Suez-Veolia : un scandale d’État ? Les insoumis demandent une commission d’enquête

Veolia, le numéro un Français de la gestion de l’eau et des déchets, est en train d’engloutir Suez, son principal concurrent. Les sommes sont astronomiques. Les dangers sont énormes. Le gouvernement s’était officiellement prononcé contre cette fusion. Mais selon des révélations de Mediapart, une intervention au plus haut sommet de l’État l’aurait facilité. Si les faits sont vérifiés, nous avons affaire à un nouveau scandale d’État, après l’affaire Benalla ou l’affaire Kohler. La France insoumise demande l’ouverture d’une commission d’enquête à l’Assemblée nationale.

Un sacré magot en jeu

Veolia est le numéro un Français de la gestion de l’eau et des déchets. Suez le numéro deux. Ce lundi 5 octobre, le conseil d’administration d’Engie a approuvé la vente de la quasi-totalité de ses parts dans le capital de Suez… à Veolia. On assiste à l’engloutissement de son principal concurrent, Suez, par le plus gros poisson de l’eau en France, Veolia. Les enjeux sont capitaux. Le chiffre d’affaire de Suez est de 18 milliards d’euros en 2019. Un sacré magot qui à de quoi faire saliver Veolia dont le chiffre d’affaire était déjà de 27 milliards d’euros l’année dernière.

La guerre entre les deux multinationales pour le contrôle de la gestion de l’eau n’est pas nouvelle. Veolia s’est attaquée à Suez en 2006, Suez à Veolia en 2012. Le risque pour l’emploi est réel. Entre 2000 et 2500 postes pourraient être supprimés chez Suez. On peut également se faire du soucis pour la qualité du service, qui pourrait se dégrader, et le prix de l’eau, qui pourrait grimper, à l’image de la privatisation des autoroutes. L’État possède 23.64 % d’Engie et 34.3 % des droits de vote. Engie possédait 32,1 % du capital de Suez. L’État aurait pu s’opposer à cette fusion. Mais il semblerait qu’au contraire, le gouvernement ait favorisé le rachat de Suez par Veolia.

Un scandale d’État ?

Médiapart nous révèle ce 6 octobre, que le gouvernement, en apparence opposé à la cession de Suez à Veolia, aurait en réalité agit en coulisses pour favoriser cette fusion. L’État a en effet été mis en minorité au sein du conseil d’administration d’Engie au moment de la revente des actions Suez appartenant à Engie. Selon Mediapart, les deux administrateurs CFDT Engie seraient sortis de la pièce au moment du vote. Il y aurait eu une intervention au sommet de l’État demandant à ces deux administrateurs de ne pas prendre part au vote.

Si les faits sont vérifiés, le gouvernement aurait joué un double jeu. Depuis le début du dossier, le ministre de l’économie Bruno le Maire affirme en effet que l’État s’oppose à cette OPA hostile de Veolia sur Suez. D’un côté, le discours officiel donc. De l’autre, dans les coulisses, le pouvoir serait donc intervenu directement pour permettre cette cession des actions Suez des mains d’Engie vers celles de Veolia. Dans les faits cela signifie bien une prise de contrôle de Suez par Veolia. Avec 30% du capital de Suez, Veolia devient bien le maître du capital de l’entreprise : le reste de l’actionnariat étant éclaté. Les deux géants français de l’eau fusionnent ? C’est les Français qui risquent de payer l’addition.

Les insoumis demandent l’ouverture d’une commission d’enquête à l’Assemblée nationale

« Si les révélations de Médiapart sont vérifiées, nous avons affaire à un scandale d’État. A côté, l’Affaire Benalla serait du pipi de chat. » lâchait Adrien Quatennens sur la matinale de France Info ce mercredi 7 octobre. Le coordinateur de la France insoumise demandant l’ouverture d’une commission d’enquête à l’Assemblée nationale sur le sujet.

Le 1er octobre, Jean-Luc Mélenchon livrait une interview à Libération pour tenter d’alerter sur le sujet : «L’eau ne devrait pas être l’objet d’une guerre entre actionnaires privés». Le leader des insoumis tirait la sonnette d’alarme : « Si Veolia réussit à absorber son concurrent, il sera en situation de monopole. Qui en paiera le prix ? Tout le monde car le tarif de l’eau augmentera. C’est la même situation qu’avec la privatisation des autoroutes. Veolia est connu pour être l’une des entreprises les plus généreuses avec ses actionnaires. L’eau ne devrait pas
être l’objet d’une guerre entre actionnaires privés pour augmenter leurs profits. J’alerte : l’eau est en train de devenir un produit financier
« .

L’insoumission tentait également de lancer l’alerte sur l’ouverture de la spéculation financière sur l’eau dans un article publié à la rentrée. En plein réchauffement climatique, si le capitalisme financier s’empare de l’eau, nous courrons au devant de catastrophes. L’eau est un bien commun pour l’ensemble de l’humanité. Une cause commune pour chacune et chacun d’entre nous. Nous ne pouvons laisser se jouer sous nos yeux les prémices de la guerre de l’eau sans réagir. Le gouvernement aurait une très lourde responsabilité si les révélations de Mediapart étaient avérées. Celle de prendre le risque d’assoiffer sa population. Les pénuries d’eau frappent déjà le pays. La situation de l’eau dans les départements d’outre-mer est déjà intenable, comme le révèlent nos témoignages exclusifs en Guadeloupe. Jean-Luc Mélenchon était en déplacement dans le Doubs le weekend dernier, pour tenter de mettre en lumière l’assèchement du fleuve. Pendant ce temps-là, scandale au sommet de l’État ?

Par Pierre Joigneaux.

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