Raves. Début avril 2026, l’Assemblée nationale a adopté une loi visant à renforcer la répression des participants et des organisateurs des Free parties. À son origine, le groupe parlementaire Horizons, le parti d’Édouard Philippe. En parallèle, le ministre de l’Intérieur a défendu un texte fourre-tout (« Ripost ») accentuant également la répression contre le mouvement des free-parties. Dans ce texte adopté par le Sénat le 26 mai dernier, les peines de prison pour les organisateurs de ces soirées pourraient être portées jusqu’à… 2 ans de prison et 30 000 euros d’amende. Du 30 mai au 13 juin 2026, des « manifestives » sont organisées aux quatre coins du pays pour s’opposer à ces deux textes.
La classe politique bourgeoise ne veut pas que les jeunes fassent la fête. Mieux vaut un rallye à la musique classique qu’une Free party à la musique électro ! D’ailleurs, cette répression macroniste des free parties n’est-elle pas la traduction d’un capitalisme en crise et de l’autoritarisme qui en découle ? « Que dites-vous aux gens, après avoir interdit ces free-parties ? « Sois jeune, tais-toi et paie si tu veux faire la fête ou si tu veux vivre ! » Tout privatiser, tout placer sous le contrôle de la domination capitaliste, c’est votre seul bilan pour les jeunes ! », assénait le député insoumis Louis Boyard à la tribune de l’Assemblée nationale. Notre article.
L’origine des Free-parties : une contre-culture populaire
Les Free parties sont nées dans les années 1980 au Royaume-Uni, lorsque Margaret Thatcher était Première ministre. Ces fêtes populaires s’auto-organisaient avec les travailleurs et les personnes marginalisées. Une contre-culture comme réponse au capitalisme avec des entrées gratuites et la liberté d’être soi-même.
Aujourd’hui plus que jamais, ces free parties permettent aux personnes les moins aisées et les plus marginalisées d’accéder à la culture, dans un monde où règne l’inflation. C’est ce qu’expliquait Hadrien Clouet sur un plateau LCP à l’Assemblée nationale : « Ce qu’on paye aujourd’hui c’est l’augmentation du prix des festivals. Tout le monde n’a pas 150 euros pour partir trois jours sur un festival. Et deuxièmement, les festivals sont de plus en plus concentrés en milieu urbain. 70 % des festivals culturels aujourd’hui sont dans des grandes villes. »
La répression des free parties par le gouvernement montre cette face du capitalisme en crise et la volonté de réprimer toutes ces oppositions. Le week-end dernier, des manifestations ont été organisées pour défendre les free parties et dénoncer le nouveau projet de loi RIPOST. Samedi, à Montpellier, près de 800 manifestants étaient présents, ou encore 500 ce dimanche à Marseille.
Pour aller plus loin : « Genova is very nice » ou comment raconter la répression du mouvement altermondialiste
Répression des raves, répression d’une contre-culture anticapitaliste ?
Et oui, le gouvernement ne veut pas que les jeunes fassent la fête.
Répression des oppositions au capitalisme ? Répression des minorités ? Répression d’une contre-culture ? Les trois en même temps. Le gouvernement ne le dira pas et préfère prendre comme prétexte la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et contre les addictions.
Une hypocrisie crasse quand on sait que les budgets pour la prévention des violences sexistes et sexuelles, de la santé sexuelle et des addictions ne cessent de baisser. Sur un direct LCP à l’Assemblée nationale, le député insoumis Hadrien Clouet dénonce une autre hypocrisie du bloc gouvernemental : les associations faisant de la prévention sur les lieux des free parties ont été interpellées et verbalisées. Cherchez l’erreur.
Si les soutiens du gouvernement se gargarisent de renforcer la législation pour la répression des free parties pour protéger les Français, leurs votes ne montrent que leur ridicule et leur mépris de ces fêtes populaires. Par ces mesures, c’est bien la répression d’une contre-culture qui s’oppose au capitalisme et permet notamment aux jeunes de s’amuser dans un monde en crise qu’il a lui-même engendré.
Des sanctions… pour avoir fait la fête
Alors parlons des sanctions pour avoir écouté de la musique techno. Une amende de 1500 € pour les participants, et jusqu’à 3 000 € en cas de récidive. Confiscation obligatoire du matériel et jusqu’à six mois de prison et 30 000 € d’amende pour les organisateurs.
Cependant, le projet de loi RIPOST vient renforcer ces mesures avec une peine allant jusqu’à six mois de prison et 7500 € pour les participants et deux ans de prison et 30 000 € d’amende pour les organisateurs.
Telle est la bonne idée du gouvernement : envoyer des DJ en prison et faire payer celles et ceux qui ont osé danser. En macronie, il ne fait pas bon faire la fête. Hadrien Clouet le soulignait ainsi : le camp présidentiel « fait payer les DJ plutôt que les profiteurs de guerre ». En 2027, lorsque Jean-Luc Mélenchon et LFI arriveront au pouvoir, cette répression n’existera plus et la fête sera mise à l’honneur.
Par Ilan Laudrel