vendredi 9 octobre

17:46

Devise SS sur le bras, casquette nazie, ces actes antisémites du RN invisibilisés par les médias

RN. En France, il y a une quasi-accoutumance au refrain de la dédiabolisation de l’extrême droite, qui a cours depuis plus d’une quinzaine d’années. Le nouveau Front national, devenu Rassemblement national, serait plus modéré, aurait fait le ménage parmi ses candidats et militants. Il serait, en bref, devenu un parti respectable. Cependant, les révélations se […]

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RN. En France, il y a une quasi-accoutumance au refrain de la dédiabolisation de l’extrême droite, qui a cours depuis plus d’une quinzaine d’années. Le nouveau Front national, devenu Rassemblement national, serait plus modéré, aurait fait le ménage parmi ses candidats et militants. Il serait, en bref, devenu un parti respectable.

Cependant, les révélations se multiplient quant aux liens du RN avec le racisme, l’antisémitisme, le sexisme, mais aussi des groupuscules violents d’ultra-droite. Malgré une couverture médiatique dans l’ensemble insuffisante, le grand public peut avoir à sa disposition des informations précieuses qui démontrent que sous une façade prétendument plus lisse, le RN demeure bel et bien un parti d’extrême droite. Avec le lot de violences et de références au nazisme, au fascisme, que cela implique.

L’Insoumission revient sur les tentatives déjà anciennes que le FN/RN a projetées afin de conquérir une plus grande place dans le paysage politique français, ainsi que sur ses efforts pour tenter de faire oublier les sympathies compromettantes de ses militants et candidats. Notre article.

1972-2026, entre dédiabolisation et héritage collaborationniste

Il n’est en rien contesté que les origines du Rassemblement national, longtemps Front national, ont beaucoup à voir avec des éléments d’extrême droite aux sympathies ouvertement nazies.

Pierre Bousquet, qui a fondé le FN avec Jean-Marie Le Pen en 1972, et qui devient son premier trésorier, avait un passé bien lourd. Ancien soldat de la Waffen-SS, dans la célèbre Division Charlemagne, mais également ancien franquiste en Espagne, il fut condamné à mort à la Libération, mais échappa à cette peine grâce à l’intervention d’un de ses amis, un juge, lequel commua sa peine en trois ans de prison.

Un article du Monde, paru en 2022, rappelle que derrière la création du Front National « se trouve la volonté d’un groupuscule fasciste, Ordre nouveau, de mettre sur pied une structure rassemblant les deux tendances de la droite radicale : la branche nationaliste, s’inspirant du fascisme italien et du national-socialisme allemand, et la branche nationale, ultraconservatrice, souvent catholique, néovichiste, ligueuse et populiste. Le projet prévoit de confier la nouvelle structure à un homme d’apparence modérée – le choix s’arrêtera sur Jean-Marie Le Pen – pour aborder les élections ».

Effectivement, on retrouve dans le bureau du FN de 1972 des personnes compromises avec des organisations d’extrême droite depuis la Deuxième Guerre Mondiale :

  • Léon Gaultier, ancien Waffen-SS
  • Roger Holeindre, ancien engagé dans l’OAS, organisation qui a tenté d’assassiner De Gaulle en 1962
  • François Duprat, néonazi passé comme d’autres par Ordre Nouveau et qui devient l’un des piliers du jeune parti

Alexandre Dezé, politologue, considère que le rôle de Jean-Marie Le Pen a été surestimé, exagéré, par la version officielle du FN, et « qu’il n’est en réalité que l’une des pièces de la « stratégie de front national », conçue initialement par les dirigeants d’Ordre Nouveau comme une étape électoraliste sur le chemin de la « Révolution nationaliste et populaire » (cité dans Alexandre Dézé (préf. Nonna Mayer), Le Front national : à la conquête du pouvoir ?, Paris, Armand Colin, coll. « Éléments de réponse / Libertés d’historien », 2012, 189 p.).

Le FN adopte également à cette époque la flamme nationale, inspirée du parti MSI, mouvement néofasciste italien, lequel vient en aide au jeune parti nationaliste français, en lui permettant d’imprimer gratuitement ses premières affiches électorales.

Pendant des années, le Front national manque de moyens et n’arrive pas à s’imposer dans le paysage politique français. Malgré ses relatifs succès ultérieurs, dans les années 80 et 90, la scission de 1998, menée par Bruno Mégret, alors numéro 2 du parti, représente un coup d’arrêt au développement politique du FN. Le score de ce dernier aux élections européennes de 1999 dépasse à peine les 5 %. Après la « surprise » de 2002, le FN retombe à 10 % en 2007 et une nouvelle scission a lieu l’année suivante.

