Alors qu’une pétition signée par plus d’un million de citoyen·es le demandait, la Commission européenne n’a pas interdit les « thérapies » de conversion. Le 13 mai 2026, prétextant ne pas avoir les compétences légales pour imposer cette décision, la commission s’en tient à recommander aux États membres de le faire.
Un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme définit ainsi les « thérapies de conversion » : « des pratiques de nature très diverse, qui se fondent toutes sur la croyance selon laquelle l’orientation sexuelle et l’identité de genre d’une personne peuvent et devraient être changées. Ces pratiques visent à transformer (ou le prétendent) une personne gay, lesbienne ou bisexuelle en une personne hétérosexuelle, et une personne trans ou de genre variant en une personne cisgenre ».
Aussi appelées thérapies de réorientation sexuelle, ces pratiques constituent de violentes atteintes aux droits humains. Elles prennent diverses formes, dont certaines clandestines : suivis psychiatriques, exorcisme, protocoles médicamenteux, hypnoses, « stages de guérison », électrochocs. Un rapport au Conseil des droits de l’homme indique même que ces « thérapies » « peuvent être assimilées à des actes de torture ». Notre article.
Les thérapies de conversion, une activité lucrative
La pression pour se conformer à des normes hétérosexuelles incite des familles à payer de fortes sommes pour de pseudos traitements. En 2020, le Groupe indépendant d’experts de médecine légale estime que ces « thérapies de conversion » constituent une forme de « tromperie, de publicité mensongère et d’escroquerie ».
La Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), dans un rapport de 2021 sur les liens entre ces pratiques et les dérives sectaires, indique aussi qu’il existe un véritable « marché » de la conversion. Séminaires, retraites, livres, programmes en ligne, la recherche de la suppression de l’identité lesbienne ou gay devient une entreprise rentable. Les tarifs exercés révèlent, selon la Miviludes « une exploitation commerciale organisée de la souffrance d’autrui :
- Aux États-Unis, le coût d’une seule séance de « thérapie » peut aller jusqu’à 26 000 dollars ;
- En Europe, les prix semblent tourner autour de 500 euros pour un « accompagnement » par la prière ».
Les cibles des « thérapies de conversion » sont essentiellement des personnes jeunes. Au niveau mondial, 4 personnes sur 5 subissant de telles pratiques sont âgées de 24 ans ou moins, dont la moitié a moins de 18 ans.
Ces pratiques, qui reposent sur le principe médical erroné que les personnes LGBTQIA+ et de genre variant sont malades, créent souffrances et traumatismes. Comme le soulignent les conclusions de la mission à laquelle participe Bastien Lachaud (député LFI de Seine-Saint-Denis) en 2020, les personnes qui subissent ces « thérapies » ont des séquelles psychologiques, voire physiques, importantes.
Clémence Guetté rappelle que « 1/3 des personnes ayant subi ces pratiques ont eu des pensées suicidaires ou ont fait des tentatives de suicide ». Elle conclut : « l’extrême droite est l’ennemi mortel des personnes gays, lesbiennes, bi et trans. Le combat continue et nous ne les lâcherons pas ».
Pour aller plus loin : « C’est une victoire mais continuez à signer ! » – La pétition contre la torture des personnes LGBTQIA+ dépasse le million
LR et RN votent contre ou s’abstiennent
En France, le 31 janvier 2022, est promulguée la loi interdisant ces « thérapies ». Ce texte crée, dans le code pénal, une infraction spécifique qui punit de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende « les pratiques, les comportements ou les propos répétés visant à modifier ou à réprimer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, vraie ou supposée, d’une personne et ayant pour effet une altération de sa santé physique ou mentale ». Au Sénat, 28 voix s’y opposent (305 pour), venues du groupe Les Républicains, dont Bruno Retailleau.
Il convient de rappeler les autres votes de Bruno Retailleau : contre le délit d’entrave à l’IVG, contre l’inscription de celle-ci dans la Constitution, contre l’ouverture de la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes. Ces positions n’ont pas empêché que Bruno Retailleau, également opposé au mariage pour tous, ait dans son portefeuille de ministre de l’Intérieur en 2024 « la lutte contre les discriminations en raison des orientations sexuelles et des identités de genre » !
Au niveau européen, le RN s’est abstenu lors du vote de mai 2026. L’insoumise Manon Aubry dénonce l’abstention du RN : « Quand Jordan Bardella a l’opportunité d’interdire les thérapies de conversion contre les personnes LGBT + en Europe, il préfère s’abstenir. Le Rassemblement national est un parti homophobe ». À rebours des positions réactionnaires de la droite et de l’extrême droite, pour 2027 la France insoumise prévoit de renforcer la protection des personnes LGBT+ par un plan d’urgence contre les violences, des formations obligatoires pour les forces de l’ordre et des campagnes de sensibilisation dès l’école.
Par Sandrine Cheikh