Panthéonisation de Robert Badinter – L’hommage à un grand homme, l’hypocrisie d’un président

Jeudi 9 octobre 2025 a eu lieu la cérémonie d’entrée de Robert Badinter au Panthéon. Cet honneur lui est décerné, car tout au long de sa vie, il a su défendre et faire progresser les valeurs fondamentales de notre République. Il nous vient immédiatement à l’esprit l’abolition de la peine de mort, mais ce ne […]

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Jeudi 9 octobre 2025 a eu lieu la cérémonie d’entrée de Robert Badinter au Panthéon. Cet honneur lui est décerné, car tout au long de sa vie, il a su défendre et faire progresser les valeurs fondamentales de notre République. Il nous vient immédiatement à l’esprit l’abolition de la peine de mort, mais ce ne fut qu’un de ses nombreux actes militant d’humaniste convaincu. Nous souhaitons lui rendre hommage en revenant sur une partie d’entre eux. Notre article.

Fraternité – L’abolition de la peine de mort 

Avec l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir en 1981, il est celui qui porte et incarne le combat pour l’abolition de la peine de mort en qualité de garde des Sceaux, ministre de la Justice. Le terme de “combat” n’est pas choisi au hasard puisqu’au moment de porter sa proposition de loi, il fait face à une opinion défavorable (~64 % selon un journal d’opposition) et surtout à une résistance acharnée des partis d’opposition, ce qui lui vaudra par la suite d’être impopulaire pendant un long moment. 

Cette opposition farouche de la droite et de l’extrême droite illustre d’ailleurs une hypocrisie structurante des partis conservateurs qui presque systématiquement combattent becs et ongles les idées progressistes, parfois pendant des décennies, mais jamais ne reconnaissent ensuite avoir eu tort ou au moins avoir changé d’avis. Quelqu’un se rappelle-t-il par exemple avoir entendu M. Barnier, ancien Premier ministre de Macron, exprimer publiquement son revirement sur la dépénalisation de l’homosexualité contre laquelle il a voté en 1981 ? 

Dans le même esprit, en 2012, Jean-Luc Mélenchon interpelle Mme Le Pen pendant l’émission DPDA : « vous n’osez pas dire que dorénavant vous avez fini par comprendre que l’IVG, plus personne ne s’y oppose alors que pendant 38 ans le FN nous a fait la guerre sur le sujet ». Que répond-elle ? Rien. Elle feint de lire le journal en plein débat télé parce qu’elle n’a rien à répondre. [ndlr : si vous avez 20 minutes devant vous, nous ne saurions trop vous conseiller de (re)regarder toute la confrontation] Aujourd’hui, le combat continue avec notamment en premier lieu celui pour les droits des personnes LGBTQ+ et des personnes trans et la FI tâche de faire sa part.

Cet hommage nous offre également l’occasion de nous pencher sur les raisons morales et philosophiques qui motivent l’abolition. Dans son discours face à l’assemblée, Badinter le résume en une phrase : « parce qu’aucun homme n’est totalement responsable, parce qu’aucune justice ne peut être absolument infaillible, la peine de mort est moralement inacceptable »

Souvent à cette occasion, on évoque également la phrase célèbre qu’à prononcé le grand Jaurès en 1908 à l’assemblée : « je crois pouvoir dire qu’elle est contraire à ce que l’humanité, depuis deux mille ans, a pensé de plus haut et a rêvé de plus noble » Seulement, contrairement à l’idée reçue, il ne parle pas ici de la peine de mort en tant que telle mais plutôt de son fondement sous-jacent qu’il appelle la doctrine de la fatalité.

Selon celle-ci, il y aurait « des individus, […] qui seraient à ce point tarés, abjects, irrémédiablement perdus, à jamais incapables de tout effort de relèvement moral, qu’il n’y aurait plus qu’à les retrancher brutalement de la société des vivants ». C’est ce à ce dogme qu’il s’opposait alors. Et c’est également à cette vision que LFI continue de s’opposer en proposant via le programme l’Avenir en commun une justice qui vise à réparer et à éviter la récidive. 

Ou pour reprendre les mots de Simone Weil dans L’Enracinement. « Il faut que le châtiment soit un honneur, que non seulement il efface la honte du crime, mais qu’il soit regardé comme une éducation supplémentaire qui oblige à un plus grand degré de dévouement au bien public ». 

Liberté – L’absurdité de la surenchère sécuritaire

C’est également à cette époque, à l’occasion de la campagne de 1981, que le thème de la sécurité s’est imposé dans le thème de la justice. Comme le raconte Robert Badinter dans une interview de 2011, Alain Peyrefitte s’inspire de la campagne victorieuse de Reagan aux États-Unis « law and order » pour introduire dans le débat public, l’idée fausse et pernicieuse que durcir les peines réduirait les passages à l’acte. 

Comme l’explique Badinter, « personne ne pense sérieusement qu’avec des lois plus sévères, on arrête le délinquant ou le criminel. […] c’est une absurdité de croire que le délinquant ou le malfrat va vérifier dans le code pénal si la peine n’a pas augmenté par hasard de 2 ans ». Mais « c’est un filon sans limites, […] une attitude payante […], vous faites des lois, elles ne servent à rien. On les change constamment, ce qui prouve bien qu’elles ne servent à rien […] mais au moment de l’effet d’annonce ça vous fait du crédit ».