Des années 80 à 2000, le FN est pourtant traversé de scandales médiatiques, l’« affaire du détail de l’histoire » en 87, l’« affaire Durafour » en 1988. En parallèle, dès 1989, le terme de dédiabolisation est inventé par le parti d’extrême droite, toujours dans l’objectif de se normaliser dans l’espace politique, ce qui était déjà le but d’Ordre Nouveau en 1972. L’expression est reprise dans les médias au cours des années 2010 et participe à l’ascension politique du parti (cité dans Julien Guintard, « 1989 : la première fois que “Le Monde” a écrit “dédiabolisation” », Le Monde, 17 décembre 2015).

Cependant, cette dédiabolisation ne demeure qu’une façade. L’enquête de la journaliste Claire Checcaglini, infiltrée au FN et autrice d’un livre paru en 2012 (Bienvenue au Front – Journal d’une infiltrée), démontre un décalage total entre le discours public de lissage et les propos extrémistes des militants sur le terrain. La journaliste atteste du fait que « s’ils étaient recadrés quand il y a des dérapages racistes, on pourrait peut-être parler de dédiabolisation. Mais ils ne sont pas repris en main. Bien au contraire. »

En 2015, Médiapart révèle l’affaire du GUD Connection, à savoir le fait que la nouvelle présidente du RN, Marine Le Pen, entretient des liens avec Frédéric Chatillon et Axel Lousteau, anciens membres du GUD et directeurs financiers du micro-parti Jeanne jusque dans les années 2020.

En janvier 2024, Jordan Bardella a signé des contrats avec des représentants du GUD, notamment par l’intermédiaire de Frédéric Chatillon. Pour rappel, le GUD a été formé en 1968 par des éléments ouvertement néo-nazis, qui ont récupéré le symbole de la croix celtique pour en faire l’un de leurs emblèmes, avec le rat noir. Et pour information, Jordan Bardella a été en 2017-2018 en couple avec Kerridwen Chatillon, fille de Frédéric Chatillon, autrefois chef du GUD, dans les années 90.

Les législatives de 2024, le musée des horreurs

Il n’est nul besoin de remonter aux années 1970 pour détecter dans les rangs du RN des éléments ouvertement nazis.

Aux dernières élections nationales, à savoir les législatives de 2024, Jordan Bardella a beau avoir déclaré que certains candidats étaient des « brebis galeuses », leur nombre impressionnant de représentants sur les listes officielles du parti interroge. Le journal Streetpress a proposé une carte des brebis galeuses à l’occasion de ces législatives, une sélection de candidats RN parmi laquelle figurent notamment :

Les députés RN et leurs assistants parlementaires extrémistes

Après l’élection, le média indépendant Les Jours a recensé pas moins de 83 cas de propos homophobes, racistes, sexistes, antisémites et néofascistes parmi les 122 élus du RN.

  • Un ultra-catholique et racialiste comme Christophe Bentz, qui a comparé l’IVG à un « génocide de masse » en 2011, et déclaré dans un essai, qu’il faut réhabiliter « la race pour restaurer la liberté de penser » : « distinguer les races » est « un travail de bon sens accessible à tous et nécessaire à certains débats ».
  • Laure Lavalette dans le Var, également militante anti-IVG et qui a rendu hommage à l’un des colonels de l’OAS, fusillé pour avoir participé à l’attentat du Petit-Clamart en 1962 contre De Gaulle.
  • Thibaut Monnier, admirateur de Charles Maurras et d’Augusto Pinochet.
  • Alexandre Allegret-Pilot, pour sa carte du QI racialiste.

Il y a également l’affaire du groupe Facebook « La France avec Jordan Bardella », sur lequel on pouvait lire des messages ouvertement racistes et néofascistes (« Il nous manque un mec à petite moustache. Tout serait fini très vite. » « Les chasseurs aiment tirer ? Qu’ils aillent faire des battues en cité. »), une affaire dans laquelle des dizaines de députés actuels du RN ont été impliqués.

Mais au-delà, il existe aussi des dizaines d’assistants parlementaires du parti, dont la proximité avec des groupuscules d’extrême droite est avérée.

