dimanche 19 juillet

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En finir avec les pesticides, un impératif écologique de santé publique et une demande majoritaire

Pesticides. Depuis des décennies, nos champs sont aspergés de produits chimiques. Si notre agriculture est essentielle, son modèle actuel, largement dépendant des pesticides de synthèse, n’est aujourd’hui plus du tout adapté à l’urgence écologique et sanitaire. L’heure n’est plus à la réduction, mais à l’interdiction pure et simple de ces poisons qui contaminent nos écosystèmes […]

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Pesticides. Depuis des décennies, nos champs sont aspergés de produits chimiques. Si notre agriculture est essentielle, son modèle actuel, largement dépendant des pesticides de synthèse, n’est aujourd’hui plus du tout adapté à l’urgence écologique et sanitaire. L’heure n’est plus à la réduction, mais à l’interdiction pure et simple de ces poisons qui contaminent nos écosystèmes et notre santé. L’impact dévastateur des pesticides sur le vivant n’est plus à démontrer pour les 62 % de Français opposés à leur utilisation.

L’utilisation des pesticides et leur usage intensif depuis les années 1950 est désastreux pour la biodiversité, les eaux, les sols, l’air, nos habitats et notre santé. Bannir les pesticides est donc aujourd’hui une proposition majoritaire. Notre article.

Pesticides : ils sont partout

L’extinction des insectes pollinisateurs à cause des pesticides

Les néonicotinoïdes sont de véritables tueurs d’abeilles en agissant directement sur leur système nerveux central. Les herbicides, les fongicides et les insecticides agissent de concert pour détruire la faune auxiliaire tant essentielle à l’équilibre naturel. L’extinction des abeilles et des autres pollinisateurs met en péril 75 % des cultures mondiales qui dépendent de l’entomophilie (le transport du pollen par les insectes aux plantes).

Les néonicotinoïdes affectent et infectent aussi de nombreux autres insectes (libellules, coccinelles, papillons, bourdons, pucerons, etc.). Dès lors, la base de la chaîne alimentaire s’effondre, entraînant avec elle le déclin des oiseaux et des mammifères qui s’en nourrissent.

La vulnérabilité des sols

Le sol est un écosystème incroyablement riche. Le sol est un réservoir de biodiversité ; il abrite plus du quart de la biodiversité de la planète. Au même titre que l’eau, par exemple, le sol vivant est une ressource qu’il devient urgent de préserver. Les pesticides tuent à petit feu la microflore et la microfaune (les bactéries, les champignons, les lombrics, etc.) pourtant indispensables à la fertilité, à l’aération et à la rétention d’eau.

Un sol sans vie devient vulnérable à l’érosion et nécessite encore plus de produits chimiques pour fonctionner, créant un cercle vicieux de dépendance aux pesticides. Bannir les pesticides, c’est redonner de la fertilité aux sols sur lesquels on cultive, on habite et l’on se déplace.

On retrouve même des pesticides à l’intérieur des logements

Des études d’envergure ont récemment confirmé de manière significative la présence de multiples résidus de pesticides dans la poussière présente au sein de nos logements. Les pesticides présents dans l’air s’infiltrent dans les logements en passant par les fenêtres, les portes et les systèmes de ventilation. Alors même que certains font l’objet d’une restriction ou d’une interdiction d’usage depuis plusieurs années, de nombreux pesticides ont aussi été détectés dans l’air et dans la poussière à l’intérieur des logements.

Cela témoigne de la persistance de leur présence dans les milieux intérieurs. Une présence favorisée par l’utilisation des pesticides dits domestiques tels que les fongicides utilisés pour traiter les moisissures, les produits chimiques utilisés pour le traitement du bois et les insecticides. D’autres pesticides utilisés pour le jardinage finissent eux aussi par entrer dans les logements.

Pour aller plus loin : Pesticides : risque augmenté de leucémie et neuroblastome chez l’enfant dans les régions de vignobles

La contamination des eaux

Les pluies tombent sur les champs et emportent les résidus chimiques vers les cours d’eau, les nappes phréatiques et, in fine, l’eau que nous buvons. Les nappes phréatiques sont contaminées par ruissellement et, de ce fait, la qualité de l’eau potable se détériore. Des études régulières montrent que les limites de détection sont souvent atteintes et dépassées, rendant coûteux et complexe le traitement de l’eau potable pour la rendre consommable.

