En Belgique, mobilisation historique contre la casse des droits des travailleurs

La Belgique a vécu une grève nationale de trois jours historique, du jamais-vu depuis les années 80. Des milliers de travailleurs sont mobilisés contre le nouveau gouvernement de De Wever, dit « Arizona », qui prévoit entre autres le départ à la retraite à 67 ans ainsi qu’une baisse des pensions et plus généralement une […]

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La Belgique a vécu une grève nationale de trois jours historique, du jamais-vu depuis les années 80. Des milliers de travailleurs sont mobilisés contre le nouveau gouvernement de De Wever, dit « Arizona », qui prévoit entre autres le départ à la retraite à 67 ans ainsi qu’une baisse des pensions et plus généralement une attaque généralisée contre l’État social belge. Notre article.

Grève nationale en Belgique : un pays presque à l’arrêt

Depuis dimanche dernier, des piquets de grève fleurissent partout sur le territoire belge. Cheminots, postiers, enseignants, artistes, personnels soignants, travailleurs du privé : tous sont mobilisés contre les annonces du gouvernement Arizona, une coalition large de l’extrême droite aux sociaux-démocrates.

Formée lors des dernières élections de 2024 autour de Bart De Wever (N-VA – parti d’extrême droite flamand), avec les partis Vooruit (le Parti socialiste flamand), les libéraux de Open VLD, CD&V et le Mouvement réformateur de Georges-Louis Bouchez, cette coalition qui s’est donnée pour but de mener une politique austéritaire et de casse sociale se heurte dans tout le pays à un large front social.

Une mobilisation inédite initiée par les syndicats il y a bientôt un an dès la formation du gouvernement, et qui avait encore réussi à rassembler 140 000 personnes le 14 octobre dernier dans l’une des plus grosses manifestations en Belgique de ces 40 dernières années.

Cette fois-ci, c’est une nouvelle escalade dans la volonté du mouvement social de démontrer son refus des mesures proposées par un gouvernement qui apparaît affaibli dans sa légitimité et sa capacité à représenter les intérêts de l’ensemble du pays. Trois jours de grèves qui se sont déjà traduits par un fort impact dans les transports avec un pays presque à l’arrêt puisque tous les vols passagers au départ de l’aéroport de Bruxelles annulés ce mercredi, mais aussi plus de la moitié des vols à l’arrivée et tous les vols annulés sur l’aéroport de Charleroi. À Bruxelles, aucun bus ne circule ce mercredi alors que dans le pays, ce sont plus de la moitié des trains qui ne circulent pas.

Pour aller plus loin : Gaza – Deux soldats israéliens arrêtés en Belgique : qu’attend la France pour poursuivre les génocidaires ?

Une destruction inédite des droits des travailleurs

Il faut dire que les attaques contre les droits des travailleurs sont sans précédent. D’abord sur les retraites, avec un âge légal porté à 67 ans à l’horizon 2030, une baisse significative des pensions et un malus pour tous les travailleurs partant avant cet âge. Ensuite sur l’indexation des salaires sur l’inflation sur laquelle le gouvernement a promis de revenir, un acquis de haute lutte qui offrait encore un bol d’air frais à des millions de salariés trop mal rémunérés. Enfin, contre l’exclusion de millions de travailleurs privés d’emploi dès janvier : jusqu’à 185 000 personnes pourraient perdre leurs allocations.

Des armes plutôt que des services publics de qualité

Mais ces attaques ne s’arrêtent pas là. Baisse des majorations pour le travail de nuit et des dimanches, généralisation du travail le week-end et des contrats zéro heure, imposition de la semaine à 45 heures, destruction des services publics de la santé, de l’enseignement primaire, secondaire et universitaire, criminalisation du syndicalisme et les collectifs militants : tout y passe. Des inquiétudes encore renforcées ce lundi avec l’annonce du nouvel accord budgétaire dévoilé par De Wever, comprenant notamment une augmentation de la TVA et du prix de l’énergie, déjà très élevé en Belgique.

Un accord d’ailleurs trouvé le premier jour de grève. « Une coïncidence », selon Bart De Wever, qui reste sourd aux revendications des travailleurs du pays. Autre « coïncidence » : les 34 milliards d’euros alloués à la Défense, alors que le gouvernement de droite extrême saigne les services publics et les travailleurs. En effet, le gouvernement belge a récemment annoncé l’achat de 11 avions de chasse américains F-35, une commande estimée à plus de 1,5 milliard d’euros, alors que dans le même temps, la coupe du budget fédéral total s’élève à plus de 11 milliards jusqu’en 2029.

Cet accord budgétaire de dernière minute reprend les grandes lignes dessinées par la coalition dès son intronisation, à savoir la protection du capital et des nombreux millionnaires de Belgique malgré la campagne menée par le PTB au côté du mouvement social pour instaurer une taxe sur les millionnaires qui servirait à financer un budget de manière plus juste, ce qui n’est pas sans rappeler l’obstination du pouvoir macroniste à refuser toute mesure de justice sociale.

Une chose est sûre : les syndicats, tous bords confondus, et le PTB en tête qui déploie ses militants en soutien aux piquets de grève dans l’ensemble du pays, tous promettent une lutte acharnée. Face à un Premier ministre qui « n’a pas entendu parler de la grève » et qui continue de nier la réalité, nul doute que cette bataille pourrait durer dans les mois à venir. Les cheminots ont déjà annoncé une grève d’une semaine si la réforme des pensions venait à passer.

Par Manon Milcent et Nessim Achouche

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