progression du tribun insoumis est sans équivalent dans ces territoires. Pour l’élection présidentielle de 2017, il avait obtenu 20,8% des suffrages. Cette fois-ci, il obtient 40% des suffrages en moyenne sur l’ensemble des Outre-mer. Soit un bond de presque 20 points en 5 ans. En 2017, il était le 2e candidat des Outre-mer, derrière Marine Le Pen (21,9%). Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon fait presque le double de son score. Sa progression spectaculaire dans les Outre-mer témoigne de l’intérêt qu’il a porté sur ces territoires, abandonnés par la France métropolitaine, à la fois dans son programme, ses déplacements et dans ses discours. Notre article.

2017-2022 : une progression sans équivalent en faveur de Mélenchon dans les Outre-mer

L’écart est flagrant. Jean-Luc Mélenchon a gagné presque 20 points de suffrages exprimés en Outre-mer entre 2017 et 2022. Il est ainsi passé de 20,8% des suffrages en 2017 à 39,96% cette année. « Il est très rare qu’un candidat obtienne ce genre de résultat dans un scrutin uninominal à deux tours« , note le politologue Martial Foucault. Dans certains territoires, les résultats sont sans appel. Notamment en Guyane, en Guadeloupe et en Martinique où il a obtenu à chaque fois plus de 50% des voix : respectivement 50,6%, 56,2% et 53,1%, où il aurait été élu dès le premier tour.

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C’est en Guadeloupe que l’écart est le plus notable. Le candidat de l’Union populaire fait un bond de 32,1 points en 5 ans : il passe de 24,1% en 2017 à 56,2% cette année. De plus, « il arrive en tête dans les trente-deux communes de l’archipel. » Ainsi, à part dans l’océan Pacifique (Polynésie français, Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna) et à Mayotte où il oscille entre la 2ème et la 4ème place, Jean-Luc Mélenchon est en tête dans les six autres territoires d’Outre-mer.

Mélenchon, défenseur invétéré des Outre-mer

Comment expliquer les scores importants de Jean-Luc Mélenchon dans les territoires d’Outre-mer ? D’abord, celui-ci dispose de soutiens locaux de poids : Huguette Bello, présidente de la région Réunion, Younous Omarjee, député européen et président de la commission du développement régional du Parlement européen, Jean-Hugues Ratenon et Karine Le Bon députés réunionnais, sans oublier Gabriel Serville, président de la Collectivité territoriale de Guyane, pour ne citer qu’eux.

Surtout, Jean-Luc Mélenchon a été, avec les insoumis, un défenseur invétéré de l’Outre-mer. À l’Assemblée nationale, ils se sont illustrés en créant notamment « une commission d’enquête sur la gestion des ressources en eau, dossier majeur pour la population guadeloupéenne. » Ensuite, les Outre-mer ont subi plus durement que la France métropolitaine la crise sanitaire. Alors qu’elles devaient déjà composer avec une crise sociale majeure. Pendant cinq ans, et face à l’indifférence du gouvernement vis-à-vis des souffrances des Outre-mer, les insoumis ont tenu la tranchée au Parlement. Ils ont défendu ces territoires, entre autres, sur les questions d’accès à l’eau, face aux restrictions de libertés et face à la pauvreté criante qui les fracasse.

Les insoumis seraient les mieux à même de défendre les territoires d’Outre-mer ? C’est en tout cas ce qu’écrivaient dans une tribune six importants élus de ces territoires. Ils déploraient que « la France s’illustre par son abandon de ces territoires« , et que les Outre-mer aient été « les parents pauvres des politiques sociales du gouvernement. » durant les cinq dernières années. Ils saluaient aussi un plan ambitieux proposé par Jean-Luc Mélenchon « pour répondre, de façon immédiate, aux urgences sociales et écologiques auxquelles sont en proie ces territoires. » Malgré la défaite au premier tour, les insoumis ne comptent rien lâcher. De nouvelles élections s’annoncent, comme les élections législatives des 12 et 19 juin, durant lesquelles ils continueront à défendre les territoires d’Outre-mer.

Au 2ème tour, l’Outre-mer s’est tourné majoritairement vers Marine Le Pen

Si Jean-Luc Mélenchon a été propulsé en tête au premier dans les territoires d’Outre-mer, c’est Marine Le Pen qui est largement arrivée en tête au second. Sur dix départements et régions d’Outre-Mer, Marine Le Pen est arrivée en tête dans pas moins de sept d’entre eux. Ses scores sont élevés : 69,6 % des suffrages exprimés à la Guadeloupe, 60,8 % à la Martinique, 60,7 % en Guyane, 54,7 % à Saint-Barthélemy pour ne citer qu’eux.

Un vote de protestation contre Emmanuel Macron avec qui le divorce est total. Promotion de mesures liberticides pendant la crise sanitaire, refus de la politique néolibérale de la macronie, la pauvreté qui prend les gens à la gorge, le sentiment d’abandon des Outre-mer ont nourri ce vote qui sonne à la fois comme un cri de colère et de désespoir.

Le soir du second tour, Mathilde Panot était sur le plateau de France 2. Elle a affirmé que les habitants des Outre-mer « ont voté pour Madame Le Pen pour faire barrage à Monsieur Macron. » « Je dis à tous ces gens qui sont désespérés de ne pas avoir eu de candidat ce soir pour les représenter, que justement nous avons un 3ème tour de cette élection présidentielle. Un autre monde est toujours possible !« , a-t-elle-conclu. Après l’annonce des résultats du second tour, Jean-Luc Mélenchon a lancé un appel à la mobilisation générale en vue des législatives des 12 et 19 juin. Rendez-vous dans les urnes !

Par Nadim Février