À Montargis, les 100 jours du RN : le maire s’augmente de 80 % au détriment de l’école, de la santé et de la culture

RN. Élu de justesse en mars 2026 avec à peine plus d’un tiers des suffrages, Côme Dunis, premier maire Rassemblement national de l’histoire du Loiret, offre déjà aux Montargois un condensé de la méthode lepéniste au pouvoir local : une augmentation de 80 % de sa propre indemnité dès le premier conseil municipal, la suspension […]

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RN. Élu de justesse en mars 2026 avec à peine plus d’un tiers des suffrages, Côme Dunis, premier maire Rassemblement national de l’histoire du Loiret, offre déjà aux Montargois un condensé de la méthode lepéniste au pouvoir local : une augmentation de 80 % de sa propre indemnité dès le premier conseil municipal, la suspension d’un projet d’école et de crèche dans un quartier populaire, celle d’un pôle de santé, et une mise au pas de la vie culturelle qui a poussé l’écrivain Didier Daeninckx à refuser de parrainer le salon du livre.

Pendant ce temps, le budget sécurité gonfle et le marché de Noël engrange 50 000 euros de subvention supplémentaires. Notre article.

Premier réflexe : se servir

À peine l’écharpe tricolore endossée, le nouveau maire d’extrême droite a montré ses priorités. Comme le rapporte France 3 Centre-Val de Loire lors du conseil municipal du 7 avril 2026, Côme Dunis a fait voter le passage de son indemnité mensuelle d’environ 1 500 euros (le montant que percevait son prédécesseur) à 2 705 euros. Soit plus de 1 200 euros d’augmentation : + 80 %, d’un coup, dès la première séance.

L’opposition de gauche, menée par le communiste Bruno Nottin et le socialiste Dalip Vehapi, n’a pas manqué de relever l’indécence du geste. Bruno Nottin a qualifié la décision de « parfaitement obscène », quand Dalip Vehapi interrogeait le maire sur le signal envoyé aux habitants d’une ville populaire, marquée par la précarité. La presse locale a recensé les mots qui ont fusé : « obscène », « bras d’honneur », « provocation ». Cerise sur le gâteau : selon La République du Centre, la délibération attribuant ces indemnités devra même être soumise à un nouveau vote du conseil municipal. Même pour s’augmenter, le RN ne sait pas faire les choses dans les règles.

Le cas Dunis n’est pas isolé, il est systémique. À Perpignan, Louis Aliot s’est de nouveau augmenté après une première hausse de 17 % lors de son précédent mandat. Les maires RN de Carcassonne, de Moissac, de La Flèche ou de Harnes ont fait de même. Le parti qui prétend défendre « le peuple » contre « les élites » commence chaque mandat par la même délibération : celle qui remplit les poches de ses édiles.

Pour aller plus loin : Sans surprise, les maires RN sont racistes et réactionnaires : la preuve par les faits

L’école et la santé peuvent attendre, pas le marché de Noël

La suite est du même tonneau. Parmi ses toutes premières décisions, Côme Dunis a suspendu le projet de pôle éducatif jeunesse (une école et une crèche) prévu dans le quartier prioritaire de La Chaussée, ainsi qu’un projet de centre de santé, pourtant déjà votés par la précédente municipalité. Motif invoqué : les finances de la commune. Le maire jure la main sur le cœur que « la priorité du mandat, c’est la crèche et l’école ». On jugera la priorité à l’aune des actes : le projet est à l’arrêt.

Car l’argument budgétaire ne tient pas une seconde face aux choix réellement opérés. Comme l’a dénoncé l’élu d’opposition Dalip Vehapi, la même municipalité a trouvé 50 000 euros supplémentaires pour le marché de Noël, augmenté le budget de la sécurité (cinq policiers municipaux supplémentaires sont annoncés) et supprimé les fournitures scolaires offertes jusqu’ici aux élèves de primaire. Faire les poches des écoliers pour financer les guirlandes et les matraques : voilà, très concrètement, l’ordre des priorités du RN à Montargis.

