Portrait – Diangou Traoré, militante contre les violences policières et le mal-logement, rejoint Mélenchon

Diangou Traoré est une brave. Dans son quartier des Francs-Moisins à Saint-Denis (93), elle mène la lutte depuis des années contre le mal-logement, les violences policières et pour l’auto-organisation politique des habitants. Elle a décidé de rejoindre le Parlement de l’Union Populaire. Elle est l’une de ces militantes du quotidien dont vous n’entendez jamais parler. Notre portrait.

Et si on parlait de ceux qui luttent au quotidien, de ces têtes dures qui dans leur quartier, militent, s’activent, s’engagent pour inverser le rapport de force et améliorer la vie ? Vous n’avez peut-être jamais entendu parlé de Diangou Traoré. À moins que vous ne veniez du quartier des Francs-Moisins à Saint-Denis. Dans ce cas, il est fort probable que vous l’ayez déjà vue et entendue, et surtout que vous lui ayez déjà parlé : car celle qui porte l’auto-organisation populaire comme principe n’a pas chômé depuis 10 ans pour mobiliser du monde contre l’habitat indigne et l’invisibilisation ! 

L’émancipation sera l’œuvre des habitants eux-mêmes 

Née aux Francs-Moisins, cette technicienne à la Caisse d’Assurance Maladie commence par militer contre les violences policières qui touchent particulièrement les quartiers populaires. Puis, très vite, elle se retrouve en situation de porte-parole : alors qu’un projet de rénovation urbaine mené par l’Etat voit enfin le jour, elle est tirée au sort comme citoyenne pour “donner son avis” et “exprimer les besoins” des habitants sur le projet.

Mais là, c’est le mur : les locataires ne sont pas écoutés, les projets sont imposés, et rien pour répondre à ce qui pourrit la vie, des invasions régulières de rats aux charges qui ne cessent d’augmenter. Pour elle, c’est évident : les habitants doivent prendre en main eux-mêmes leur sort, se réunir et mener des actions collectives pour se faire entendre ! 

Ainsi, en 2016, elle participe à la création de Francs-Moisins Citoyenne, une association qui se donne pour but de fédérer les colères pour les transformer en force collective d’organisation et de discussion. Des “Assises des Francs-Moisins” sont mises en place pour que le quartier puisse prendre la parole lui-même, parler des problèmes que l’on tait (punaises de lit, rats, charges qui augmentent sans même l’information du bailleur…), mettre en commun les informations. Mais c’est aussi l’occasion de ramener la fête et la joie populaire, avec le retour des fêtes de quartier ! 

Le collectif des Habitants du Franc-Moisin est alors créé. Et face aux projets inutiles, au silence des élus PS de la région, à l’absence de réponses du bailleur, à l’augmentation des loyers, le quartier s’organise ! En pleine pandémie, alors que les revenus s’écroulent, une banderole fabriquée avec l’aide de chaque habitant et accrochée par les jeunes du quartier fera la fierté de Diangou Traoré : “Suppression des loyers mai-juin-juillet”. Message qui se propagera de quartiers en quartiers, témoin de la conscience populaire gagnée autour d’elle. 

Celles qui vivent, ce sont celles qui luttent…

Diangou Traoré ne porte pas pour autant là son seul combat. À la Sécurité Sociale, elle est syndiquée Force Ouvrière, et lutte pour que les services publics ne quittent pas définitivement les quartiers populaires, alors que l’Etat cherche à réduire l’accueil des cotisants ! Elle milite aussi pour des salaires dignes à la Sécurité Sociale, et le respect de ce joyau social et populaire conquis de haute lutte. Et pour elle, le sentiment de mener un seul et même combat, comme elle le confiait à Informations Ouvrières au début du mois : “Le combat syndical pour défendre la Sécurité Sociale et les services publics et le combat avec l’association de quartier, c’est lié. Tout est lié. Et c’est de la politique”.

La politique, Diangou Traoré en a toujours fait. Mais en 2020, elle saute le pas : elle se présente sur la liste Saint-Denis en Commun, liste citoyenne émanant des luttes dionysiennes et menée par Bally Bagayoko avec le soutien de France Insoumise. Et après une campagne acharnée, ils arrachent plus de 18% des voix, face au maire sortant et au candidat socialiste. Une victoire certaine pour la fierté et la conscience du quartier, et une étape de plus dans le parcours acharné de Diangou Traoré. Et pour la présidentielle, une excellente nouvelle : elle rejoint le Parlement de l’Union Populaire !

En effet, pour elle, et face à nous, un seul et même système : celui qui ignore et maltraite les habitants des quartiers populaires quand les quartiers huppés sont choyés, celui qui pousse au chômage quand on peut partager le travail, celui qui accumule la richesse d’un côté en condamnant tous les autres à un quotidien insupportable.

Pendant ce temps, les racistes et les fascistes détournent le regard pour nous pousser les uns contre les autres. Ainsi, elle rejoint la dynamique Jean-Luc Mélenchon, à même de porter cet espoir à la présidentielle et de gagner le 24 avril 2022. Et elle compte bien mobiliser avec elle les quartiers populaires, où elle a même vu “des mamans devenir des révolutionnaires” !

Par François Jarlier