dimanche 19 juillet

11:08

L’affaire Sarkozy ou le sommet visible d’une justice de classe

Après un peu moins d’un mois de détention à la prison de la Santé à Paris, Nicolas Sarkozy a été libéré. Son procès en appel, dans le cadre de l’affaire libyenne, aura lieu en mars 2026. Le tribunal l’avait condamné à cinq ans de prison ferme avec un mandat de dépôt assorti d’une exécution provisoire, […]

Nicolas Sarkozy

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Après un peu moins d’un mois de détention à la prison de la Santé à Paris, Nicolas Sarkozy a été libéré. Son procès en appel, dans le cadre de l’affaire libyenne, aura lieu en mars 2026. Le tribunal l’avait condamné à cinq ans de prison ferme avec un mandat de dépôt assorti d’une exécution provisoire, d’où son incarcération un mois après le verdict de la justice. Une libération précipitée, qui témoigne d’une justice de classe.

« Les personnes en détention provisoire passent parfois des mois, voire des années en prison ! On n’en serait pas là si la Justice avait bien plus de moyens », a rappelé le député LFI spécialiste des questions judiciaires, Ugo Bernalicis. « À la fin, on se retrouve avec une justice de classe. Une pour les riches, une pour les pauvres ! », insiste l’insoumis.

Au 1ᵉʳ septembre 2025, 26,5 % des personnes détenues dans les prisons françaises l’étaient en détention provisoire, c’est-à-dire en attente d’un jugement définitif. Le renvoi de Nicolas Sarkozy en prison, avant sa rapide libération, n’a été qu’une simple et stricte application de la loi. Son bref emprisonnement a offusqué les mêmes qui demandent depuis des années plus de fermeté judiciaire et des conditions pénitentiaires toujours plus difficiles. Cherchez l’erreur. Notre article.

Une défaite morale (de plus) pour la droite et l’extrême droite

Commençons par noter que la droite et l’extrême droite viennent de concéder une grande défaite morale. Finie la « justice laxiste » ou la prison « club Med » ! Ils ont unanimement reconnu combien, même pour une durée relativement courte de 20 jours, la peine carcérale était une peine violente et vectrice d’humiliation. Ils donnent par là raison aux forces de gauche qui n’ont cessé de militer pour une inflexion de l’appareil répressif et pour des politiques dé-carcérales. Nous l’évoquions nous-mêmes, par exemple, dans cet article.

Cette défaite morale rappelle d’ailleurs celle récente de Trump lorsqu’il a mis fin à des décennies de néolibéralisme en instituant des droits de douanes agressifs. Par ce geste, il signait pour tous les capitalistes de la planète l’aveu de l’absence des bienfaits supposés de la concurrence libre et non faussée. 

Sarkozy libéré après moins d’un mois en prison : la classe bourgeoise protège les siens

« Il y a deux sortes de justice : vous avez l’avocat qui connaît bien la loi, et l’avocat qui connaît bien le juge ! » Lorsque Coluche disait cela, il ne devait pas imaginer que quarante ans plus tard, ce serait le ministre de la Justice lui-même qui rendrait visite au condamné dans sa cellule… 

Comme le disait le député Ugo Bernalicis sur BFMTV, le traitement de M. Sarkozy constitue la « démonstration la plus éclatante » d’une « justice de classe : une justice pour les puissants et une justice pour les pauvres ». Pour rappel, outre la visite du ministre de la Justice, M. Sarkozy avait été reçu à l’Élysée par Macron avant son incarcération. Il bénéficie d’une défense médiatique outrageuse dans la plupart des grands médias et pour couronner le tout, il a pu amener ses propres gardes du corps dans l’enceinte même de la prison.

Avec sa sortie au bout de 20 jours, nous ne pouvons que nous interroger sur la brièveté du délai alors que comme le rappelle Ugo Bernalicis, « 49 % des personnes détenues à la santé sont également en détention provisoire”, présumées innocentes et ne bénéficient pas d’un délai aussi court de traitement de leur cas. 

Mais ne nous y trompons pas. Si le cas de M. Sarkozy est certes extrême, il ne constitue en rien une exception. Comme nous l’enseignent de nombreux travaux de sociologie, comme ceux des Pinçon-Charlot ou de Bourdieu, pour ne citer qu’eux, la classe bourgeoise est une classe consciente d’elle-même. Et, à ce titre, elle se protège. Elle va même jusqu’à le dire, comme l’a fait J.-C. Darmon sur CNews : « C’est un choc pour des gens comme nous ! Nous ne sommes pas faits pour la prison, nous ne sommes pas des animaux, c’est terrible. ». Tout est dit, en deux phrases.

Une justice dure avec les faibles

Tandis qu’elle accorde des remises de peine et accélère les délais de traitement pour M. Sarkozy ou Mme Le Pen (l’appel de sa condamnation aura lieu avant l’élection présidentielle, contrairement à ce qui avait décidé au départ), la Justice sait se montrer sévère avec les pauvres. Peines de prison fermes pour des vols au Monoprix, répression judiciaire violente lors des révoltes urbaines : les exemples ne manquent pas. Et cela ne date pas d’hier.

À titre d’exemple, en 2013, J.-L. Mélenchon dénonçait déjà la lourdeur des peines qu’encourent les syndicalistes en prenant l’exemple de l’un d’entre eux condamné sévèrement pour avoir blessé 9 CRS en jetant un unique œuf…

En 2021, Emmaüs France et le Secours Catholique ont publié un rapport intitulé « Au dernier barreau de l’échelle sociale: la prison ». Ce rapport au titre explicite met bien en exergue le « lien structurel » qui existe entre pauvreté et incarcération. Il insiste également sur le fait que cette paupérisation agit ensuite à toutes les étapes de la vie carcérale.

Taxe Zucman honnie, Sarkozy défendu corps et âme : un hasard ?

Dans le cas de l’impôt, le principe fondamental d’égalité veut que tous les citoyens soient égaux face à l’impôt. Ainsi, toutes taxes comprises, il est juste que chacun·e participe de la même façon, à hauteur de ses revenus. Aujourd’hui, le taux moyen sur l’ensemble de la population est de l’ordre de 50 %. Cependant, il tombe à 25 % pour les milliardaires à cause de leurs techniques légales d’évasion fiscale. Il paraît alors juste d’établir une loi qui corrige cette inégalité et c’est ce que vise la taxe Zucman. 

Cet exemple illustre comment non seulement la loi doit être appliquée de la même façon pour toutes et tous mais qu’elle doit aussi être pensée et construite pour assurer l’égalité entre les citoyens. 

À ce titre, il serait par exemple plus que temps de repenser, voire de supprimer la Cour de Justice de la République qui a relaxé M. Dupont-Moretti alors que les faits qui lui étaient reprochés étaient avérés !

Il serait également temps de faire évoluer la loi dans l’esprit de ce que préconisait Simone Weil, c’est-à-dire avec « une conception du châtiment où le rang social, comme circonstance aggravante, joue toujours dans une large mesure pour la détermination de la peine », et où « à plus forte raison, l’exercice des hautes fonctions publiques devrait comporter de graves risques personnels ».

Par Sofien M.

Crédits photo : 2ᵉ meeting de campagne de Nicolas Sarkozy (Marseille – 19 février 2012), UMP Photos, Flickr, CC BY-NC-ND 2.0, pas de modifications apportées.

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