Depuis 2005, la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) s’est imposée comme l’une des stratégies non violentes les plus structurées du mouvement de solidarité avec le peuple palestinien. Lancée par plus de 170 organisations de la société civile palestinienne, elle repose sur un principe simple : exercer une pression économique, institutionnelle et diplomatique sur Israël tant que le droit international ne sera pas respecté par ses gouvernements.
Longtemps caricaturée, parfois criminalisée en France, la campagne BDS a pourtant démontré une chose essentielle : elle produit des effets concrets, mesurables et même reconnus par les entreprises elles-mêmes. Ces dernières années, la séquence politique française a vu un changement de rapport de force. Notre article.
BDS, une légitimité confirmée
Le premier tournant majeur est juridique. En juin 2020, la Cour européenne des droits de l’homme condamne la France dans l’affaire Baldassi et autres c. France. La Cour estime que la condamnation pénale de militants ayant appelé au boycott violait la liberté d’expression. Cette décision marque un point décisif : l’appel au boycott relève du débat politique protégé. Ce jugement change profondément le climat. Il met fin à une période où l’État français poursuivait des militants BDS sur la base de circulaires controversées. Il ouvre un espace politique plus clair : le boycott est désormais une expression politique légitime.
Des victoires économiques qui comptent
Au-delà du droit, la campagne a engrangé des résultats tangibles.
En 2024, l’assureur AXA annonce se désengager de plusieurs banques israéliennes et d’Elbit Systems, l’un des principaux fabricants d’armement israéliens. Cette décision intervient après plusieurs années de campagne internationale ciblée. BDS France considère cela comme une victoire. Les militants impliqués dans les actions devant les agences, les interpellations publiques et les campagnes d’information y voient la preuve que la pression fonctionne.
Quelques mois plus tard, autre avancée : la marque de sport PUMA met fin à son contrat de sponsoring avec la Fédération israélienne de football. Là encore, la décision est l’aboutissement d’une mobilisation internationale persistante. Les campagnes de boycott ont mis en lumière le fait que certaines équipes affiliées jouent dans des colonies situées en territoire palestinien occupé, en violation du droit international. Après plusieurs années de pression, PUMA se retire.
Ces deux exemples illustrent une réalité : BDS est une stratégie capable d’influer sur les décisions d’acteurs économiques mondiaux.
Une dynamique internationale renforcée
La campagne ne se limite pas au champ économique. Elle s’inscrit dans un mouvement international plus large, qui relie société civile, syndicats, élus et ONG.
Chaque année, la Semaine contre l’apartheid israélien rassemble des événements dans de nombreuses villes du monde. Conférences, débats, projections, mobilisations publiques : ces rendez-vous structurent la visibilité de la campagne et élargissent son audience.
En France, ces mobilisations ont pris une ampleur particulière depuis 2023. Les manifestations de solidarité avec Gaza et contre les bombardements ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes. Dans ces cortèges, les mots d’ordre BDS sont devenus centraux : boycott des entreprises complices, embargo sur les armes, sanctions diplomatiques.
La campagne s’est ainsi progressivement inscrite dans le paysage militant français, au-delà des cercles militants historiques.
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L’engagement clair des insoumis
Dans ce contexte, La France insoumise a franchi un cap politique.
En décembre 2024, le mouvement annonce officiellement son adhésion à la campagne BDS. Cette prise de position formalise un engagement déjà visible dans les mobilisations et affirme une ligne : face à la colonisation et aux violations répétées du droit international, la pression économique et diplomatique constitue un levier légitime.
Cet engagement ne se limite pas à une déclaration. Lors des AmFis d’été, des représentants de la campagne BDS et des collectifs de solidarité palestinienne sont invités à intervenir. Tables rondes, formations, discussions stratégiques… la question du boycott et du désinvestissement est pleinement intégrée aux débats politiques. Ce choix signifie que la solidarité constitue un axe structurant de réflexion et d’action.
Au Parlement, les députés insoumis multiplient les interpellations sur les ventes d’armes françaises à destination d’Israël, demandant un embargo immédiat. Questions écrites et interventions en séance établissent explicitement le lien entre la responsabilité politique française et la nécessité de rompre toute complicité matérielle avec des violations du droit international.
Sur le terrain municipal, plusieurs élus locaux proches ou membres du mouvement portent des vœux symboliques de soutien aux droits du peuple palestinien et appellent à examiner les partenariats impliquant des entreprises liées à la colonisation.
Dans l’espace médiatique, des figures insoumises contribuent à populariser la légitimité du boycott comme outil non violent. Jean‑Luc Mélenchon, Clémence Guetté, Manon Aubry, Rima Hassan ou Thomas Portes défendent publiquement le principe de sanctions économiques et diplomatiques face aux violations du droit international, normalisant un débat longtemps marginalisé.
Dans les manifestations nationales, les députés insoumis prennent également part aux mobilisations, relayant les revendications de sanctions et d’embargo sur les armes. La cohérence entre rue et Parlement devient un marqueur du mouvement.
Du boycott à la bataille européenne
Un autre terrain majeur est celui de l’Union européenne.
Israël bénéficie d’un accord d’association avec l’Union européenne qui facilite ses échanges commerciaux. Or cet accord comporte une clause conditionnant son application au respect des droits humains. Depuis plusieurs années, des juristes et des ONG dénoncent le décalage entre cette clause et la réalité des violations constatées.
En janvier 2026, La France insoumise porte publiquement la demande de suspension de l’accord d’association UE‑Israël. Cette initiative s’inscrit dans la logique BDS : si le droit international est bafoué, les avantages commerciaux doivent être suspendus.
Le combat dépasse donc le cadre national. Il vise le cœur des relations économiques européennes. La suspension d’un tel accord constituerait un signal politique majeur. Même sans suspension immédiate, la mise à l’agenda du débat contribue à déplacer le centre de gravité politique.
Une campagne qui s’inscrit dans le temps long
La force de BDS tient à sa patience stratégique. Les campagnes contre AXA ou PUMA durent plusieurs années avant d’aboutir.
Cette temporalité longue correspond à la nature même des luttes internationales. Les sanctions contre l’Afrique du Sud de l’époque de l’apartheid ont également mis du temps à produire leurs effets. L’histoire montre que les campagnes de boycott peuvent contribuer à modifier des rapports de force apparemment figés.
Aujourd’hui, la question palestinienne occupe une place centrale dans le débat international. Les images de Gaza, les débats sur les ventes d’armes et les procédures devant les juridictions internationales replacent la question du droit au cœur des discussions. Dans ce contexte, BDS apparaît comme une stratégie cohérente de pression non violente.
Une dynamique appelée à se poursuivre
Les mois récents montrent que la campagne ne recule pas. Elle se structure, gagne des batailles et progresse en popularité.
L’adhésion officielle de La France insoumise, les invitations aux AmFis, la participation active aux manifestations, ainsi que la demande de suspension de l’accord d’association UE‑Israël témoignent d’une volonté politique de transformer la solidarité en levier concret.
Dans un paysage international marqué par l’impunité et l’inaction diplomatique, la campagne BDS poursuit un objectif clair : faire du droit international une réalité tangible. Les victoires économiques récentes montrent que la pression fonctionne. Les mobilisations de masse attestent du soutien populaire. Les initiatives parlementaires démontrent que le débat peut s’ouvrir au plus haut niveau.
La campagne avance et s’inscrit désormais durablement dans le paysage politique français.
Par Elias Peschier