vendredi 28 août

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Marine Le Pen : Milei s’invite au débat du MEDEF

Lors du débat organisé par le MEDEF ce jeudi 27 août, Marine Le Pen a multiplié les propositions de baisse de la dépense publique et de dérégulation. Du macronisme, en pire. 125 milliards d’euros de coupes budgétaires, 87 milliards d’euros de suppression des impôts de production, refus d’augmenter les salaires et volonté de supprimer les […]

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Lors du débat organisé par le MEDEF ce jeudi 27 août, Marine Le Pen a multiplié les propositions de baisse de la dépense publique et de dérégulation. Du macronisme, en pire. 125 milliards d’euros de coupes budgétaires, 87 milliards d’euros de suppression des impôts de production, refus d’augmenter les salaires et volonté de supprimer les normes encadrant l’implantation des sites industriels : la candidate d’extrême droite est venue devant le patronat avec un programme économique qui ressemble de plus en plus à une surenchère sur les propositions de la droite et de la macronie.

Marine Le Pen voulait-elle démontrer qu’elle pouvait faire mieux que la droite sur le terrain économique ? À l’occasion du premier débat de la présidentielle organisé par le MEDEF, la candidate d’extrême droite a en tout cas multiplié les annonces destinées à séduire le patronat. Elle a repris tous les thèmes du CAC 40, défendu une règle d’or budgétaire et annoncé un plan de 125 milliards d’euros de coupes dans les dépenses publiques. Les macronistes, eux, défendent autour de 100 milliards d’euros de coupes sur les trois prochaines années.

Marine Le Pen choisit donc de surenchérir. Mais derrière le chiffre, une question demeure : où seront réalisées ces économies ? Une réduction de 125 milliards d’euros ne peut pas être une simple opération comptable. Elle implique nécessairement des choix sur les services publics, les investissements et les prestations auxquelles ont recours les Français. À l’inverse, Jean-Luc Mélenchon s’est distingué comme seul candidat proposant une alternative, par la hausse des salaires, le retour de l’État, la réindustrialisation avec des objectifs, et la planification écologique. Notre article.

125 milliards d’euros de coupes budgétaires

L’annonce intervient alors que les besoins en matière de services publics sont considérables. École, santé, justice, transports ou encore transition écologique : de nombreux secteurs réclament au contraire des investissements supplémentaires.

Réduire massivement les dépenses publiques revient donc à faire des choix. Or Marine Le Pen n’a pas présenté devant le MEDEF un plan détaillant quelles politiques publiques seraient sacrifiées pour atteindre ces 125 milliards d’euros.

Cette orientation est d’autant plus surprenante de la part d’une candidate qui prétend défendre les catégories populaires. Car lorsque les services publics reculent, ce sont d’abord ceux qui disposent de moins de ressources pour se tourner vers des solutions privées qui en subissent les conséquences.

La même logique se retrouve sur la question des salaires. Marine Le Pen refuse catégoriquement une hausse du SMIC et reprend le discours du « coût du travail trop élevé ». Une position qui tranche avec celle défendue pendant le débat par Jean-Luc Mélenchon, qui a appelé à augmenter les salaires et à porter le SMIC à 1 700 euros net.

Pour le candidat insoumis, la question n’est pas seulement celle du coût du travail pour les entreprises. Les salaires constituent aussi le revenu qui permet aux travailleurs de consommer. Lors du débat, il a ainsi rappelé que la consommation populaire représente environ 55 % de la richesse produite dans le pays. Comprimer les revenus des ménages revient donc à prendre le risque d’alimenter la récession.

Pour aller plus loin : Le bon, les brutes et la truande : au MEDEF, six candidats en service commandé et un seul contradicteur

87 milliards d’euros pour les entreprises

Aux coupes budgétaires s’ajoutent des baisses massives d’impôts pour les entreprises. Marine Le Pen propose notamment de supprimer les impôts de production, pour un montant annoncé de 87 milliards d’euros.

La proposition s’inscrit dans une politique déjà largement défendue par la droite et les gouvernements macronistes : diminuer les prélèvements pesant sur les entreprises au nom de leur compétitivité.

Mais une baisse d’impôts ne constitue pas en elle-même une politique industrielle. Rien ne garantit qu’une entreprise utilisera les marges supplémentaires pour augmenter les salaires, investir dans ses capacités de production ou créer des emplois.

