Carburants. Partout en France, la flambée des prix des carburants se poursuit et asphyxie les familles. « Moi je suis infirmière et là ça devient vraiment compliqué. Je suis dans une zone où je peux faire jusqu’à 200 km par jour. Bientôt, il faudra que je fasse le choix de refuser certains patients parce qu’ils sont trop loin. Le premier hôpital est à 50 kilomètres, ils vont faire comment ceux qui peuvent pas se déplacer si je ne viens pas ? » explique Caroline au micro de l’Insoumission lors d’une caravane insoumise pour le blocage des prix, au marché de Vic-le-Comte. À 200 kilomètres plus loin, à Lyon, le constat est le même dans les stations-service.
« Comment peut-on faire le plein avec des prix pareils ? » raconte Farouk. À ses côtés, des insoumis qui diffusent leur pétition pour le blocage immédiat des prix de l’énergie, dont les prix des carburants, par la réduction des marges des multinationales, Total en tête. Lorsque les militants LFI lui demandent ce qu’il pense de cette idée, la réponse est sans équivoque : « Franchement, vous êtes les seuls à nous défendre. Macron, je comprends pas pourquoi il ne fait rien. J’ai regardé les autres : PS, LR, RN, ils ne proposent rien de concret ! », confie-il.
Dans les stations-service, les insoumis sont de plus en plus présents pour porter leur proposition. Pour rappel : le blocage des prix est déjà appliqué en Croatie, en Grèce, en Hongrie, en Pologne, en Thaïlande, et en Corée du Sud. En France, il a été appliqué en 1989 puis en 1990.
Prévu par l’article L410-2 du Code du commerce, il permettrait de baisser immédiatement le prix des carburants dans tout le pays, en les faisant revenir au niveau d’avant la guerre : 1,70 euro le litre d’essence, 1,80 euro le litre de gazole. Près de 50 000 personnes ont déjà signé la pétition pour exiger le blocage des prix. Et vous ? Notre article.
Une inflation tirée par les profits
Contrairement au récit dominant, la hausse des prix de l’énergie n’est pas seulement liée aux tensions internationales. Certes, les conflits géopolitiques jouent un rôle. Mais ils n’expliquent pas l’ampleur de la hausse. Une part significative de l’inflation actuelle provient des marges. Les carburants vendus aujourd’hui ont été raffinés à partir de pétrole acheté avant la hausse des cours.
Pourtant, les prix augmentent immédiatement. Pourquoi ? Parce que les entreprises fixent leurs prix non pas en fonction de leurs coûts, mais en fonction de ce qu’elles anticipent pouvoir faire payer. Ce mécanisme spéculatif permet des profits exceptionnels. TotalEnergies a ainsi enregistré des bénéfices records, dépassant les 20 milliards de dollars en 2022, avec des niveaux toujours très élevés depuis.
Sa filiale de trading a même profité des tensions internationales pour générer un milliard d’euros de gains en quelques jours. Plusieurs institutions internationales, dont le FMI, ont montré que les profits ont contribué de manière significative à l’inflation, parfois jusqu’à près de la moitié de la hausse des prix dans certains secteurs. L’inflation actuelle est donc aussi une inflation des marges.
Le blocage des prix, une mesure ciblée et immédiate
Face à cette situation, le blocage des prix consiste à fixer un plafond pour certains biens essentiels, notamment les carburants, afin d’empêcher les hausses abusives. Contrairement à ce qu’affirment les opposants, cette mesure ne coûte rien à l’État. Il n’est pas fait appel à une dépense publique, mais à un encadrement des marges. Comme l’a rappelé la députée Aurélie Trouvé, « le blocage des prix coûte 0 euro au contribuable. Il ne coûte qu’à Total et à ses actionnaires ». C’est précisément ce point qui cristallise l’opposition du Rassemblement national.

Le RN et le refus de toucher aux profits
Interpellé sur la question, le député RN Jean-Philippe Tanguy s’est opposé au blocage des prix en affirmant que « ces dispositions ne sont pas gratuites » et en évoquant un coût de 17 milliards d’euros, en référence à des mesures prises en Corée du Sud. Un argument immédiatement contesté, car ces dépenses ne concernaient pas un blocage des prix, mais d’autres dispositifs.
Cette confusion n’est pas anodine : elle permet d’assimiler volontairement une mesure de régulation à une dépense publique, pour mieux la disqualifier. Dans la même logique, le RN défend une baisse de la TVA sur les carburants. Une mesure présentée comme favorable aux consommateurs, mais qui pose un problème majeur : rien ne garantit qu’elle soit répercutée sur les prix.
Les entreprises peuvent en capter une partie sous forme de marges supplémentaires. Surtout, cette politique représente un coût massif pour les finances publiques, de l’ordre de 17 milliards d’euros. Autrement dit, là où le blocage des prix fait payer les multinationales, la baisse de la TVA fait payer les contribuables.
