1 331 morts au travail en 2025 : le bilan accablant de Macron

En 2025, 783 salariés du privé sont morts dans un accident du travail en France. En comptant les accidents de trajet et les maladies professionnelles mortelles, le bilan des morts au travail atteint 1 331 décès. Alors que la macronie a profondément transformer les institutions de représentation des salariés depuis 2017 avec la suppression des […]

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En 2025, 783 salariés du privé sont morts dans un accident du travail en France. En comptant les accidents de trajet et les maladies professionnelles mortelles, le bilan des morts au travail atteint 1 331 décès. Alors que la macronie a profondément transformer les institutions de représentation des salariés depuis 2017 avec la suppression des CHSCT, le gouvernement s’attaque désormais à certaines indemnités des victimes. Pour La France insoumise, cette hécatombe n’est pas une fatalité : elle est aussi le produit de choix politiques. Ceux du néolibéralisme, du macronisme. Notre article.

1 331 morts en un an : l’hécatombe continue

Plus de deux morts au travail chaque jour. Le chiffre devrait provoquer un électrochoc. Pourtant, les drames se succèdent sans que la santé des travailleurs devienne une priorité politique. Selon les chiffres de l’Assurance maladie, 783 salariés du secteur privé sont morts dans un accident du travail en 2025.

Le bilan s’alourdit encore lorsqu’on élargit le regard. Aux accidents du travail s’ajoutent 344 décès lors d’accidents de trajet et 204 décès liés à des maladies professionnelles. Au total, 1 331 personnes sont mortes en 2025 dans le cadre du travail. Et ce chiffre reste incomplet : les statistiques de l’Assurance maladie ne couvrent pas l’ensemble des agents publics, des travailleurs agricoles et des indépendants.

Dans son rapport publié en septembre 2026, intitulé « Accidents du travail et maladies professionnelles : s’insoumettre à 10 ans de macronisme », la députée insoumise Ségolène Amiot alerte sur une dégradation plus large de la santé au travail. Selon les données qu’elle présente, la France figure parmi les pays européens les plus touchés par les accidents du travail. Le rapport souligne également que les suicides liés au travail et certaines catégories de travailleurs échappent aux décomptes officiels.

Derrière les statistiques, il y a des vies brisées, des familles endeuillées et des salariés qui ne rentreront jamais chez eux. Ségolène Amiot décrit une « fait-diversion » : la manière dont les morts au travail sont traités comme de simples faits divers, sans que soit suffisamment interrogée la dimension collective et politique de ces drames.

Pour aller plus loin : « En 2026, le travail blesse, rend malade et tue plus qu’il y a 10 ans ! » – Le rapport accablant de la députée LFI Ségolène Amiot sur les accidents du travail

Depuis 2017, Macron a supprimé les CHSCT

Pour comprendre cette situation, il faut revenir sur les choix du premier quinquennat d’Emmanuel Macron. En 2017, les ordonnances réformant le Code du travail ont fusionné plusieurs instances représentatives du personnel au sein du comité social et économique (CSE). Parmi elles, les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), qui disposaient d’un rôle spécifique dans la prévention des risques professionnels.

Les CHSCT permettaient notamment aux représentants du personnel d’enquêter sur les accidents et les morts au travail, d’alerter sur les situations dangereuses et de contribuer à l’amélioration des conditions de travail. Leur disparition en tant qu’instance autonome a constitué un recul de cette représentation spécialisée. Des commissions santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT) subsistent dans les entreprises concernées, mais leur mise en place et leurs modalités ne garantissent pas partout les mêmes moyens ni la même autonomie. Comment protéger efficacement les travailleurs lorsque les moyens de faire entendre leur voix sur leurs propres conditions de travail sont fragilisés ?

La réduction du compte pénibilité en 2017

La même année, le gouvernement d’Emmanuel Macron a également restreint le compte personnel de prévention de la pénibilité, devenu le compte professionnel de prévention (C2P). Le dispositif est passé de dix à six facteurs de risque ouvrant droit à des points, ignorant les causes directes de nombreux accidents et morts au travail. Quatre facteurs ont été retirés du compte : les manutentions manuelles de charges, les postures pénibles, les vibrations mécaniques et l’exposition à certains agents chimiques dangereux.

Le gouvernement justifiait cette réforme par la difficulté à mesurer certaines expositions. Ces risques restent soumis aux obligations de prévention des employeurs, mais les salariés qui y sont exposés ne peuvent plus acquérir de points au titre de ces quatre facteurs dans le cadre du C2P. 

Concrètement, cette réforme a réduit les possibilités pour les travailleurs concernés d’accumuler des droits liés à la pénibilité de leur métier. Pour ceux qui portent des charges lourdes, maintiennent des postures éprouvantes ou subissent des vibrations mécaniques pendant des années, la reconnaissance de l’usure professionnelle n’ouvre plus les mêmes droits dans le cadre de ce compte.

La rentabilité avant la santé des travailleurs

Le nombre tragique de morts au travail ne se réduit pas à une succession d’accidents imprévisibles. Elle oblige à examiner les conditions dans lesquelles les salariés exercent leur métier, les moyens de prévention disponibles et les responsabilités des employeurs.

Dans le bâtiment, l’industrie, le transport ou l’agriculture, les risques peuvent être aggravés par des cadences élevées, une formation insuffisante, le recours à la sous-traitance ou la précarité des contrats. Les jeunes sont particulièrement exposés : en 2025, les moins de 25 ans représentaient 11 % des salariés du régime général, mais 16 % des victimes d’accidents du travail et 23 % des victimes d’accidents de trajet.

