« Canicule : gouverner, c’est prévoir ! » – Le billet d’humeur de Christophe Prudhomme

Au moins 1 000 personnes ont été tuées à cause de la canicule et de l’impréparation criminelle de notre pays pour l’affronter. À l’heure où nous écrivons ces lignes, les températures ont commencé (un peu) à redescendre dans le pays. Malheureusement, le pire reste à venir. Logements, hôpitaux, transports, EHPAD, écoles… Cet épisode caniculaire meurtrier […]

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Au moins 1 000 personnes ont été tuées à cause de la canicule et de l’impréparation criminelle de notre pays pour l’affronter. À l’heure où nous écrivons ces lignes, les températures ont commencé (un peu) à redescendre dans le pays. Malheureusement, le pire reste à venir. Logements, hôpitaux, transports, EHPAD, écoles… Cet épisode caniculaire meurtrier a douloureusement révélé le retard de la France à la fois dans la lutte et l’adaptation au dérèglement climatique.

« Sans changement de cap rapide, il sera bientôt trop tard pour éviter des catastrophes. La solution est simple et il va falloir avoir le courage de la mettre en œuvre : il s’agit d’aller chercher l’argent là où il est, c’est-à-dire chez les milliardaires, très souvent climato-sceptiques », souligne le docteur Christophe Prudhomme dans nos colonnes. Son billet d’humeur de la semaine.

« Depuis la canicule de 2003, 23 années ont passé. Une journée dite de solidarité pour financer l’autonomie des personnes âgées et handicapées a été imposée. À quoi a servi cet argent ? » – Christophe Prudhomme

Alors que la ministre de la Santé, il y a une semaine, expliquait que nous étions prêts en cas d’épisode de canicule, elle a été obligée de rectifier rapidement son discours. Une fois la situation prévisible installée, tous ses collègues du gouvernement se sont alors précipités dans les médias pour vanter leurs actions. Puis est venue la ministre de la Transition écologique qui a provoqué un faux débat autour des climatiseurs. Nous pouvons nous demander si cette sortie n’a pas été programmée pour faire le buzz et éviter ainsi de mettre sur la table la vraie question qui est celle de la transition écologique.

Car, dans l’urgence, faute de mieux, les climatiseurs et tous les petits moyens disponibles pour diminuer la température dans des locaux inadaptés sont indispensables. Alors fermons le banc et posons les vraies questions.

Depuis la canicule de 2003, 23 ans ont passé. Une journée dite de solidarité pour financer l’autonomie des personnes âgées et handicapées a été imposée. À quoi a servi cet argent ? Car la très grande majorité des personnes âgées et handicapées restent à domicile et sont très nombreuses à vivre dans des bouilloires thermiques. Si des salles réfrigérées ont été installées dans les EHPAD, rien n’a été fait pour les aider à adapter leurs logements. Comment parler alors d’autonomie et de maintien à domicile ?

Quant aux hôpitaux, la situation est catastrophique. Après la crise COVID, les beaux parleurs sont venus nous vanter les milliards d’investissement du Ségur de la santé. Mais, face aux retards accumulés depuis trop longtemps, ces sommes ont à peine permis de maintenir en état de fonctionnement l’existant. Pire encore, les nouvelles constructions ne prennent pas en compte la réalité des contraintes climatiques, comme à Nantes où le nouvel hôpital sera en zone inondable avec seulement 50 % de locaux climatisés ou rafraîchis.

Pour aller plus loin : Piscine gratuite, refuges fraîcheur : les maires insoumis agissent concrètement face à la canicule

Le constat est sans appel : les gouvernements qui se sont succédé depuis plus de 20 ans n’ont pas fait une priorité de l’adaptation aux changements climatiques. Nous savons ce qu’il faut faire mais cela nécessite un véritable plan incluant une programmation dans le temps, des moyens organisationnels et surtout financiers. Or les sommes en jeu sont très importantes et nécessitent des choix clairs. Il n’est plus possible de continuer d’offrir chaque année plus de 200 milliards d’aides aux entreprises et d’augmenter encore les budgets militaires au détriment de ceux des services publics, dont les deux principaux, celui de la santé et de l’éducation, sont à l’agonie.

Sans changement de cap rapide, il sera bientôt trop tard pour éviter des catastrophes. La solution est simple et il va falloir avoir le courage de la mettre en œuvre : il s’agit d’aller chercher l’argent là où il est, c’est-à-dire chez les milliardaires, très souvent climato-sceptiques, dont la richesse est passée entre 2003 et aujourd’hui de 1 400 milliards à 16 100 milliards de dollars en 2025, soit une multiplication par près de 12 !

Dr Christophe Prudhomme

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