Une ligne assumée pour l’extrême droite : laisser faire les multinationales
Derrière ces prises de position, une cohérence apparaît. Il est refusé toute intervention directe sur les prix au profit de mécanismes qui préservent les marges des grandes entreprises. Le député Gaëtan Dussausaye (RN) résume cette orientation en affirmant que « la marge de manœuvre est du côté de l’État » et en plaidant pour une baisse des taxes, ajoutant que « tout le monde passe à la caisse, sauf l’État ». Cette lecture inverse complètement la réalité.
Aujourd’hui, ce ne sont pas les entreprises qui sont mises à contribution, mais les ménages et les finances publiques. Les profits restent privés, tandis que les coûts sont socialisés. Dans le même temps, toute idée de reprise de contrôle public est violemment attaquée. Lorsque certains proposent la nationalisation de TotalEnergies, des élus dénoncent des mesures « Staline-compatible », préférant caricaturer le débat plutôt que de répondre sur le fond. La question mérite a minima d’être posée.
Une sortie d’autant plus absurde que la France a pratiqué une administration des prix jusqu’en 1982, y compris sous Charles de Gaulle, durant la période des Trente Glorieuses. Faudrait-il alors considérer que cette époque, souvent érigée en modèle de prospérité, relevait elle aussi du « stalinisme » ? À force d’agiter des épouvantails idéologiques, il est surtout révélé l’absence d’arguments économiques sérieux.
Le lien entre RN et grands intérêts économiques
Cette position n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de normalisation du RN auprès des milieux économiques. Manuel Bompard l’a rappelé en soulignant que Marine Le Pen participait mardi 7 avril à un dîner avec des dirigeants de grandes entreprises, dont ceux de TotalEnergies, posant une question simple : « pourquoi le Rassemblement national refuse de bloquer les prix des carburants et préfère protéger les profits des multinationales ? ».
La réponse tient dans les faits. Refuser le blocage des prix, c’est accepter que les entreprises continuent de fixer librement leurs marges, même en période de crise.
Le faux argument des pénuries
Pour justifier l’opposition, les adversaires du blocage des prix avancent un argument récurrent : celui du risque de pénurie. Cet argument ne résiste pas à l’analyse. D’abord parce que le blocage des prix a déjà été utilisé, notamment en France lors de la guerre du Golfe, sans provoquer de rupture d’approvisionnement. Ensuite parce qu’à court terme, les entreprises disposent de stocks et de marges suffisantes.
Enfin, l’État dispose de leviers puissants pour empêcher les stratégies de contournement : réquisitions, sanctions, régulation. Dans un secteur aussi stratégique que l’énergie, il est légitime d’intervenir pour garantir l’approvisionnement. En réalité, l’argument des pénuries sert surtout à dissuader toute remise en cause des rentes.
Une alternative claire : faire payer ceux qui profitent
Le débat sur le blocage des prix révèle une opposition fondamentale entre deux visions de l’économie. D’un côté, celle du RN et du gouvernement, qui consiste à laisser les prix augmenter puis à compenser partiellement leurs effets par des aides publiques ou des baisses de taxes. Un système coûteux et inefficace, qui revient à subventionner indirectement les profits.
De l’autre, une approche qui vise à s’attaquer directement aux mécanismes de formation des prix, en encadrant les marges et en empêchant la spéculation. Le blocage des prix s’inscrit dans cette seconde logique. Il permet de réduire immédiatement les prix, sans mobiliser d’argent public, en faisant contribuer ceux qui bénéficient de la crise.
Pour aller plus loin : Blocage des prix : démontage des fake news propagées par les macronistes, le RN et le PS
Reprendre le contrôle sur un secteur stratégique
Au-delà de la mesure elle-même, la question posée est celle du contrôle démocratique de l’économie. L’énergie n’est pas un bien comme les autres. Elle conditionne l’ensemble de l’activité économique et la vie quotidienne. La laisser aux mains de quelques multinationales revient à abandonner une part essentielle de souveraineté.
Dans ce contexte, la question de la nationalisation des grands groupes énergétiques ne peut plus être écartée. Non pas comme un slogan, mais comme une réponse à la concentration du pouvoir économique.
Face à la flambée des prix, deux choix s’opposent
Face à la flambée des prix, deux choix s’opposent. Celui du Rassemblement national, qui refuse de bloquer les prix, privilégie des mesures coûteuses pour les finances publiques et laisse intact le pouvoir des multinationales. Et celui qui consiste à intervenir directement pour protéger la population, en encadrant les marges et en mettant fin aux logiques spéculatives.
Derrière ces options, il ne s’agit pas seulement de technique économique. Il s’agit d’un choix politique fondamental. Soit il est accepté que les crises soient des opportunités pour quelques-uns. Soit il est décidé que l’économie doit répondre aux besoins du plus grand nombre.