Cette année encore, les militant·es préparent leur marche des fiertés locale dans des dizaines de villes en France.
Partout dans le monde, les droits LGBTI reculent. Au Sénégal, une loi punissant l’homosexualité de 5 à 10 ans de prison vient d’être votée. Aux États-Unis d’Amérique, Trump révoque des textes promouvant les droits LGBTI et attise la haine en déclarant qu’il n’existe « que deux genres » pour stigmatiser les personnes trans et intersexes. Même en France, le climat devient de plus en plus hostile à l’égard de ces minorités. Vincent Bolloré aurait déclaré ne vouloir « ni syndicaliste, ni p*dé » dans les films qu’il finance.
Pas plus tard que dans la nuit du 30 mai au 1er juin à Metz, Noahm, 19 ans, est déclaré en mort cérébrale avant de succomber à ses blessures suite au lynchage de plusieurs hommes, sans que le parquet ne retienne pour l’instant le motif homophobe malgré les insultes « sales p*dales, sales p*dés ». À quelques mois de l’élection présidentielle française, après un règne macroniste indifférent aux violences qui frappent les minorités, et dans une montée en puissance de l’internationale réactionnaire, ce mois des fiertés oblige à une gravité particulière. D’abord et pour comprendre à quel point la période est décisive, un peu d’histoire s’impose. Notre article.
« La première pride est une émeute »
Souvenons-nous toujours qu’au même titre que tous les mouvements d’émancipation, le combat politique des LGBTI nait d’une insurrection : Stonewall. Après une énième descente de police violente dans un des rares bars gay du New-York à la fin des années 1960, inverti•es, queers, freaks et leurs allié•es se soulevaient pour réclamer leur droit à vivre.
S’il fallait un livre entier pour retracer la longue histoire de l’homophobie institutionnelle, depuis cet événement charnière de 1969 jusqu’à aujourd’hui, le mois des fiertés doit puiser sa force dans les tragédies et les violences qu’essuient les LGBTI depuis toujours.
En France comme ailleurs, la communauté a dû arracher sa juste place. Exposée à la persécution d’État, puis l’épidémie meurtrière de SIDA et à la violence LGBTIphobe sous toutes ses formes, elle n’a eu d’autre choix que de s’organiser par elle-même. En 1983, l’homosexualité est dépénalisée par Robert Badinter du fait de la désobéissance civile, de l’action de rue, de la radicalité. « Cette première injustice a été réparée par la lutte des homosexuels eux-mêmes, les militants du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire, de l’association Choisir, des groupes homosexuels de libération… » clamait le député LFI et militant LGBTI Andy Kerbrat à la tribune de l’Assemblée nationale, pendant l’étude du texte portant reconnaissance de l’homophobie d’État entre 1942 et 1982.
« Une lutte traduite dans la loi et portée par Robert Badinter et par Gisèle Halimi : il aura fallu 40 ans pour abolir le délit d’homosexualité, et 42 pour en reconnaitre la faute morale et la nécessaire réparation et réhabilitation de ces hommes et femmes dont les vies et les désirs furent brisés et meurtris » poursuit-il. L’adoption définitive n’est toujours pas entérinée, faute de volonté politique du Gouvernement.
Pour aller plus loin : L’UE refuse d’interdire les « thérapies » de conversion : quelques rappels sur ces pratiques de torture contre les personnes LGBTQIA+
Sous Macron, dix années de coup de com’ permanent
En près d’une décennie de Macronisme, il n’y a eu aucune victoire significative. Au contraire, il compte dans son exécutif des membres de la « Manif pour tous », une ministre, Aurore Bergé, sensée notamment protéger nos concitoyen·nes des LGBTIphobies, qui invite les transphobes Dora Moutot et Marguerite Stern dans son Ministère.
Du coup, on n’attend rien, mais on est quand même déçu·es. Deux rapports viennent accabler le pouvoir en place : celui de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme, et celui de SOS Homophobie. Le premier est une évaluation d’un plan de lutte gouvernemental contre les LGBTIphobies, et le deuxième est un État des lieux annuel des LGBTIphobies en France.
