vendredi 10 juillet

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Méga Canal Seine-Nord Europe : le désastre programmé au cœur des Hauts-de-France

Canal Seine-nord. Le Canal Seine-Nord Europe est un mégacanal qui reliera Compiègne dans l’Oise à Aubencheul-au-Bac dans le Nord. Alors que seulement 1 % du chantier est commencé, le principal porteur du projet, Xavier Bertrand, affirme déjà que le projet est « irréversible » pour tenter coûte que coûte d’éviter tout retour en arrière. Mais les […]

Mega Canal Seine-nord Europe

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Canal Seine-nord. Le Canal Seine-Nord Europe est un mégacanal qui reliera Compiègne dans l’Oise à Aubencheul-au-Bac dans le Nord. Alors que seulement 1 % du chantier est commencé, le principal porteur du projet, Xavier Bertrand, affirme déjà que le projet est « irréversible » pour tenter coûte que coûte d’éviter tout retour en arrière. Mais les scandales sur tous les aspects de ce méga canal, s’il voit le jour, sont nombreux.

Présenté comme le « chantier du siècle », ce méga-canal va détruire à la fois l’économie locale – à commencer par l’emploi des bateliers – mais aussi la biodiversité par l’artificialisation de 3 300 hectares de terres, ainsi que le cycle de l’eau. Ce projet représente 10 fois le tunnel de la France, et sa méga bassine 22 fois celle de Sainte-Soline. Comble du cynisme : un canal existe déjà, et n’est utilisé qu’à 25 % de ses capacités. Mais sans doute n’est-il pas assez grand pour Amazon, qui prévoit de profiter un maximum de ce grand projet inutile et dangereux. Ce samedi, une grande manifestation est prévue pour le contester. Notre article.

Un projet colossal au service du capitalisme en crise

Présenté comme le « chantier du siècle » mais à la fois écologique, ce projet cache en réalité une infrastructure de combat au service du capitalisme, portée par l’Union européenne, le gouvernement macroniste et Xavier Bertrand, actuel président de la Société du Canal Seine-Nord Europe. Loin d’une nécessité publique, il vise à transformer le territoire en un « dernier maillon logistique » géant reliant le bassin parisien aux ports du Benelux afin d’intensifier et de massifier les flux marchands. Cette infrastructure est pensée, avant tout, pour accroître la rentabilité des grands groupes en facilitant l’exportation massive de céréales et le transport intensif des matériaux du BTP.

L’ampleur du chantier est colossale, impliquant l’artificialisation de 3 300 hectares de terres agricoles et d’espaces naturels. Plus alarmant encore, pour maintenir le niveau d’eau nécessaire aux convois de classe Vb dont le tonnage bondit de 900 à 3 300 tonnes, le projet prévoit une « bassine » gigantesque, dont la capacité représente 22 fois celle de Sainte-Soline. Face à une telle gestion de l’eau, dictée par la logique du profit et de l’accélération des échanges, des questions se posent sur l’ampleur des catastrophes écologiques à venir. Ce projet menace d’accroître les inondations à cause de canalisations trop fortes.

Un massacre pour la biodiversité

Le coût écologique ne se limite pas à l’artificialisation des sols, il s’agit d’une attaque directe contre la biodiversité. Le tracé menace plus de 300 espèces protégées. Dans sa précipitation pour rendre le chantier irréversible et empêcher toute occupation militante, la Société du Canal multiplie les méthodes brutales, notamment l’abattage massif d’arbres alors même que des espèces protégées, comme les chauves-souris, y ont trouvé refuge.

Les promesses de « compensation » écologique avancées par les promoteurs ne sont que du simple greenwashing. Il est tout simplement impossible de recréer un écosystème une fois qu’il a été détruit. Chaque pourcentage d’avancée du projet est une condamnation définitive pour la biodiversité locale. Les défenseurs de l’environnement ont d’ailleurs déposé plainte au pénal, dénonçant cette urgence artificielle qui sacrifie le vivant au profit du capitalisme.

Le mirage économique et la casse sociale

Xavier Bertrand et les promoteurs du projet justifient ce chantier par la promesse de 3 300 emplois, un argument marketing utilisé pour faire passer le projet. C’est un mensonge. L’expérience du canal du Rhône au Rhin en Saône-et-Loire, où des infrastructures similaires n’ont généré qu’une fraction des postes annoncés, prouve que ces chiffres sont faussés. Au contraire, cette zone est une porte ouverte à l’exploitation, avec des emplois précaires, souvent occupés par des travailleurs sans-papiers dans des conditions de travail atroces.

Le projet prévoit l’aménagement de quatre « ports francs », des zones logistiques conçues pour accueillir des géants comme Amazon, dont les entrepôts seront juxtaposés à des zones dédiées aux data centers. Ce système est une aubaine pour les majors du BTP qui s’enrichissent de contrats publics pour bâtir un canal servant à leurs propres intérêts. En exploitant la détresse des populations des Hauts-de-France vues comme des « chômeurs » issus de la désindustrialisation minière, et donc prêts à accepter « tout ce qui est pourri », les promoteurs imposent un projet qui s’inscrit dans un racisme environnemental, ciblant des zones populaires et racisées.

Un autre GPII

Comme pour l’autoroute A69, le Canal Seine-Nord Europe s’inscrit dans la triste lignée des Grands Projets Inutiles et Imposés (GPII), où la même méthode est utilisée, avec des passages en force, un mépris des populations, une destruction irréversible des écosystèmes et une opacité financière. Le budget officiel de 7 milliards d’euros n’est pas réel. Le canal Seine-Nord Europe est indissociable du projet « Mageo », qui consiste à mettre au gabarit les cours d’eau jusqu’à Compiègne.

Sans lui, le canal principal ne sert à rien. Comme ce raccordement n’est pas chiffré, le coût réel pourrait atteindre 10 milliards d’euros en raison des retards et des contraintes techniques. La stratégie de Xavier Bertrand vise à aller le plus vite possible pour rendre le chantier irréversible. Pourtant, à ce jour, seulement 1 % des travaux sont engagés.

Projet anti-démocratique

Le Canal du Nord actuel, fermé pour « travaux », est pourtant exploité à seulement 25 % de ses capacités réelles. Sa mise à l’arrêt est un acte délibéré de destruction du service public, brisant la vie des bateliers et des agriculteurs locaux. En négligeant le réseau ferré et le fluvial existant, l’État privilégie l’accélération des flux financiers sur les besoins réels de mobilité.

Pourtant, une autre voie est possible, à savoir remettre en état le réseau fluvial existant et le maillage ferroviaire, ce qui permettrait un vrai report modal sans artificialiser de nouvelles terres.

Ce canal est un projet anti-démocratique, imposé sans aucune consultation des habitants. Ce chantier est un projet politique et antifasciste qui illustre une gestion autoritaire du territoire, en aggravant le sentiment d’abandon des populations et qui nourrit la montée de l’extrême droite en France. Face à cela, une alternative portée par La France insoumise propose de repenser l’organisation humaine autour de la notion d’écorégion.

Cette proposition consiste à rompre avec le productivisme pour organiser la société autour des limites réelles des bassins hydrographiques. Par définition, des projets comme le Canal Seine-Nord Europe, qui relient des zones qui ne sont normalement pas reliées, deviennent impossibles.

Un appel à la mobilisation ce week-end

Face à ce passage en force, les collectifs engagés appellent à une résistance active. Les insoumis soutiennent la mobilisation. Un village militant et festif se tiendra du 9 au 12 juillet à Villers-au-Tertre, suivi d’une grande manifestation le samedi 11 juillet sur la place du monument aux morts.

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