Cette hiérarchie n’a rien d’un accident local. D’après un décompte relayé par France 3, environ 40 % de la soixantaine de mairies conquises par le RN en mars ont pris, dès les trois premiers mois, des décisions frappant la culture, les associations de solidarité ou les syndicats. À Carcassonne, Christophe Barthès ampute le budget culturel d’environ 20 %.

À Carpentras, Hervé de Lépinau supprime la subvention au Planning familial. À Vauvert, Nicolas Meizonnet annule une exposition photo et refuse de financer un festival de jazz. À Vierzon, l’aide à la rentrée scolaire disparaît et les tarifs de la cantine grimpent. Partout le même logiciel : l’extrême droite au pouvoir, c’est la casse sociale en accéléré.

La culture mise au pas

À Montargis, c’est sur le terrain culturel que la méthode RN s’est révélée avec le plus de brutalité. Sans aucun débat préalable en commission culture, le maire a évincé Jean-Philippe Lajus, le programmateur qui faisait vivre depuis quinze ans la saison théâtrale « Un Dimanche au théâtre », suivie par un public fidèle de 700 à 900 spectateurs par saison. La programmation sera désormais reprise « en interne », comprendre : sous contrôle politique direct de la mairie.

Dans la foulée, la municipalité a revu la saison culturelle et augmenté les tarifs, faisant bondir l’opposition. En séance du conseil, Dalip Vehapi a accusé le maire de vouloir « mettre au pas la culture ». Les élus d’opposition, eux, ont découvert ces décisions après coup : au RN, on décide d’abord, on consulte ensuite, ou jamais.

Le monde de la culture, lui, ne s’y est pas trompé. Didier Daeninckx, figure du roman noir et lauréat du Goncourt de la nouvelle, qui devait parrainer le salon du livre de l’agglomération montargoise le 31 mai, a annulé sa venue dès le lendemain du second tour, refusant de s’afficher aux côtés d’élus d’extrême droite.

L’écrivain sait de quoi il parle : comme il l’a raconté à ICI Orléans, dans les années 1990, à Orange, alors dirigée par le Front national, un de ses livres empruntés à la médiathèque avait été rendu lacéré, les passages déplaisant à l’élu à la culture soigneusement découpés. Trente ans plus tard, le parti a changé de nom, pas de nature. La conception RN de la culture est une « culture française » fantasmée, prétendument « menacée », qu’il faudrait défendre contre le pluralisme. C’est l’idéologie d’un parti qui n’a jamais supporté la liberté de création.

Un maire minoritaire, un laboratoire pour 2027

Rappelons enfin d’où vient ce pouvoir municipal. Côme Dunis, ancien gilet jaune investi par le RN et l’UDR, a été élu au terme d’une triangulaire avec 34,64 % des suffrages, à 59 voix devant la liste d’union de la gauche conduite par Bruno Nottin. Près de deux Montargois sur trois n’ont pas voulu de l’extrême droite. C’est ce maire ultra-minoritaire, élu « dans un trou de souris » selon les mots de Bruno Nottin, qui s’est augmenté de 80 % et gèle aujourd’hui les projets d’école et de santé de la ville. Montargis rejoint ainsi la longue liste des laboratoires municipaux du RN, de Carcassonne à Perpignan, où se

vérifie, ville après ville, la même équation : enrichissement des élus, austérité pour les habitants, autoritarisme culturel, et sécuritarisme comme seul horizon. À un an de l’élection présidentielle, alors que la dynamique populaire autour de Jean-Luc Mélenchon et de l’union ne cesse de s’amplifier, ces bilans municipaux sont autant de démonstrations grandeur nature : le « RN de proximité » vanté par Jordan Bardella n’existe pas.

Ce qui existe, c’est un parti qui, partout où il gouverne, gouverne contre le peuple. Les Montargois en font l’expérience. À nous de faire en sorte que le pays entier n’ait pas à la subir.

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