mercredi 9 septembre

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Ukraine : la victoire en trompe-l’œil des impérialismes de Trump et Poutine

Ukraine. L’Insoumission et le média espagnol Diario Red (Canal Red) s’associent pour proposer à leurs lecteurs des contenus sur les résistances et les luttes en cours en France, en Espagne et en Amérique du Sud. À retrouver sur tous les réseaux de l’Insoumission et de Diario Red. La Russie triomphe de l’Europe. Pourtant, la puissance […]

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Ukraine. L’Insoumission et le média espagnol Diario Red (Canal Red) s’associent pour proposer à leurs lecteurs des contenus sur les résistances et les luttes en cours en France, en Espagne et en Amérique du Sud. À retrouver sur tous les réseaux de l’Insoumission et de Diario Red.

La Russie triomphe de l’Europe. Pourtant, la puissance de l’État de Poutine – en mettant de côté les images paranoïaques de la propagande de guerre des deux camps – n’est en réalité pas si glorieuse. Les troupes manquent d’hommes au front. Malgré l’augmentation des primes financières, l’afflux de nouvelles recrues ne compense pas les pertes. Les commandants envoient au combat des sans-abri ramassés dans la rue et des blessés : des vidéos filtrées montrent des malheureux boitillant sur des béquilles vers l’attaque. L’empire manque d’équipement : drones, transports, véhicules blindés et chars. Les munitions sont acheminées vers la ligne de front et les blessés évacués à l’arrière sur des brouettes et des bicyclettes.

L’industrie ne parvient pas à répondre aux besoins du front. L’inflation officielle frôle les 10 %, mais dans les supermarchés, les prix des produits courants ont augmenté de 25 % ou plus en un an. Avec un taux directeur à 21 %, il est plus rentable de placer son argent sur un dépôt que d’investir dans de nouvelles machines. Les réserves autrefois considérées comme inépuisables – financières, stocks de matériel militaire et patience populaire – s’amenuisent. La Russie de Poutine est faible, même en considérant ses « muscles » militaires et économiques. Pourtant, elle triomphe de l’Europe, dont l’économie est dix fois plus grande et la population trois fois plus nombreuse. Notre article.

Une guerre régionale à caractéristiques mondiales

Cette guerre a de multiples dimensions. Pour l’Ukraine, c’est une lutte pour son indépendance. Pour le Kremlin, c’est une guerre pour le maintien du pouvoir et des ambitions impériales. Mais la guerre en Ukraine dépasse le destin de ce pays ; elle est un instrument dans la lutte pour le sort du monde entier. Les gouvernements occidentaux voient dans cette guerre la défense de leur monopole à décider du sort des autres : tracés des frontières, ordre politique et social, hiérarchies et distribution des profits, favorables aux pays riches.

Pour les peuples du Sud, le triomphe de cet « ordre fondé sur des règles » représente la menace d’un retour au cauchemar du « consensus de Washington », avec des traités semi-coloniaux, des dettes écrasantes, une pauvreté et une dépendance sans fin. Pour les Russes ordinaires, ces « règles » évoquent l’enfer social des années 1990, avec leur misère généralisée et un profond sentiment d’humiliation nationale. Même pour les peuples occidentaux, le triomphe de l’Occident signifie l’érosion de la démocratie et la baisse des standards sociaux, au nom de la domination militaro-politique de leurs classes dirigeantes.

Pour aller plus loin : En Russie, l’opposition libérale prise au piège de la fin du soutien des États-Unis, décidée par Trump

Une défaite de l’impérialisme occidental plus qu’une victoire de l’impérialisme russe

La situation sur le terrain s’est avérée être une moyenne entre ces différentes perceptions. La puissance impériale du Kremlin s’est révélée insuffisante pour conquérir l’Ukraine. Mais la puissance impériale de l’Occident n’a pas non plus suffi à écraser la Russie et à la contraindre à capituler. La moitié du monde, dont la Chine, n’a pas participé aux sanctions. La majorité mondiale n’était pas enthousiaste face à l’aventure de Moscou, mais ne souhaitait pas non plus aider à restaurer le monopole occidental.