On se souvient de la mort du jeune Lucas, 13 ans, harcelé à mort en 2023 en raison de son orientation sexuelle. Par la voix d’Isabelle Rome, éphémère ministre à l’Égalité de Macron, le gouvernement avait juré que la honte changerait de camp grâce à son « plan » : 3 ans après, seuls 20 % des mesures dudit plan ont été mises en place, et la CNCDH parle d’un plan sans pilotage interministériel et d’effets d’annonce dans une pure stratégie de com’.
Rien pour faciliter l’auto-assignation de genre des personnes trans, rien pour lutter contre les mutilations médicales sur les personnes intersexes, rien de significatif sur le harcèlement scolaire et l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), sous le feu nourri de l’extrême droite complotiste, et pourtant condition sine qua non d’une baisse des comportements sexistes et LGBTIphobes dès l’entrée à l’école.
« Des discriminations systémiques persistantes »
Dans son dernier rapport, SOS Homophobie, à son tour, déplore une année de plus des « discriminations systémiques » persistantes. Au-delà des retentissements des guet-apens homophobes et autres déchaînements de violence physique débridée, ces discriminations se manifestent dans tous les aspects de la vie.
Aides déplore à ses côtés une « haine omniprésente, des réseaux sociaux à la sphère familiale ». SOS Homophobie dissèque : « les violences et les discriminations sont (…) présentes au quotidien, là où on tente de ne pas les voir, dans la famille, le voisinage, les lieux publics, au travail, dans les médias… Elles sont partout et prennent mille visages – souvent les plus retors ». 42 % de ces agissements se font dans l’espace public, un quart est imputable aux voisin·es, et 15 % aux membres de la famille.
Dans tous les esprits, et dans l’éditorial de la Présidente : la disparition de Caroline Grandjean-Paccoud, cette enseignante qui s’est suicidée le 1ᵉʳ septembre 2025 « Les médias, le gouvernement et l’opinion publique ne nomment pas la lesbophobie qui a caractérisé ce harcèlement. Ce qu’on ne nomme pas n’existe pas. Il faut nommer la lesbophobie. »
Pour aller plus loin : Dans le Cantal, une directrice d’école victime de lesbophobie se suicide
L’émergence d’homo-nationalisme rempant
Voilà pourquoi le combat pour les droits LGBTI est certes un combat pour le droit d’aimer qui on veut, qui passe par l’imaginaire et la fête, mais reste une lutte résolument matérialiste, ancrée dans le réel, tournée vers une citadelle cis- et hétéro-normée qui voudrait nous voir relégués à la clandestinité, la vie privée, ou carrément nous voir disparaître.
Et pour cause, méfiance. Drapés dans une apparente inclusivité, certains essaient de détourner et instrumentaliser nos luttes. Aujourd’hui, à l’extrême-droite, le plus grand danger qui existe est encore motivé par le seul carburant des prêcheurs de haine habituels : le poison de la division du peuple.
Dans la droite ligne d’un choc de civilisations, dans cette cristallisation du « eux », barbare, versus le « nous », civilisateur, des réseaux redoutablement organisés, méthodiques, financés tentent de faire porter le chapeau des LGBTIphobies aux immigrés, aux musulmans, aux insoumis. Comprendre « la mise à l’agenda médiatique de l’homonationalisme », selon le militant insoumis Cassandre auditionné par le groupe thématique LGBTI de la France insoumise le 9 décembre 2025, c’est aussi « poser la question suivante : comment faire coïncider deux items à première vue incompatibles pour servir un narratif dominant ? » Pour le fémonationalisme comme pour l’homonationalisme, le discours libéral des lumières a été comme « détourné, transformant les luttes émancipatrices en valeurs , ensuite instrumentalisées comme exaltation de la supériorité occidentale. »
Exemple archétypal : Eros, créant la polémique autour de la réédition d’un ouvrage théologique vieux de plusieurs siècles vendu à la Fnac, présente l’homophobie comme importée, subventionnée par le Pass Culture et attribuée à des populations musulmanes. Ici, la dimension transversale de l’homophobie dans la société française est soigneusement oubliée, et il n’y a plus qu’à déverser une haine antimusulmans dans les médias du groupe Bolloré, le tout retweeté par des députés du Rassemblement national.