Les pesticides se retrouvent ensuite dans les sols et dans les eaux et contribuent à ce titre à l’effondrement de la biodiversité. La facilitation de l’usage des pesticides (rendue possible par la loi Duplomb, à laquelle LFI s’est opposée) fait ainsi courir un risque accru de la contamination des eaux de surface et des eaux souterraines. L’eau est un bien commun qui ne doit pas être menacé par la pollution. A priori, personne sur Terre ne souhaite la contamination des eaux. C’est pourtant bien ce qu’il se passe.

Une partie des pesticides se disperse dans l’air que l’on respire

Les molécules chimiques voyagent dans l’air lors des épandages et parcourent de longues distances. Selon l’INRAE, 25 à 75 % des quantités répandues lors de la pulvérisation partent dans l’atmosphère, entraînant ainsi la contamination de l’air, du brouillard et des pluies et affectant milieux urbains et ruraux. Les particules répandues sont à l’origine et aggravent de nombreuses pathologies, dont les maladies respiratoires et cardiovasculaires ainsi que le cancer du poumon. Elles peuvent également perturber les écosystèmes terrestres et aquatiques et contribuent au changement climatique.

Une menace directe pour la santé publique

Au-delà de l’environnement, l’exposition aux pesticides, qu’elle soit professionnelle dans le milieu agricole ou alimentaire lorsque nous consommons des aliments, soulève de graves préoccupations. Certains pesticides sont responsables de maladies graves chez les agriculteurs (cancers, maladie de Parkinson). Bien que tardivement, la justice commence à acter le lien de causalité entre pesticides et maladies mortelles.

Comment peut-on continuer de tolérer l’usage de produits qui rendent malades ceux qui nous nourrissent ? Les pesticides affectent la santé du consommateur que nous sommes. Bien que les doses résiduelles soient encadrées, l’exposition simultanée à des centaines de molécules différentes reste largement méconnue et inquiétante, notamment pour les enfants et les femmes enceintes.

Bioconcentration et bioamplification

La dangerosité des pesticides pour les êtres vivants et donc pour l’humain s’explique par deux processus : la bioconcentration et la bioamplification. La bioconcentration est le processus par lequel des produits chimiques, tels que les pesticides, passent de l’environnement extérieur aux organismes vivants. Certains pesticides s’accumulent dans les tissus adipeux des êtres vivants, y compris des humains. Cette accumulation peut avoir de graves effets à long terme, comme l’accumulation de toxines dans les tissus animaux comestibles ou même dans le corps humain.

En 2022, Emmy est décédée d’une leucémie à l’âge de 11 ans suite à une exposition prénatale aux pesticides. Sa mère était fleuriste. Pendant sa grossesse, elle avait été en contact avec des fleurs et plantes traitées aux pesticides en provenance des Pays-Bas et de pays d’Amérique du Sud. Le deuxième processus dangereux est la bioamplification qui fait que, par la consommation alimentaire, les pesticides peuvent entraîner des dommages à long terme tels que des troubles immunitaires, une détérioration cellulaire ou des tumeurs malignes.

En finir avec les pesticides passe par l’abrogation de la loi Duplomb

Une loi nocive pour la biodiversité

Officiellement présentée comme une loi visant à « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur », la loi Duplomb promulguée le 11 juillet 2025 a beaucoup fait parler d’elle, notamment parce qu’elle réautorise un pesticide pourtant interdit en 2018, l’acétamipride. Elle enfreint sciemment le droit de l’environnement puisque certaines mesures de cette loi réduisent le pouvoir de contrôle de l’Office français de la biodiversité, chargé de sanctionner les atteintes au droit de l’environnement.

Elle nie le principe constitutionnel de précaution en autorisant la mise sur le marché de produits dont les effets négatifs sur l’environnement et sur notre santé sont avérés.

