lundi 21 septembre

13:13

« La catastrophe aux urgences » – Le billet d’humeur de Christophe Prudhomme

Les services des urgences en tension permanente ne sont plus en capacité de gérer des pics prévisibles d’augmentation transitoire de leur activité. Nous connaissons cela chaque hiver lors des épidémies de grippe et, cet été, la situation a empiré avec les épisodes de canicule. Une étude de Samu-Urgences de France, représentation institutionnelle de cette activité […]

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Les services des urgences en tension permanente ne sont plus en capacité de gérer des pics prévisibles d’augmentation transitoire de leur activité. Nous connaissons cela chaque hiver lors des épidémies de grippe et, cet été, la situation a empiré avec les épisodes de canicule.

Une étude de Samu-Urgences de France, représentation institutionnelle de cette activité hospitalière qui a été présidée par l’éphémère ministre de la Santé François Braun, vient de présenter il y a quelques jours un bilan catastrophique. Le manque de capacité d’hospitalisation, conséquence des politiques de fermetures de lits initiées il y a plus de 20 ans et aggravées par Emmanuel Macron, s’est traduit par une moyenne de 15 patients restant sur des brancards pendant 48 h dans près de la moitié des services d’urgences. Et dans un tiers des cas, cette durée dépasse 3 jours. Le billet d’humeur de Christophe Prudhomme.

21 % de services d’urgences ont connu, je cite : « au moins un décès d’un patient alors qu’il était pris en charge ou en attente sur un brancard »

Un autre chiffre plus inquiétant est que 21 % de services ont connu, je cite : « au moins un décès d’un patient alors qu’il était pris en charge ou en attente sur un brancard ». Il est dit que l’enquête ne permet pas d’en déterminer les causes, ni d’établir un lien de causalité avec la durée d’attente, ni de mesurer une éventuelle surmortalité.

Mensonge, car la littérature scientifique a déjà largement démontré dans plusieurs publications que la mortalité augmente avec le temps passé sur un brancard, plus particulièrement pour les patients fragiles et âgés. Une étude française datant de 2023 cite même une augmentation de 43 % au bout d’une nuit sur un brancard. Cette année la situation a sûrement été pire du fait de locaux inadaptés aux chaleurs extrêmes.

Pour aller plus loin : « Fermer encore des hôpitaux ? » – Le billet d’humeur de Christophe Prudhomme

Ce qui est scandaleux, c’est que les différents ministres de la Santé depuis la première canicule de 2003 sont venus vanter dans les médias des mesures permettant soi-disant d’améliorer la situation. De la mise en place de gestionnaires de lits au fameux service d’accès aux soins demandant aux patients d’appeler le 15 avant de se rendre aux urgences, le constat d’inefficacité est implacable. Il s’agit de mesures initiées par des gestionnaires, préoccupés uniquement de l’impératif financier de réduction des dépenses.

Les besoins sont connus depuis longtemps. La première priorité est une réorganisation de la médecine de ville avec des moyens donnés aux généralistes pour qu’ils reprennent les visites à domicile et les gardes. La deuxième priorité est d’arrêter de fermer des lits et des services d’urgence et surtout d’embaucher du personnel en nombre suffisant. Il faut stopper le fonctionnement à flux tendu de l’hôpital et accepter de disposer d’une marge de manœuvre qui impose un taux d’occupation moyen des lits de 80 % au maximum pour pouvoir gérer les variations d’activité connues et prévisibles.

Pour conclure, je m’adresse solennellement aux députés qui vont voter le budget de la Sécu. Si vous acceptez le même budget d’austérité que ces dernières années, qui ne permet même pas de maintenir l’existant dans les hôpitaux, vous aurez la responsabilité d’une augmentation des décès sur des brancards aux urgences.

Dr Christophe Prudhomme

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