En Russie, la guerre n’a jamais été populaire, mais l’alternative à la victoire de Poutine était la défaite de tous les Russes, ce qui a permis de maintenir une certaine loyauté nationale. Une vérité est apparue : la domination totale de l’Occident est désormais physiquement impossible. L’Europe et les États-Unis n’ont pas perdu parce qu’ils étaient plus faibles que la Russie, mais parce qu’ils ne peuvent plus imposer leur ordre néolibéral et leur hégémonie au monde entier. Cette leçon a été payée au prix de la mort absurde d’un demi-million de pauvres Ukrainiens et Russes.

Malgré son radicalisme apparent, Trump cherche à jouer au même jeu de domination et de coercition, en réarrangeant les pièces sur l’échiquier. Il qualifie Zelensky de « dictateur sans élections » et propose à Poutine le rôle d’allié et de partenaire junior, un épouvantail brandi contre l’Europe. Il propose aux Européens de financer les commandes du complexe militaro-industriel américain et de relocaliser leur production aux États-Unis, sans avoir leur mot à dire sur leur propre avenir. Les dirigeants du Vieux Continent peuvent désormais ressentir ce que vivent les peuples du sud, à qui l’on impose des décisions prises sans eux. Le sort de l’Ukraine rappelle ce qui arrive à ceux qui refusent d’obéir à leur maître.

Pour la majorité, rien ne change. En observant les aventures saoudiennes des Américains et des Russes, les dirigeants chinois réfléchissent à la manière dont ils deviendront la prochaine cible du « maintien de la paix » de Washington. Les gouvernements latino-américains ont refusé de participer à la croisade occidentale contre la Russie, de peur de se retrouver seuls face à l’empire nord-américain. Aujourd’hui, la Russie n’est plus l’ennemi du « monde libre », mais Trump veut récupérer le canal de Panama et ressusciter la doctrine Monroe, selon laquelle tout le continent n’est qu’une arrière-cour de Washington.

Les pays européens peuvent se ressaisir

Les classes dirigeantes européennes sont démoralisées. Elles tentent de remplacer la stratégie par une série de réflexes qui se résument à vouloir ressusciter des fantômes. Saboter l’accord Trump-Poutine au nom d’un modèle d’hégémonie déjà abandonné par son propre hégémon ? Poursuivre la militarisation pour éviter toute réforme structurelle, au prix de l’effondrement inévitable du modèle social ? C’est une politique vouée à l’échec, mais il serait naïf d’attendre des innovations de la part des architectes de la catastrophe actuelle. Très bientôt, d’autres forces prendront leur place, et elles doivent dès aujourd’hui formuler leur programme pour une paix durable.

La formule de Volodymyr Zelensky « Rien sur l’Ukraine sans l’Ukraine » prendra tout son sens que dans une perspective antiimpérialiste : rien sur le sort des peuples sans leur participation. Ce n’est pas une rhétorique vide : les principes d’une paix durable ne peuvent reposer que sur l’autodétermination des peuples.

Une proclamation claire et forte d’un tel programme de paix – en Ukraine et dans le monde entier – est la seule alternative réaliste aux deals impérialistes. Poutine a triomphé jusqu’à présent parce qu’il est apparu comme le moindre mal aux yeux de la majorité mondiale. Si une nouvelle France et une nouvelle Europe proposent aux peuples du monde des règles véritablement équitables et justes – « Rien sur la paix sans la participation des peuples. Rien sur les règles sans la participation de chacun » – elles construiront la coalition la plus puissante de la planète.

Alexey Sakhnin, Lisa Smirnova, militants de la coalition russo-ukrainienne « Le monde »

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