Présidentielle. Le dimanche 6 septembre, à Saint-Joseph, sous la halle François Mitterrand, ce sont des centaines de militants qui ont répondu présent à l’université de rentrée du parti du maire de la commune, Patrick Lebreton.
L’ensemble des responsables de l’Union des Forces Progressistes de La Réunion (coalition de partis de gauche réunionnais structurée autour de la présidente de Région Huguette Bello) se sont retrouvés tout d’abord pour faire le bilan des municipales. En effet, la coalition peut s’enorgueillir d’être passée en mars dernier de 2 à 5 municipalités contrôlées par elle, parmi lesquelles deux des plus grandes villes de l’île (Saint-Paul et Le Tampon), et d’une à deux intercommunalités sous gouvernance « progressiste ».
Mais ils s’étaient aussi réunis pour parler projet à long terme pour l’île et affirmer un positionnement à l’approche des présidentielles. Éclairage en trois interventions à la tribune du meeting de clôture. Notre article.
Alexis Chaussalet : l’appel à la révolution citoyenne et à la VIe République
L’invité spécial, Alexis Chaussalet, chaudement acclamé à l’appel de son nom à la tribune, nouveau maire du Tampon fort d’une performance électorale inédite, est celui qui a été le plus net quant à ses intentions.
Après avoir rappelé la dette que la gauche réunionnaise doit, particulièrement au Tampon, à l’engagement et à la résilience des militants communistes qui ont tenu le flambeau du combat pendant des années sur une scène politique réunionnaise encore particulièrement violente jusqu’au début des années 80, après avoir salué la vision stratégique, la droiture de conviction et la capacité à se renouveler de l’actuelle présidente de Région, et souligné l’importance du rassemblement des forces de la gauche dans les séquences électorales déterminantes, est venu le moment d’aborder les échéances à venir.
Fraîchement revenu des Amfis où il a participé à l’animation d’une conférence et a tissé des liens avec d’autres maires insoumis, et sans citer explicitement le nom de Jean-Luc Mélenchon, le maire du Tampon ironise : « Je ne vais pas vous dire pour qui voter, vous êtes assez grands, mais ceux qui connaissent l’historique de mon engagement politique savent très bien de quel côté mon cœur penche, quel bulletin je vais glisser dans l’urne et quel parrainage je vais donner ».
Pour aller plus loin : Municipales 2026 à La Réunion – Le candidat Alexis Chaussalet (LFI) prépare la révolution citoyenne à la mairie du Tampon
Faisant le bilan d’un mandat Macron marqué par le développement des inégalités, une montée sans précédent de l’extrême droite à chaque élection et l’usage abusif de tous les penchants autoritaires de la Ve République (49-3, ordonnances, contournement des contre-pouvoirs et corps intermédiaires), Alexis Chaussalet en appelle, face au coup d’État permanent, à la démocratie permanente et à la révolution citoyenne : « Disons oui au référendum d’initiative citoyenne, oui au mandat révocable, mais surtout débarrassons-nous de cette Ve République monarchique et vive la VIe République ! »
Huguette Bello : « Notre choix sera réunionnais »
L’invitée d’honneur, Huguette Bello, a tracé la ligne pour les mois à venir : « Notre choix sera réunionnais. » Déjà évoqué lors du point presse de rentrée de la coalition, le positionnement de la présidente est clair : tout candidat souhaitant prétendre au soutien de la coalition devra intégrer dans son programme la plate-forme de propositions programmatiques de celle-ci.
Souveraineté alimentaire et énergétique, formation locale et retour des Réunionnais partis se former en Hexagone, place de La Réunion dans l’océan Indien, déploiement d’une politique maritime ambitieuse, renforcement du service public, et soutien au projet RéunionExpress (projet de développement d’un transport ferroviaire de voyageurs à l’échelle de l’île), la présidente de Région a longuement détaillé dans son intervention les attentes sur ces enjeux majeurs et précise : « Nous regarderons ce que chaque candidature dira de La Réunion. »
Déjà en 2022, Patrick Lebreton et Huguette Bello apportaient leur parrainage à Jean-Luc Mélenchon et Karine Lebon, députée du PLR, rejoignait le parlement de l’Union Populaire. En 2024, la coalition avait fait bloc aux élections européennes derrière la liste « Aubry-Omarjee » qui a atteint les 20 % localement, le 4ᵉ meilleur score du mouvement dans un département. Et depuis 2017, Jean-Hugues Ratenon et sa formation Rézistance Égalité 974 font entendre la voix de La Réunion au sein du groupe LFI à l’Assemblée nationale.
Dans ce contexte de dialogue constant et exigeant, le programme de La France insoumise qui sortira dans sa version actualisée en novembre ne manquera probablement pas de répondre aux prescriptions réunionnaises.
Patrick Lebreton : « Notre candidat, c’est le programme ! »
L’hôte du jour, Patrick Lebreton, a emboîté le pas de la présidente de Région : « Notre candidat, c’est le programme ! »
Le maire de Saint-Joseph et fondateur du parti hôte Progrès974, qui avait opéré une rupture à gauche avec le Parti socialiste de François Hollande suite à la loi Travail, à ses yeux « première pierre du macronisme », a tenu à évoquer des impératifs programmatiques et montre son intérêt pour les propositions insoumises.
« Notre candidat sera celui qui s’engagera à soutenir le projet RéunionExpress ! », projet qui participera à faire face à la politique du tout-automobile et à développer le territoire de façon équilibrée.
« Le candidat que nous soutiendrons devra sauvegarder l’octroi de mer, que Madame Le Pen veut supprimer », cette taxation particulière qui touche les produits importés sur l’île abonde de façon importante au budget des collectivités locales, leur permettant de bénéficier directement des effets de la consommation populaire et de les réinjecter dans le développement du territoire.
« Le candidat que nous soutiendrons devra s’engager à rétablir l’ISF » pour remettre de la justice fiscale.
Le candidat devra également apporter l’assurance que les outre-mers ne seront pas considérés comme des sous-territoires. En 10 ans de mandat Macron il y aura eu 7 ministres et 2 intérims, dans ce contexte « comment on travaille un budget ? Comment on suit les dossiers ? Quelles politiques sur le long terme ? »
En matière d’ambition territoriale et environnementale, Patrick Lebreton souligne son intérêt pour la proposition sur les écorégions formulée par Jean-Luc Mélenchon : « Certains lui trouvent un regard dur derrière ses lunettes, moi je ne m’intéresse pas à ses lunettes mais à sa vision. » Pour le fondateur d’un parti qui revendique la prise en compte des spécificités territoriales de chaque coin de l’île, faire des régions le fer de lance de la planification écologique tout en prenant en compte les réalités géographiques et hydrographiques est une proposition qui va dans le bon sens. L’adhésion est la même concernant l’idée de conscription écologique, pour bâtir une véritable cohésion nationale.
Le maire de Saint-Joseph conclut sur les propos suivants en parlant de l’Union des Forces Progressistes : « On ne jouera pas contre notre camp. On travaille pour La Réunion, celle qu’on laissera à nos enfants demain, on travaille pour qu’en 2027 les Réunionnaises et les Réunionnais soient les gagnants ! »