LFI. Depuis le 9 avril, plusieurs groupes d’action insoumis du Puy-de-Dôme ont mis leurs forces en commun pour sillonner le sud du département. 15 étapes en 1 mois et demi pour aller à la rencontre des habitant·es de cette circonscription rurale où les groupes d’action se font rares. Trois objectifs : faire signer la pétition pour le blocage des prix des carburants, s’organiser pour lutter contre les fermetures de classe et construire une dynamique insoumise pour 2027. Bilan des premières étapes. Reportage.
« Je suis infirmière et là ça devient vraiment compliqué […] Bientôt, il faudra que je fasse le choix de refuser certains patients parce qu’ils sont trop loin ! »
Au marché de Vic-le-Comte, commune de 5 000 habitants, les passants sont curieux et se rapprochent du stand : « Moi je suis infirmière et là ça devient vraiment compliqué. Je suis dans une zone où je peux faire jusqu’à 200 km par jour. Bientôt, il faudra que je fasse le choix de refuser certains patients parce qu’ils sont trop loin. Le premier hôpital est à 50 km, ils vont faire comment ceux qui peuvent pas se déplacer si je ne viens pas ? », nous explique Caroline.
Sylvie renchérit : « Je suis en pleine séparation. J’adore ma maison ici mais avec l’augmentation des prix, je n’ai plus les moyens. Avec mes enfants, on est en train de regarder pour se rapprocher de la ville (Clermont-Ferrand) pour limiter les frais, surtout de déplacement. C’est un crève-cœur, les enfants ont grandi ici et tous mes amis sont là mais toute seule je vais plus pouvoir assumer. »
Sa fille, en seconde dans un lycée privé clermontois, prend la parole : « Je prends le car de la région pour aller au lycée le matin mais c’est pas toujours très pratique parce qu’il y en a pas beaucoup et des fois j’attends plusieurs heures le soir pour rentrer ». Je lui demande comment ça se passe à l’école, déformation professionnelle oblige – je suis moi-même enseignante – : « Ça va mais vous savez on est 37 dans ma classe. Alors ça bronche pas. Y’a un grand silence tout le temps, on écoute les profs mais on ose pas trop participer. »
Pour aller plus loin : Le Rassemblement national contre le blocage des prix : protéger Total plutôt que les Français

À Billom, le lendemain, le marché ne compte que quelques étals, il pleut, l’accueil est plus dur. Jean-Charles s’arrête au stand, regarde la pétition, hésite à signer : « Moi je veux bien signer mais je suis pour le fait qu’on n’utilise pas la voiture. Je fais tout à pied dans le village, j’ai pas besoin de bagnole. Mais bon y’a pas de train qui passe et qu’un seul car par jour, alors je comprends bien que pour ceux qui bossent… Bon je signe, mais je suis pas pour la voiture hein ! »
Au Cendre, sur le stand à côté du nôtre, tout le monde salue le commerçant qui vend des systèmes d’alarmes sécurisés. Quand il vient signer la pétition, je l’interroge sur sa popularité. « Mais c’est parce qu’avant c’est moi qui tenais la boulangerie là-bas. Maintenant elle a fermé parce que j’arrivais pas à me sortir un vrai salaire. Y’avait trop de charges. L’électricité, le chauffage, les travaux de mises aux normes…
Il poursuit : « Maintenant je suis employé pour Verisure, c’est du taff aussi parce que ça fonctionne au nombre d’alarmes que je vends mais au moins je suis garanti d’avoir un salaire à la fin du mois ». Je lui demande si son métier ne lui manque pas : « J’ai un CAP boulanger-pâtissier alors bien sûr que ça me manque ! Mais bon je vois encore mes anciens clients alors ça va. »


« Le problème, c’est pas que le prix, c’est les causes »
À Sauxillanges, 1000 habitants, il y a foule sur le marché et on se presse sur le stand. Il n’y a plus de groupe d’action insoumis ici mais les militants des villes et villages alentour sont venus en nombre pour tenir la caravane. Plusieurs dames nous interpellent : « Boyard, il a raison de défendre les Free Parties, maintenant ils veulent même nous interdire de faire la fête ! »
Alain s’arrête longuement : « Le problème c’est pas que le prix, c’est les causes. C’est le fou de l’autre côté de l’océan qui tape sur tout le monde et qui en a rien à faire que les civils crèvent ». Il repart avec quelques tracts LFI demandant un cessez-le-feu au Moyen-Orient et fournit son contact aux caravaniers. « Si vous remontez un groupe insoumis ici, j’en suis ! »
Petit tour des stands du marché. Vendeurs de vêtements, maraîchers, vendeurs de miel, boucher. Ils signent tous la pétition.
« Trop c’est trop ! Moi je passe mes semaines à aller d’un marché à un autre pour vendre mon miel. Déjà que ça rapporte pas gros alors maintenant la moitié de ce que je vends ça passe dans mes frais d’essence. Quand on sait, que comme d’hab, c’est les grosses entreprises qui font les bénéfices, ça me dégoûte. C’est sur leur dos qu’ils font leur fric ! Et puis Macron et son prêt pour les TPE. Non mais il sait que les prêts ça doit se rembourser ? Ça va nous mettre encore plus en difficulté ! »
En 3 heures, 95 signatures récoltées.

« On voit personne d’autre que vous », confient les personnes rencontrées par les militants LFI
Lundi de rentrée, devant l’école d’Authezat-La-Sauvetat. Là, le verdict est tombé avant les vacances : une classe en moins. Les parents et les enseignants s’organisent. « On est déjà une toute petite école, s’ils ferment une classe, on aura une de nos 4 maîtresses qui risque de partir, après 23 ans d’école ! Et puis on sait bien comment ça fait, d’abord ils ferment une classe, puis une deuxième et à la fin y’a plus d’école. Et si y’a plus d’école alors y’aura plus de famille et y’aura plus de village. Déjà qu’on a même plus de maire parce que personne voulait y aller… », nous explique Amandine, jeune maman et habitante du village depuis peu.
On nous remercie d’être venus : « On voit personne d’autre que vous de toute façon, c’est sympa ce concept de Caravane Populaire ! » Sylvain regarde la carte des prochaines étapes : « Ah oui il vous en reste beaucoup quand même ! Au moins 10 ! »
Par Juliette Lanos