Plus de 40 ans après, le « filon » n’a pas fini d’être tiré : 4 lois sur la récidive en 5 ans sous Sarkozy, 4 lois sécurité avec Hollande et pas moins de 7 lois de sécurité, sans compter les restrictions liées au COVID, pendant le premier quinquennat Macron.

Et nous voici donc plus de 40 ans après, à devoir argumenter contre cette bêtise et rappeler sans cesse, comme l’a fait l’insoumis Ugo Bernalicis par exemple le 3 juin dernier sur LCP : « un tas d’études en sciences humaines montrent que le choc carcéral qui est monté et mis en avant par la droite et l’extrême droite ne fonctionne pas dans son but de faire diminuer à la fois la récidive et à la fois le passage à l’acte ». Comme il le souligne ensuite, « aux US on a incarcéré des tas de gens pour des durées extrêmement longues avec un impact nul voire négatif ».

Les personnalités politiques qui portent cette surenchère sécuritaire, et les journalistes qui les défendent, sont parfaitement conscients de tout cela.

Égalité – La république une et indivisible

L’une des grandes constances de M. Badinter est de s’être dressé contre l’antisémitisme et toutes les autres forces de racisme. Pour ne choisir que quelques exemples, il n’hésite pas par exemple à qualifier le négationniste Robert Faurisson de « faussaire de l’histoire » contre qui il gagnera par la suite son procès en 2007

En 1983, tandis qu’il est garde des Sceaux, s’ouvre le procès de Klaus Barbie. Il découvre lors de l’instruction que le « boucher de Lyon » avait signé de sa propre main l’ordre de déportation de son père Simon Badinter. Quatre ans plus tard, alors que la condamnation à perpétuité est prononcée, il déclare « trouver ça bien […] Voilà, il n’y a plus de peine de mort, c’est la vraie victoire de la civilisation ». Cela en dit long sur le niveau d’humanisme de cet homme. Et cela ramène à des dimensions ridicules les critiques qui lui étaient faites de ne « pas penser aux victimes » en abolissant la peine de mort.

Plus récemment, Robert Badinter n’a cessé de s’insurger contre la montée de l’islamophobie et de rappeler à chaque occasion qui lui était donnée que le fondement de notre République est d’être une et indivisible. Dans cette même interview de 2011, il dit à propos des français musulmans ne pas « supporter que depuis des années […] on stigmatise une population. […] Quand on fait un débat sur l’identité national avec en arrière-plan des problèmes comme celui de la burqa, quand on annonce islam et laicité […] on ne peut pas ne pas avoir le sentiment qu’on met de côté, qu’on stigmatise, qu’on pointe ceux qui sont membres de la communauté nationale. La république, […] est une et indivisible. La république ne connait que des citoyens sans aucune distinction de sexe, de race, de religion, d’opinion, d’orientation sexuelle ».

Celles et ceux qui « sèment les grains de la division », pour reprendre ses mots, le font dans le but conscient de garantir l’ordre économique actuel. Au fait de tout cela, LFI s’est toujours positionnée en opposition absolue et sur tous les fronts contre cette stratégie de division. C’est ce qu’explique par exemple Mélenchon dans cette interview sur BFMTV , « dans chaque grande crise du capitalisme, et nous sommes dans une grande crise du capitalisme, […] l’adversaire a besoin d’empêcher le peuple de se constituer comme une force politique donc il faut qu’il le fragmente, […] par la couleur de peau, par la religion. […] ça a toujours été la tactique des dominants de fragmenter le peuple ».

Notons que, si Macron dans son discours d’hommage a parlé à plusieurs reprises – et à juste titre – des combats de Badinter contre l’antisémitisme, il n’a pas évoqué une seule fois ses prises de positions contre l’islamophobie

Pour aller plus loin : « Toujours plus de prison » : comment Darmanin et Retailleau mêlent inefficacité, racisme et démagogie sécuritaire 

Justice – l’État de droit

Robert Badinter a tout fait pour défendre et faire progresser l’État de droit. Suppression de l’outil de répression politique que constituaient les tribunaux d’exceptions, abrogation de la loi anti-casseur de 1970 et de la loi sécurité et liberté de 1980…. Il est également à l’origine de la possibilité pour les citoyens de présenter un recours devant la Cour européenne des droits de l’Homme et il est à l’initiative de nombreux progrès sur les conditions de détention des prisonniers.

Au regard de cela, on ne peut que constater toute l’hypocrisie de Macron qui, dans son discours de jeudi dernier, loue en Robert Badinter « celui qui entend mettre fin à l’inhumanité dont peuvent être l’objet les prisonniers dans leurs cellules ». C’est pourtant sous son mandat que la surpopulation carcérale a atteint un record absolu en France, ce qui est notamment pointé du doigt par le Conseil de l’Europe. C’est également lui qui a nommé et gardé à son poste Dupont-Moretti en tant que garde des Sceaux alors que les faits reprochés de prise illégale d’intérêt avaient été reconnus par la Justice.

Une cérémonie pour les vivants

Depuis sa mort, et également depuis jeudi dernier, la mémoire de Robert Badinter est commémorée. C’est pour les vivants que ces cérémonies prennent tout leur sens. Qu’elle soit prise comme un encouragement de plus à porter les idées humanistes et progressistes, à l’instar de celles qui sont portées par le programme l’Avenir en commun.

Par Sofien M.

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