vendredi 24 juillet

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Les cancers, une maladie politique

Le cancer est la première cause de mortalité en France, avec plus de 160 000 décès annuels. La France métropolitaine est devenue le premier pays au monde concernant le cancer du sein (chiffre 2022), 4e pour le cancer du pancréas. La Guadeloupe et la Martinique sont 1re et 3ᵉ au monde pour le cancer de […]

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Le cancer est la première cause de mortalité en France, avec plus de 160 000 décès annuels. La France métropolitaine est devenue le premier pays au monde concernant le cancer du sein (chiffre 2022), 4e pour le cancer du pancréas. La Guadeloupe et la Martinique sont 1re et 3ᵉ au monde pour le cancer de la prostate. Un enfant sur 440 développe un cancer avant l’âge de 15 ans…

Le cancer est une maladie politique à plusieurs titres : les causes de la maladie sont politiques, l’exposition à la maladie est politique, l’inégalité d’accès aux soins est politique. Une question que la France insoumise et Jean-Luc Mélenchon sont les seuls à prendre à bras-le-corps. Notre article.

Les causes de la maladie sont politiques

Le caractère cancérogène de nombreux polluants est aujourd’hui attesté scientifiquement. Mais les substances chimiques sont des centaines de milliers et la toxicité d’une petite partie seulement est analysée. Les comportements des substances chimiques dans la chaîne du vivant (dont le corps humain…) sont complexes : interactions entre substances (effets cocktail) et expositions des individus tout au long de leur vie (concept d’exposome, introduit dans la réglementation française en 2016), et même sur plusieurs générations.

En avril 2026, Andy Kerbrat député insoumis de Loire-Atlantique interpelle la ministre de la Santé sur l’explosion de cancers pédiatriques dans son département et lui indique que selon certaines estimations, 80 à 90 % des cancers pédiatriques sont d’origine environnementale. Andy Kerbrat dénonce le fait que ces cancers sont « en partie imputables aux choix politiques des gouvernements successifs. (…) une conséquence du système agricole productiviste (…) des dynamiques de prédation environnementale ».

Il souligne que plusieurs produits toxiques, dont le glyphosate, ont été mis et maintenus sur le marché « par des impératifs de rendement économique, au détriment de considérations sanitaires ». Le député LFI rappelle que « le Gouvernement se soumet aux lobbys phytosanitaires ». A contrario, le programme des insoumis L’Avenir en commun prévoit, concernant les produits alimentaires, d’interdire d’urgence les additifs les plus controversés, limiter la liste des additifs autorisés à ceux admis dans l’agriculture biologique.

L’exposition à la maladie est politique

Une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publiée le 4 juin 2026 révèle que si certains cancers touchent surtout les catégories modestes et d’autres surtout les populations aisées, ce sont les populations modestes qui développent le plus de formes graves de cancer.

Dans son ouvrage « La cigarette du pauvre », Patrick Peretti-Watel explique que « la précarité induit un stress qui incite à fumer (…). La précarité raccourcissant aussi l’horizon temporel, cela contribue à relativiser les effets délétères du tabagisme sur le long terme ».

D’autres facteurs de risque sont socialement marqués, comme l’exposition professionnelle à des produits cancérogènes, fréquente en France : en 2017, 11 % des salariés (dont la moitié sont des ouvriers) sont exposés à au moins un produit cancérogène. On sait aussi que les populations populaires consomment le plus d’aliments ultra-transformés car ils coûtent moins cher, or ces aliments contiennent plus d’additifs potentiellement dangereux.

Réduire les inégalités, augmenter le pouvoir d’achat, améliorer les conditions de travail peuvent donc être des facteurs limitant les risques de cancer.

L’inégalité d’accès aux soins est politique

Une étude sur le cancer du sein en Seine-Saint-Denis montre que plus d’une patiente sur deux prise en charge à un stade avancé de la maladie est sans activité, alors que ce n’est le cas que pour une patiente sur dix ayant une profession intellectuelle ou cadre. Les formes les plus agressives de cancer, entraînant un décès ou un passage en soins palliatifs dans l’année suivant le diagnostic, touchent 2 fois plus les personnes modestes. Les plus pauvres se font médicalement moins et moins bien suivre et risquent donc de se faire diagnostiquer et prendre en charge tardivement.

Dans le cas des cancers avec des programmes nationaux de dépistage (sein, colorectal, col utérin), les diagnostics surviennent 2,3 fois plus souvent à un stade métastatique chez les populations modestes. Les conditions matérielles d’existence pèsent sur les décisions des malades comme sur les propositions de soins qui leur sont faites. Certains patients repoussent des traitements car ils et elles ne peuvent pas arrêter leur travail ou du fait d’une précarité financière.

Si le risque de survenue des cancers varie selon les milieux socio-économiques, en revanche, en matière de survie, le taux de mortalité peut être jusqu’à deux fois supérieur chez les patients les plus défavorisés par rapport aux plus favorisés.

Pour aller plus loin : Ces colorants alimentaires qui multiplient les risques de cancer

Le système de soins est délabré à cause des politiques néolibérales

La prévention est insuffisante. Selon l’OCDE en 2023, le budget dépensé par la France pour la prévention est bien inférieur à la moyenne européenne. Le taux de médecins par habitant est aussi inférieur à la moyenne de l’UE (3,2 pour 1 000 habitants contre 4 en Europe).

6700 lits d’hospitalisation ont été fermés en 2022. 150 à 200 000 infirmières ont quitté le métier. 7 millions de personnes n’ont plus de médecin traitant. Cette pénurie affecte encore plus les personnes défavorisées qui n’ont ni la disponibilité, ni l’argent pour se consacrer à la recherche de soignants et qui habitent fréquemment dans des zones qualifiées de déserts médicaux. Selon la DREES, 55 % des Français vivaient en 2024 dans une zone où l’offre de médecine générale est insuffisante, soit près de 36,9 millions de personnes. Parmi eux, 7 % de la population, environ 4,7 millions d’habitants, résident dans une zone très sous-dotée. La question ne concerne pas seulement les zones rurales isolées, mais une part majoritaire du pays.

Pour lutter contre l’inégalité de l’accès aux soins, le programme de la France insoumise projette de : Rouvrir progressivement des services d’urgences, de maternités et des EHPAD publics assurant un service de santé public de proximité à moins de trente minutes de chaque Français ; Engager un plan pluriannuel de recrutement des professionnels du soin et du médico-social (médecins, infirmiers, aides-soignants et personnels administratifs), revaloriser les métiers, les salaires et la tarification de certains actes libéraux des infirmiers Actionner tous les leviers pour combattre les déserts médicaux : Créer un réseau public de centres de santé pluridisciplinaires ou communautaires et de coopératives médicales en lien avec des infirmiers référents et déployer de manière effective le statut d’infirmier de famille.

Par Sandrine Cheikh

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