Extrême droite. Quand un mouvement populaire comme celui qui traverse le pays se lève, il n’est guère surprenant de voir des milices fascistes se dresser face aux masses en lutte. C’est historiquement le rôle politique de l’extrême droite depuis un siècle, particulièrement des fascistes italiens.
Si le patronat italien subventionne les premiers faisceaux (fasci) de combat de Mussolini dans les années 1920, c’est bien pour briser les grèves ouvrières massives des deux années rouges (biennio rosso, 1919-1920). Deux ans plus tard, les fascistes prennent le pouvoir, aidés par la droite et les libéraux. Il s’en faut de peu pour qu’une bande de brutes (dixit Mussolini) ne devienne une issue politique pour la bourgeoisie en crise.
Dans la France d’Emmanuel Macron, l’extrême droite et la dérive fasciste sont de nouveau une option sérieuse pour la classe dirigeante. Galvanisés par la répression policière, la colère des possédants et de leurs relais médiatiques, les atteintes portées à la sainte propriété privée, leurs proxys d’extrême droite se sentent en droit de réinvestir les rues.
Dans plusieurs cortèges ce 24 octobre, les groupuscules d’extrême droite ont voulu se poser en alternative ou en auxiliaire des troupes de Laurent Nuñez, déjà bien occupées à mutiler, nasser, gazer et frapper les manifestants. Partout les forces dites de l’ordre se sont fait attendre : la police ne saurait en rien être un rempart contre les violences d’extrême droite. Loin s’en faut. Notre article.
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« Touche pas à ma ville », une initiative d’extrême droite
Dès avant les mobilisations de samedi dernier, les mots d’ordre ont fusé dans les canaux de l’extrême droite. Si le RN, embarrassé de ses proximités avec eux, les refuse à son congrès d’Orléans, autant se rendre utile à l’ordre établi par d’autres moyens. L’exemple lyonnais en a inspiré plus d’un : on réactive des contacts, on ouvre des fils de messageries pour « protéger les commerçants » de la « racaille », le tout centralisé autour de l’initiative « Alpha rise », lancée par un influenceur de Montpellier.
Bien vite, l’initiative, qui prévoyait initialement de livrer des « casseurs » aux forces de police, se mue en velléités de s’en prendre physiquement à des personnes non-blanches et/ou de gauche en marge des manifestations.
Ces supplétifs autoproclamés de la police prennent l’initiative et attaquent directement les manifestants isolés, les cortèges pacifiques dans plusieurs villes comme Nice, Lyon, Rouen, où leurs exactions et défilés ne sont même pas interrompus par les autorités.
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Nice est l’exemple typique du laisser-faire de la police face à l’extrême droite. Après avoir défilé et répandu leurs immondices sans interdiction préfectorale, les groupuscules fascistes et identitaires locaux s’en sont violemment pris à la manifestation contre la vie chère, à coups de couteaux et de barres de fer !
Pire encore, il semble que la police ait protégé ces nervis après leurs méfaits et agressions. Incompétence ou sympathie politique ? Le maire d’extrême droite de Nice, Éric Ciotti, a été plus réactif que le ministre de l’Intérieur pour condamner les agressions, c’est dire ! « Il en a fait des caisses » sur sa communication, a confié le militant insoumis local Olivier Salerno auprès de L’Insoumission. L’allié de Le Pen veut apparaître avant tout comme un homme d’ordre, y compris face à ses alliés groupusculaires.
Rouen, au fort passif identitaire, a aussi été la cible de ce genre de réseaux créés à la va-vite pour attaquer les manifestations, sans être inquiétés par la police. Une actualité à mettre en lien avec les récentes violences, lors de la « Marche des Normands », pilotée par les identitaires des « Normaux ».
À Montpellier, ville d’origine « d’Alpha Rise », ils étaient une vingtaine de miliciens à avoir cherché à s’en prendre à des manifestants, là encore en prétendant « protéger les commerces ». Même constat, avec moins de succès heureusement, à Besançon, où des manifestants localisent facilement des militants d’extrême droite aux abords du cortège réprimé par la police. Dans la ville voisine de Dijon, la complicité entre policiers et milices d’extrême droite est en revanche manifeste.
Les exemples se multiplient encore à Lyon, Clermont-Ferrand, Nancy : les fascistes attaquent, se replient avant de se retrouver en sous-nombre et se réfugient derrière un cordon de police. Malgré les dénégations du ministère de l’Intérieur, les faits sont têtus et se sont reproduits dans de nombreuses villes.
Ce pot-pourri des tendances de l’extrême droite groupusculaire (royalistes, néofascistes, identitaires voire néomilitants) a bien l’intention de revenir semer le chaos dans les cortèges des prochaines manifestations. Le mouvement de la jeunesse, des Gilets jaunes et des syndicats, soutenu par les Insoumis, ne restera pas passif face aux auxiliaires de police que veulent devenir les groupuscules d’extrême droite.
Par Alexis Poyard