vendredi 24 juillet

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Le diabète n’est pas une fatalité : chronique d’une maladie politique

Diabète, obésité, maladies cardio-vasculaires : en France, ces pathologies ne cessent de progresser. On les présente souvent comme des dérives individuelles : manque de discipline, mauvaise alimentation, sédentarité. Mais cette lecture morale masque l’essentiel : le diabète est devenu une maladie sociale, produite par l’organisation même de notre système alimentaire. Dans un pays qui se revendique […]

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Diabète, obésité, maladies cardio-vasculaires : en France, ces pathologies ne cessent de progresser. On les présente souvent comme des dérives individuelles : manque de discipline, mauvaise alimentation, sédentarité. Mais cette lecture morale masque l’essentiel : le diabète est devenu une maladie sociale, produite par l’organisation même de notre système alimentaire.

Dans un pays qui se revendique de la gastronomie et du « bien manger », la réalité est paradoxale : l’alimentation industrielle est devenue la norme, et avec elle, une épidémie silencieuse de maladies chroniques. Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle, est bien le sujet des maladies politiques à bras-le-corps. Notre article.

Une explosion du diabète, loin d’un hasard biologique

Le constat est massif : la prévalence du diabète a fortement augmenté depuis les années 1990, et les projections annoncent qu’un adulte sur dix pourrait être concerné d’ici 2045. Cette progression n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un continuum avec l’obésité, dont les formes sévères ont été multipliées par plusieurs facteurs en quelques décennies.

Mais réduire cette dynamique à des comportements individuels serait une erreur analytique. Car ce que l’on appelle « diabète de masse » est profondément corrélé à la transformation de notre système alimentaire : généralisation des produits ultra-transformés, densité calorique élevée, excès de sucres ajoutés, omniprésence des additifs, et baisse de la qualité nutritionnelle des produits accessibles.

Pour aller plus loin : Maladies chroniques : Jean-Luc Mélenchon pointe la responsabilité du capitalisme dans la dégradation de la santé humaine

Une maladie des inégalités sociales

Serait-ce de la faute des pauvres et de leurs mauvaises habitudes ? Absolument pas, selon la sociologie qui analyse ces inégalités comme des injustices environnementales. Elles sont définies par Razmig Keucheyan comme « l’accès inégal aux ressources naturelles, mais aussi par l’exposition différenciée des groupes sociaux aux nuisances ou aux “risques” environnementaux, comme les pollutions ou les catastrophes naturelles et/ou industrielles ».

On ne « choisit » pas librement de manger ce qui rend malade. On y est socialement orienté. Les données sont constantes : les populations les plus modestes sont beaucoup plus exposées. Les 10 % les plus pauvres ont environ trois fois plus de risques de développer un diabète que les 10 % les plus riches.

En fait, l’alimentation saine est devenue un luxe. Les produits frais, peu transformés, biologiques ou simplement équilibrés sont souvent plus chers, plus difficiles d’accès, ou situés dans des circuits éloignés des quartiers populaires et périphériques. À l’inverse, les produits les moins chers sont aussi les plus dégradés sur le plan nutritionnel : riches en sucres rapides, en graisses saturées, en sel, et conçus pour être hyper-appétents.

Le diabète devient alors l’expression biologique d’une organisation sociale : ce que l’on appelle parfois une injustice environnementale appliquée à l’alimentation.

Le rôle central de l’agro-industrie

L’augmentation du diabète est indissociable du développement de l’industrie agroalimentaire.

Cette industrie a transformé l’alimentation en produit industriel standardisé. Elle optimise la rentabilité en augmentant la durée de conservation, en réduisant les coûts de production et en maximisant l’attractivité gustative par le sucre, le sel et les graisses. Dans ce système, la santé n’est pas un objectif central. Elle devient une externalité.

Les recherches de Daniel Benamouzig et Joan Cortinas Munoz dans Des lobbys au menu. Les entreprises agro-alimentaires contre la santé publique ont documenté les stratégies de certaines grandes entreprises : production d’incertitude scientifique, financement de contre-expertises, lobbying actif, et « healthwashing » consistant à se présenter comme acteurs de la santé publique.

« L’épidémie » comme crise sanitaire collective – Repolitiser le diabète et agir sur l’environnement alimentaire

Le diabète est souvent traité comme une maladie chronique individuelle nécessitant un suivi médical et des ajustements de mode de vie.

Cette individualisation a un effet central : elle dépolitise la maladie. Elle évacue les questions structurelles : qui produit l’alimentation ? Dans quelles conditions ? Avec quelles contraintes économiques ? Pour quels intérêts ? Elle transforme un problème collectif en problème personnel.

Comprendre le diabète comme une maladie sociale et comme le résultat de rapports de force économiques et politiques ouvre une autre perspective : celle de l’action collective.

Agir sur le diabète ne peut pas se limiter à soigner les individus. Cela implique de transformer l’environnement alimentaire lui-même. Cela signifie : réduire la place des produits ultra-transformés dans l’alimentation quotidienne, rendre accessibles des aliments de qualité à tous les niveaux de revenus, réorganiser la restauration collective, repenser les circuits de production et de distribution, et réguler plus fortement les industries agroalimentaires.

C’est précisément dans cette perspective que s’inscrit le programme porté par La France insoumise, notamment dans son projet L’Avenir en commun, qui fait de la planification écologique et de la bifurcation du système alimentaire un axe central des politiques publiques. L’alimentation y est pensée non comme un marché laissé à la seule logique du profit, mais comme un bien commun universel relevant de la décision démocratique.

Une maladie du système

Le diabète n’est pas seulement une maladie métabolique. C’est une maladie sociale, économique et politique.

Il est l’un des marqueurs les plus nets d’un système alimentaire profondément inégalitaire, où les logiques de profit structurent ce que nous mangeons, et donc ce que nous devenons.

Face à cela, la question n’est pas seulement médicale. Elle est politique : comment produire une société où l’alimentation ne fabrique plus de la maladie, mais de la santé ?

Par Lilian Davy

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