Il est possible de citer :

  • Jordi Vives Carceller, collaborateur d’Edwige Diaz à l’Assemblée nationale, qui a fait ses classes dans la violente Ligue du Midi. Celle-ci a participé à l’agression d’étudiants en manifestation à la faculté de droit de Montpellier en mars 2018.
  • Luc Le Garsmeur, assistant de Christophe Bentz. Royaliste, ultracatholique, militant pour la fin de la République en France, critique de De Gaulle, il s’est aussi fait remarquer pour des propos envers Samuel Paty, le lendemain de son ignoble meurtre. Le Garsmeur, en bon adversaire du droit au blasphème, avait notamment déclaré que Samuel Paty « a choqué ses élèves et semblé fouler aux pieds leurs croyances au nom d’une propagande d’État qu’il a malheureusement relayée ». Après l’affaire des suprémacistes lillois ayant fourni des armes aux frères Coulibaly, après la négociation du cimentier Lafarge avec DAESH via un candidat RN, l’extrême-droite française montre un autre exemple de connivence avec l’islamisme. Car, comme le rappelait Manon Aubry en 2025, citant l’analyse du directeur du renseignement de la préfecture de police de Paris : « Par antisémitisme pur, le RN, l’extrême droite, peut avoir des liens avec des islamistes ».
  • Raffael Ferron, ami de l’extrême-droite espagnole et assistant du député RN du Var, Philippe Schreck. Ancien porte-parole du groupuscule néofasciste Tenesoun, proche du Bastion Social. Admirateur de l’ancien Waffen-SS belge Léon Degrelle, figure de la collaboration dans le mouvement fasciste et anticommuniste Rex, Raffael Ferron est aussi adepte du salut nazi et des citations de Mussolini.
  • Maylis de Cibon, également assistante de Philippe Schreck, a quant à elle été proche du GUD.
  • Plusieurs assistants passés par La Cocarde.
  • Nina Azamberti, dans les Bouches-du-Rhône, militante à Nemesis, proche des Zoulous Nice, de Tenesoun et du collectif identitaire Défends Marseille.
  • Bastien Holingue, ancien de Génération Identitaire et assistant de Laurent Jacobelli.
  • Ou encore Steven Fasquelle, assistant du député Emeric Salmon en Haute-Saône.

S’ajoute également à la liste complémentaire Manuel Corchia, embauché par la Fondation des Patriotes pour l’Europe, structure de type think tank liée au Rassemblement national. Ce néonazi suisse a intégré leur équipe de communication, en février 2026. Nostalgique d’Adolf Hitler, membre de groupuscules violents, il prône également la « solution globale » contre les immigrants.

Municipales 2026 : la tentation du bras tendu

Le RN cherche à dissimuler autant que possible les insignes néo-nazies et collaborationnistes de ses militants et élus. Surtout lorsqu’une échéance électorale arrive. À une époque où le salut nazi est davantage visible à travers le monde occidental, les dérapages d’adhérents se multiplient.

Streetpress a encore recensé près de 250 candidats ayant tenu des propos racistes, ou ayant adhéré à des mouvances de l’extrême droite.

À Gap, un candidat RN, Yannick Magnier, se revendique clairement du nazisme et fait l’apologie des chambres à gaz. À Lannion, pendant la campagne des municipales, Blanche le Goffic est apparue aux côtés d’un militant exhibant des insignes nazis. Trois autres militants du RN sont aujourd’hui sous le coup d’un procès pour avoir tabassé des clients d’un bar à Paris. Ces membres du parti d’extrême droite multipliaient les saluts nazis, tout en montrant des photos d’Hitler et de Jordan Bardella.

Toujours du côté des militants, cette fois à Rodez, une vidéo a montré des sympathisants RN en train de scander des slogans appelant au meurtre et à la haine, tels que « Marine au pouvoir, les arabes à l’abattoir », une information trop peu relayée par les médias de masse.

Pour aller plus loin : À Perpignan, Louis Aliot montre ce qu’est le RN : s’en mettre plein les poches, des tatouages nazis, l’obsession sécuritaire et les brebis galeuses

Sur la liste de Louis Alliot à Perpignan, figurait Charles Ifssah-Becuwe, depuis écarté de l’équipe municipale, pour avoir arboré un tatouage nazi. À Carpentras, la chanson « Maréchal nous voilà » a été diffusée sur haut-parleurs, le 8 mai 2026. C’est aussi cela qui peut arriver, lorsque le RN remporte une ville, dans le pays. Et en cas de victoire municipale, arrive la possibilité de tremplin vers les sénatoriales, à l’échelon supérieur de la politique en France.

Et puisqu’une élection de ce type aura lieu très prochainement, il convient de terminer cet article en signalant la présence d’Eric Miné, en numéro 2, sur la liste RN des Français établis à l’étranger.

Passé par Ordre Nouveau et diverses librairies négationnistes, Eric Miné, 65 ans, élu consulaire du RN depuis 2014, est un grand nostalgique des colonies françaises. Il a même milité dans un parti, le FANE, qui réclamait la libération de Rudolf Hess, co-auteur de Mein Kampf, finalement décédé en détention à la prison de Spandau en 1987. Il rejoint donc la liste sans fin des « brebis galeuses », dont le RN prétend ne plus vouloir, mais qui se retrouvent quand même sélectionnées, d’une élection à une autre.

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