Le rapport de Ségolène Amiot souligne également la vulnérabilité des salariés les plus âgés, des travailleurs précaires et des femmes, dont la sinistralité aurait fortement augmenté depuis le début du siècle. Il alerte sur l’ampleur de la souffrance psychologique au travail, dans un contexte où les exigences de productivité et les méthodes de management peuvent peser lourdement sur la santé.

La sous-traitance constitue un autre angle mort. Lorsque plusieurs entreprises interviennent successivement sur un même chantier, les responsabilités peuvent se diluer et les travailleurs les plus éloignés du donneur d’ordre disposer de moins de moyens pour faire valoir leurs droits. Les salariés intérimaires, détachés ou sans papiers sont également difficiles à recenser correctement dans certaines statistiques. Ce manque de visibilité statistique masque une part importante de la réalité des morts au travail chez les plus vulnérables.

À ces risques s’ajoute le changement climatique. Les épisodes de chaleur extrême, les inondations et les autres événements météorologiques dangereux imposent de nouvelles protections, notamment pour les métiers exercés en extérieur. L’absence de prévention adaptée peut alors exposer directement les travailleurs à des risques graves.

Pour aller plus loin : Protéger les salariés sous la canicule, entretien avec l’eurodéputé LFI Anthony Smith

Des inspecteurs du travail en nombre insuffisant

Face à ces dangers, les moyens de contrôle sont déterminants. Or, selon les chiffres présentés par Ségolène Amiot, la France compte environ un inspecteur du travail pour 12 500 salariés, contre une recommandation de l’Organisation internationale du travail d’un pour 10 000. La députée relève également des inégalités territoriales importantes et des moyens insuffisants pour contrôler les conditions de travail dans la fonction publique.

La prévention ne peut reposer uniquement sur la bonne volonté des entreprises. Elle nécessite des inspecteurs en nombre suffisant, capables de mener des contrôles, de constater les infractions et de faire respecter les obligations légales. Elle suppose aussi une médecine du travail disposant des moyens nécessaires et des représentants syndicaux en capacité d’alerter sans subir de pressions.

Dans leur document européen « Stop à la mort au travail », les eurodéputés insoumis Marina Mesure et Anthony Smith défendent une série de mesures pour sortir de cette impasse : renforcer les effectifs de l’inspection du travail, donner davantage de prérogatives aux syndicats, rétablir des comités spécialisés de santé et de sécurité et exclure des marchés publics les entreprises condamnées pour des manquements graves.

Ils proposent également de mieux reconnaître la responsabilité des employeurs, de renforcer les sanctions et de créer le crime d’« employicide » pour nommer les morts provoquées par des manquements graves aux obligations de sécurité. Ces propositions visent à enrayer concrètement les morts au travail et à faire de la prévention une obligation effective, plutôt qu’un principe que les contraintes économiques permettraient de contourner.

Après les accidents, le gouvernement s’attaque aux indemnités

Alors que les décès continuent d’augmenter, le gouvernement choisit de réduire certaines dépenses liées aux arrêts de travail. Un décret publié le 1er octobre 2026 abaisse le plafond de salaire retenu pour calculer les indemnités journalières versées après un accident du travail ou une maladie professionnelle. Le projet de budget pour 2027 prévoit également de rendre moins favorable la fiscalité applicable aux indemnités journalières des arrêts de travail. Sauf que réduire leur indemnisation ne prévient pas les accidents qui les ont frappées.

Le contraste est saisissant : alors que des centaines de milliers de salariés subissent chaque année un accident du travail avec arrêt ou incapacité permanente, le gouvernement cherche à limiter le coût de leur prise en charge. La maîtrise des dépenses publiques ne saurait remplacer une politique ambitieuse de prévention contre les accidents du travail, ni justifier que les victimes supportent davantage les conséquences financières des risques professionnels.

Pour aller plus loin : « En 2026, le travail blesse, rend malade et tue plus qu’il y a 10 ans ! » – Le rapport accablant de la députée LFI Ségolène Amiot sur les accidents du travail

Morts au travail : faire du zéro mort une priorité politique

L’objectif « zéro mort au travail » ne peut rester un slogan. Il suppose de rétablir une représentation collective efficace dans les entreprises, de renforcer l’inspection du travail et la médecine du travail, de mieux protéger les jeunes et les salariés précaires et de responsabiliser les donneurs d’ordre tout au long des chaînes de sous-traitance.

Il exige aussi que les victimes et leurs familles bénéficient d’un véritable accompagnement, financier, juridique et psychologique. Dans leur feuille de route européenne, Marina Mesure et Anthony Smith proposent notamment la création d’un fonds de soutien aux familles financé par les employeurs et une protection matérielle renforcée pour les enfants des victimes.

Le bilan de 2025 devrait donc imposer un débat national sur les choix économiques et politiques qui organisent le travail. Depuis 2017, la macronie a transformé les institutions de représentation des salariés et restreint les droits associés à certains facteurs de pénibilité. Aujourd’hui, elle réduit certaines protections financières au nom des économies budgétaires. Dans le même temps, les drames et les morts au travail continuent de s’accumuler.

Personne ne devrait perdre sa vie en tentant de la gagner. La santé des travailleurs ne peut être une variable d’ajustement de la rentabilité des entreprises ou des budgets publics. Pour mettre fin aux accidents du travail et aux drames, il faut changer de politique : renforcer les droits des salariés, donner des moyens aux contrôles et faire enfin passer la vie humaine avant les impératifs financiers. C’est cette rupture politique que porte Jean-Luc Mélenchon : faire primer la vie sur le profit.

Par Elias Peschier

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