Le cri d’un peuple en rupture avec l’aliénation capitaliste

Du succès d’une pétition en ligne à un changement radical de modèle agricole

Face à la dangerosité environnementale d’une telle loi, une pétition intitulée « Non à la loi Duplomb, pour la santé, la sécurité, l’intelligence collective » a eu un succès retentissant. En plein été, la pétition rassemble plus de 2 millions de signatures. Comme lors des gilets jaunes, tout commence par une pétition citoyenne face à un pouvoir sourd et minoritaire. La loi est ensuite déférée au Conseil constitutionnel, chargé de contrôler la conformité des dispositions de la loi avec la Constitution (contrôle de constitutionnalité).

Peu de temps après le succès de la pétition, le Conseil constitutionnel censure l’article 2 qui prévoyait de pouvoir recourir à l’acétamipride, émet une réserve quant aux méga-bassines et valide les autres dispositions de la loi (Décision du Conseil Constitutionnel n°2025-891 DC). Alors même que la réintroduction de l’acétamipride est jugée contraire au droit de l’environnement par le Conseil constitutionnel, que la pétition a connu un succès fulgurant cet été et que 62 % des Français·es s’opposent au développement de l’usage des pesticides, les macronistes réfléchissent à un nouveau texte permettant de réintroduire les pesticides interdits…

Ajoutons que récemment des scientifiques ont dénoncé le gouvernement macroniste suite à l’édulcoration d’un rapport du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan s’agissant du rapport entre pesticides et santé. Les macronistes et le Rassemblement national, qui ne cessent de se rapprocher par leurs votes dans l’hémicycle, refusent de protéger nos agriculteurs, l’environnement et la santé.

Pendant ce temps des produits traités à l’acétamipride continuent d’être importés en France. Et l’adoption du traité de libre-échange Mercosur vient ajouter une nouvelle dose de concurrence déloyale pour les agriculteurs.

Parallèlement au refus de l’utilisation des pesticides, La France insoumise s’oppose à l’accord UE-Mercosur. Lors de sa niche parlementaire, le groupe insoumis a réussi à obtenir le premier vote de l’Assemblée nationale sur ce traité de libre échange. Un vote contre à la quasi unanimité (244 contre, 1 pour) . Les deux sont liés et la cohérence fait que l’on ne peut s’opposer à la loi Duplomb sans refuser l’accord UE-Mercosur. Là encore, LFI fait écho aux aspirations populaires puisque 52 % des Français·es s’opposent à cet accord.

Ce faisant, le groupe parlementaire insoumis porte un message limpide, celui de vouloir protéger les filières agricoles, l’environnement, la biodiversité, notre alimentation et in fine notre santé. L’abrogation de cette loi est nécessaire tant il est nécessaire d’investir dans une agriculture autonome, biologique et dans l’agroécologie plutôt que de continuer avec une agriculture chimique dangereuse.

Pour une agriculture verte et vertueuse : l’agroécologie comme modèle d’avenir

En empirant, la crise climatique nous pousse à rendre effectif le plus vite possible la planification écologique. Ce constat vaut évidemment pour l’agriculture, et l’agriculture biologique avec des prix populaires à la consommation est l’une des meilleures réponses à apporter à la question de savoir comment nous nourrir.

L’alternative existe : il faut sortir de la dépendance aux produits phytosanitaires chimiques. Interdire les pesticides n’a rien d’impossible, c’est un projet de société réaliste d’ailleurs soutenu par la science agronomique. Cesser d’aliéner la nature dans le seul but de maximiser les rendements apparaît à toutes et à tous et notamment auprès des jeunes générations comme étant une évidence.

Dans notre consommation, il est possible d’éviter le plus possible les marques qui utilisent des produits chimiques et de privilégier les produits issus de l’agriculture biologique. Le succès de l’agriculture biologique et des systèmes de polyculture démontre qu’il est possible de produire en quantité et en qualité sans nuire à l’environnement.

Il faut pérenniser ce modèle. L’agriculture biologique doit être soutenue et accompagnée, les agriculteurs qui passent au tout biologique aidés financièrement. Ce changement doit s’appuyer sur des milliers de coopératives. La bifurcation écologique doit être accompagnée par une politique publique forte à la hauteur de l’urgence.

Par Arthur Abbatucci

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