« Produire et travailler davantage » : Macron enterre la bifurcation écologique

Tout va bien madame la banquise

Les bénéfices écologiques du confinement sont révolus, la pollution de l’air remonte en flèche à des niveaux quasi-comparables à l’avant-pandémie. Les données de la Nasa montrent que le mois de mai 2020 est le mois de mai le plus chaud jamais enregistré : + 1,02°C par rapport à la moyenne 1951-1980. Il fait plus de 30°C dans le cercle arctique. La fonte du permafrost a causé récemment la plus grande catastrophe écologique du grand nord : l’un des réservoirs d’une centrale thermique s’est effondré, déversant plus de 20.000 tonnes de diesel dans une rivière voisine. Pour parachever le tout, un article du Guardian daté du 13 juin révèle que les pires scénarios climatiques pourraient en fait être trop optimistes. Le climat serait beaucoup plus sensible aux émissions de carbone qu’on ne le pensait. Cela rend d’autant plus caduque les actuels engagements des États, déjà largement insuffisants pour rester sous la barre de 1,5°C.

Une crise économique et sociale sans précédent

Un million de chômeurs supplémentaires ont été recensés au premier trimestre et 500 000 emplois supprimés. Les plans sociaux risquent de se multiplier, les faillites d’entreprises se succèdent en cascade : plus de 12 000 faillites de commerçants seraient directement dues au Covid-19. Dans les mois à venir, près de 60 000 entreprises, représentant près de 200 000 emplois directs sont menacées. Dans d’autres secteurs, sous couvert de la crise, les dirigeants préparent d’une main des plans de licenciements ou de « performance collective » pour obliger les salariés à sacrifier une partie de leurs salaires. De l’autre, ils organisent le versement des dividendes aux actionnaires, l’embauche de travailleurs détachés et la délocalisation des activités. Dans l’Indre, deux entrepôts de La Halle sont menacés de fermeture. Ils représentent 500 emplois directs et autant d’emplois indirects. Et autant de familles qui risquent de basculer dans la précarité.

Un saupoudrage d’argent magique sans cohérence écologique

Face à cette situation, le gouvernement s’entête. Après avoir fait la démonstration de son incapacité à faire face à la crise sanitaire, sa boussole libérale est incapable d’indiquer le nord écologique d’une sortie de crise. Il a annoncé un véritable saupoudrage d’argent magique, qui doit bénéficier à plusieurs secteurs. Une incohérence absolue avec l’urgence écologique et une absence de stratégie globale dénoncée de toutes parts. Le tourisme va recevoir 18 milliards, l’aéronautique 15 milliards, l’industrie automobile 8 milliards. Le tout sans contreparties écologiques et sociales ! Mais pour le train, 15 fois moins polluant, rien. À ne pas vouloir assortir les aides de conditions fermes, le pire arrive. Malgré les 7 milliards dont elle va bénéficier, Air France entend supprimer 8 000 à 10 000 postes, soit 15 à 20% des effectifs. Comble de l’arnaque, alors que l’impulsion budgétaire par la puissance publique est indispensable, ces sommes sont en réalité majoritairement composées de prêts et garanties publiques d’emprunts qui viennent s’ajouter aux exonérations sociales, dans la plus pure tradition libérale. Des 500 milliards vantés par Macron pour soutenir et relancer l’économie, la réalité tend plutôt vers une cinquantaine de milliards d’argent frais.

Quatrième acte du « tout changer pour que rien ne change »

Dans son quatrième discours lié en peu de temps, Macron a annoncé un « plan de modernisation du pays autour de la rénovation thermique des bâtiments, des transports moins polluants, du soutien aux industries vertes et de l’accélération de [la] stratégie maritime ». Quel est son contenu ? Il faudra attendre juillet voire septembre pour le savoir. Il martèle en attendant que la « reconstruction » sera « souveraine, écologique, solidaire et sociale », avec l’ambition de souder la nation autour du « patriotisme républicain ». Après avoir rabougri les services publics, privatisé EDF, démantelé la SNCF et signé des accords de libre-échange à tours de bras, voici le temps de la reconstruction ce qu’il a détruit ? Le doute s’installe déjà :

« Produire et travailler davantage » : un logiciel périmé auquel Macron s’accroche

À l’examen des faits, le monde d’après ressemble pour l’instant fortement au monde d’avant. Le fouet claque déjà : après le « travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy, voici venir le « produire et travailler davantage » de Macron. Mais pour quoi faire ? Faire face au chômage de masse autant qu’affronter le grand défi de l’urgence écologique impose de travailler moins pour travailler tous. De réduire le temps de travail et d’identifier les grands chantiers d’un futur commun qui a du sens. Une chose est certaine : le logiciel de la croissance pour la croissance est périmé, mais Macron s’y accroche.

« Qu’est devenu le fameux mea culpa du 12 mars dernier : ‘Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer à d’autres notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie au fond, est une folie.’ ? » fait remarquer Jean-Luc Mélenchon. Dans un discours de Macron, noyé dans un gloubi-boulga de mots creux, il s’agit de repérer ce dont il ne parle pas. On comprend ainsi que les hausses de salaires, le rétablissement de l’ISF, la fin de l’état d’urgence, la défense des services publics et la remise en cause des logiques austéritaires, pourtant réclamés massivement, attendront.

Nous ne voulons pas d’une relance mais d’une rupture

À l’heure de la crise économique et sociale qui s’avance, l’urgence est à répondre aux besoins essentiels tout en tenant compte des enjeux écologiques. Nous ne voulons pas d’une relance mais d’une rupture. Il ne s’agit pas de « reconstruire », encore moins à l’identique, mais de « déconstruire » les grands dogmes consuméristes et austéritaires. Il faut rompre définitivement en planifiant une conversion systémique et durable. La question essentielle est donc : que faut-il fabriquer, pour qui et dans quel but ? Tel est le sens de la « bifurcation » écologique. Les solutions sont à portée de main : Pour sortir du marasme, les ONG ont mis sur la table un plan de 34 mesures. La France Insoumise a multiplié les propositions, les appels à la planification et à faire tomber le mur de la dette. Dans les pas de B. Sanders et d’A.Occasio-Cortez et de leur « Green Deal », le groupe parlementaire insoumis a défendu le 4 juin 2020 une proposition de résolution « déclarant la nécessité d’une bifurcation écologique et solidaire pour aller vers les jours heureux». La majorité LREM a voté contre.

La bifurcation écologique se fera sans Macron et son monde

Le monde d’après se bâtit maintenant. Sur ce chemin, le peuple est souverain et la puissance publique centrale. Un sondage réalisé fin mai 2020 pour Greenpeace dessine les contours des aspirations populaire : 64% des Français pensent que le capitalisme n’est pas compatible avec la lutte contre le changement climatique. 81% pensent que l’État ne devrait pas accorder d’aides aux entreprises polluantes sans contreparties écologiques contraignantes. 86% sont favorables à une interdiction des dividendes climaticides. Une transition radicale est plébiscitée dans tous les secteurs. De tout cela, Macron n’a rien dit. C’est l’aveu d’une politique définitivement contraire à l’intérêt général. La bifurcation se fera sans lui et son monde. Et L’Avenir en Commun est plus que jamais une base solide pour la suite.

Par Manon Dervin.

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