Contre l’homonationalisme, l’antidote du matérialisme queer
La meilleure leçon à donner aux agents de l’exclusion, c’est leur expurgation de nos espaces. Précisément, Avec 30 nervis à tout casser sur la dernière Pride parisienne, le collectif homonationaliste « Eros » s’est fait purement et simplement chasser du cortège en tant qu’il distillait la haine xénophobe. Exalter l’intersectionnalité des luttes de l’égalité, des quartiers, des racisé·es, des LGBTI, des anti-validistes, et de toutes les autres est la seule réponse possible. C’est la raison pour laquelle il faut se rendre massivement à la Pride des banlieues qui se tient ce samedi 6 juin, à partir de 13 heures à La Courneuve.
« Dans le contexte de l’élection présidentielle, notre présence aux marches des fiertés est d’autant plus nécessaire pour revendiquer la fin de toutes formes de discriminations, l’accès effectifs à nos droits, et pour en conquérir de nouveaux ! » s’enthousiasme Constant Jeanson, co-animateur du groupe thématique LGBTI et droits nouveaux de la France insoumise, en pleine préparation de la pride parisienne.
En effet, ce mois des fiertés est le rappel qu’un droit conquis est fragile, et n’est jamais acquis pour toujours. Aujourd’hui, nos militants, nos centres LGBTI, nos existences sont sous menace permanente. On se souvient du compagnon du député LFI Pierre-Yves Cadalen, victime d’une agression physique à caractère homophobe l’an dernier, ou des tags sur le domicile et menaces de mort quotidiennes dont est victime le député LFI Andy Kerbrat. Comment ne pas évoquer, également, la région Île-de-France, qui avait feint l’émoi d’une affiche montrant symboliquement un fasciste chahuté par des personnes LGBTI sur l’affiche de l’Inter-LGBT, permettant à Valérie Pécresse de déchaîner la haine de l’extrême droite et de justifier son austérité budgétaire.
En toute hypothèse, l’anglicisme qui résume l’inaction du camp libéral est désormais connu : pinkwashing. Jusqu’à Gaza, les soldats de l’armée génocidaire de Benjamin Netanyahou posent avec des drapeaux arc-en-ciel sur les ruines des habitations palestiniennes. Lorsqu’elle est au service d’un narratif dominant, qu’elle revêt un intérêt marketing et qu’elle se tait, la communauté LGBTI est tolérée. Lorsqu’elle s’insurge contre les injustices qui la frappent, elle est discréditée, flétrie, rabaissée.
Voilà pourquoi la respectabilité auprès des forces de l’Empire est vaine, et pourquoi il faut dé-consensualiser la cause face à une extrême-droite qui n’a jamais été et ne sera jamais notre alliée. Doit-on rappeler que Marine Le Pen comptait parmi les mesures inscrites sur ses tracts la lutte « contre le virus sidaïque » ? Doit-on rappeler que Jordan Bardella s’est abstenu au Parlement Européen sur l’interdiction des thérapies de conversion ? Doit-on rappeler que les enquêtes d’opinion de l’IFOP, d’Ipsos et de la CNCDH attestent que les attitudes les moins favorables aux droits LGBTI se concentrent parmi les électeurs de droite conservatrice et d’extrême droite ?
La seule posture qui vaille est la posture conquérante et revendicative. Il nous faut réclamer la fin des mutilations chirurgicales sur les personnes intersexes à la naissance, le droit à l’auto-assignation de genre pour les personnes trans, des voies sûres et passeports humanitaires pour les exilé·es LGBTI, la fin de la génération inutile des formulaires administratifs, un financement massif et pérenne des politiques de mise à l’abri des personnes en ruptures familiales, un registre national des victimes d’overdoses liées au chemsex… Incarnons plus que jamais l’insoumission dans nos luttes car nos identités, nos existences, nos fiertés sont révolutionnaires.
Portons-la dans les rues de Paris le samedi 27 juin, et partout dans le pays : Ségolène Amiot, députée LFI et militante LGBTI, organise d’ailleurs un « pride tour » pour accompagner ces événements aux quatre coins de la France. Puisque l’invisibilité, l’indifférence, le silence, c’est la mort, à semblables, nos adelphes et nos allié·es : rejoignez vos camarades, parents, enfants, sentez-vous des millions, renforcez les cortèges, puis faites le choix de la France insoumise en 2027 !
Par Tom Bernard