C’est précisément le problème soulevé par Jean-Luc Mélenchon pendant le débat. Il a proposé de différencier la taxation des bénéfices selon qu’ils sont distribués en dividendes ou réinvestis dans l’entreprise. « Le vrai conflit de notre époque est entre l’investissement productif et la finance », a-t-il expliqué.

Le candidat insoumis a également posé la question des 211 milliards d’aides publiques versées aux entreprises chaque année. « Plus d’aides sans contreparties. C’est clair ? », a-t-il lancé devant le patronat. L’idée est simple : l’argent public doit pouvoir être conditionné à des engagements en matière d’investissement, d’emploi, de production ou de transition écologique.

« Des milliers de surnormes » : Marine Le Pen veut aller plus loin que Retailleau

Marine Le Pen a également choisi de surenchérir sur un autre thème central du débat : la suppression des normes.

Bruno Retailleau propose de supprimer une centaine de normes. Marine Le Pen estime que cela ne va pas assez loin. « Ce n’est pas une centaine de normes qu’il faut supprimer, comme le propose M. Retailleau, c’est des milliers de surnormes », a-t-elle déclaré.

La candidate d’extrême droite rejoint ainsi Édouard Philippe et Gabriel Attal, qui défendent eux aussi une importante simplification normative. Sur ce sujet, Marine Le Pen cherche cependant à apparaître comme la candidate capable d’aller le plus loin dans la dérégulation. Elle est même allée jusqu’à proposer la suppression des normes encadrant l’implantation des sites industriels.

La promesse peut sembler séduisante lorsqu’elle est présentée comme un moyen d’accélérer la réindustrialisation. Mais les normes qui encadrent l’installation d’un site industriel ne sont pas toutes de simples formalités administratives. Elles peuvent concerner la sécurité des travailleurs, la protection des sols et de l’eau, les émissions polluantes ou encore les risques sanitaires pour les populations voisines.

Réindustrialiser, oui. Sans protections, non.

La France a besoin de réindustrialisation. Mais encore faut-il savoir quelle industrie il faut reconstruire et dans quelles conditions.

Une véritable politique industrielle ne peut pas consister uniquement à supprimer des impôts et des normes dans l’espoir que les entreprises investissent. Elle doit permettre de déterminer les filières stratégiques, d’organiser les investissements, de former les travailleurs et de garantir que l’argent public finance effectivement les projets dont le pays a besoin.

C’est justement le sens de la planification défendue par Jean-Luc Mélenchon lors du débat. Il a évoqué la reconstruction de filières dans le textile, le bois, l’énergie ou encore la santé, ainsi que le développement de nouvelles technologies liées à l’énergie de la mer. « Pour réindustrialiser le pays, il faut fixer une direction, des objectifs et planifier », a-t-il expliqué.

Cette différence est fondamentale. Là où Marine Le Pen présente la suppression des règles comme une condition de l’industrialisation, Mélenchon propose de donner une direction à l’appareil productif.

Mélenchon, le seul à proposer une alternative de rupture

Face à cette course à l’austérité et à la dérégulation, Jean-Luc Mélenchon a défendu une autre orientation pendant le débat. Il a proposé d’augmenter les salaires pour soutenir la consommation, de porter le SMIC à 1 700 euros net, de distinguer les profits réinvestis des dividendes dans leur fiscalité et de conditionner les aides publiques aux entreprises.

Il a surtout replacé ces mesures dans une stratégie plus large : planification écologique, réindustrialisation, investissement dans les services publics et reprise en main de la politique économique.

Sur la santé, il a par exemple proposé de faire de la prévention un véritable levier d’économies, en rappelant le poids des maladies liées au diabète et à la pollution. Sur l’industrie, il a défendu la reconstruction de filières françaises. Sur les salaires, il a insisté sur le rôle de la consommation populaire dans l’activité économique.

Pendant que les autres candidats rivalisaient de promesses de coupes, de suppressions de normes et de baisses d’impôts, Jean-Luc Mélenchon a donc été le seul candidat à proposer une véritable alternative économique devant le MEDEF : non pas demander toujours plus de sacrifices aux travailleurs et aux services publics, mais utiliser l’État, l’investissement et la planification pour transformer l’économie.

Le débat aura finalement permis de clarifier les choix. D’un côté, l’austérité, la dérégulation et les cadeaux fiscaux. De l’autre, les salaires, l’investissement, la planification et les contreparties aux aides publiques.

Par Elias Peschier

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