Éco-anxiété – 75% des jeunes trouvent l’avenir effrayant à cause de la crise climatique

Éco-anxiété. La revue scientifique médicale britannique The Lancet a publié la plus large enquête jamais réalisée sur l’éco-anxiété chez les jeunes et ce qu’ils pensent des réponses des gouvernements face au changement climatique. Cette étude a révélé des chiffres extrêmement inquiétants : sur les 10 000 jeunes interrogés, 75 % ont dit trouver l’avenir effrayant. Ils ont entre 16 et 25 ans, venant de 10 pays : Australie, Brésil, Finlande, France, Inde, Nigeria, Philippines, Portugal, Royaume-Uni et États-Unis.

Si les médias commencent tout juste à parler de l’éco-anxiété, ce terme reste largement méconnu du grand public. Il semble être ignoré par la majeure partie des décideurs. Ces mêmes personnes ferment les yeux sur la responsabilité du capital sur la crise climatique, alors que 100 multinationales sont responsables de 70% des émissions de gaz à effet de serre. Un article enrichi de témoignages de jeunes lycéens français. Notre article.

Qu’est ce que l’éco-anxiété ? 

Bien que de plus en plus utilisé dans les médias, le terme d’éco-anxiété reste flou pour une grande majorité de la population. Aucun consensus scientifique n’a été trouvé autour d’une définition de l’éco-anxiété. Mais on pourrait la caractériser comme étant un sentiment d’anxiété profond qui peut être engendré par la prise de conscience des multiples problèmes environnementaux du monde. Ce, combiné avec l’inaction criante des décideurs face à la crise climatique qui fonce droit sur nous.

« Je ressens une colère envers les anciennes générations, envers les politiciens, envers un peu globalement tout le monde… envers moi aussi. », témoignage une élève de terminale 

L’éco-anxiété n’est pas considérée comme étant une maladie mentale. Elle est plutôt une réaction légitime et logique de ressentir face à la multiplication des évènements climatiques extrêmes. Cependant, l’éco-anxiété ne se limite pas simplement à de l’anxiété. En réalité, elle peut se manifester par un large panel de sentiments forts, tels que la colère, la tristesse ou l’impuissance. 

« Vraiment, je me sens impuissante… après je pense que ça c’est chez tout le monde un peu. », témoigne une élève de terminale 

Les chiffres sont formels. Toujours d’après la revue The Lancet, sur les 10 000 jeunes interrogés, 59% se disent extrêmement ou vraiment inquiets pour l’avenir de notre planète. 61,8 % se disent anxieux, 56,8 % en colère et 44,2 % désespérés face au changement climatique. Ces résultats ne sont qu’un exemple chiffré de l’impact qu’a le changement climatique sur la santé mentale des jeunes. L’éco-anxiété à également un impact non négligeable sur la vie quotidienne, notamment sur la scolarité et l’orientation des étudiants. 

« Parfois je ne vois pas où on peut aller, je ne vois pas ce que peut être notre futur. Je ne vois même pas à quoi peut servir ma vie en ce moment. Parfois je me dis que ça ne sert à rien de continuer… », témoigne une élève de première

Aujourd’hui, certaines revues scientifiques, comme le magazine de vulgarisation psychologique Cerveau & Psycho, commencent même à parler d’éco-anxiété se finissant tragiquement en éco-suicide. Tel était le cas d’Howard Breen, un activiste qui a demandé le suicide assisté ou encore l’avocat américain David Buckel qui s’est immolé à l’aide d’un carburant fossile pour dénoncer la pollution. On ne peut donc plus aujourd’hui ignorer l’importance de la détresse de la jeunesse. Pourtant, il y a bien une catégorie d’individus qui semble dédaigner cette réalité : les décideurs. 

Éco-anxiété et désillusion/inaction politique 

Un des aspects relativement négligés de l’éco-anxiété est son lien intrinsèque avec les décisions politiques. D’après l’étude de The Lancet, on observe une nette corrélation entre les inquiétudes liées au changement climatique, et le sentiment de trahison lié à l’incapacité des gouvernements à répondre aux problématiques environnementales.

« Je pense qu’on ne peut rien attendre de nos dirigeants politiques. C’est compliqué de croire en eux, je pense qu’il faut espérer mais pas trop », témoignage d’un élève de première

Le quinquennat achevé de Macron est un excellent exemple pour démontrer le manque crucial d’intérêt des décideurs pour la cause environnementale. Annoncé comme étant le « président du climat », voire le « champion de la terre », la réalité est décevante. Une convention pour le climat dont les propositions ont été balayées d’un revers de main pour la grande majorité, des ministres qui recommande de baisser la clim’ mais qui ne voient pas le problème des jet privés, plusieurs condamnations par la justice pour inaction climatique…

« On ne peut pas du tout faire confiance aux politiciens. Pas du tout, c’est une catastrophe, c’est n’importe quoi. Aucun n’a l’air de comprendre l’étendue des dégâts », témoignage d’une élève de terminale

Mais alors comment faire pour passer outre ? Pour ne pas se laisser abattre par ces sentiments d’impuissances, de tristesse, de colère, alimentés par une large partie de la classe politique qui n’a pas l’air de soucier de l’éco-anxiété de la jeunesse, et encore moins de la crise climatique qui fonce droit sur nous ?

Quelles solutions ?

Il n’y a probablement pas de solutions miracles à l’éco-anxiété. Voilà sûrement la réalité la plus dure à accepter. La seule façon serait d’enfin enclencher une grande bifurcation écologique au niveau national, puis au niveau international. Ce, avant qu’il ne soit trop tard. « Changez le système, pas le climat ! », scandent sans relâche ceux qui marchent partout dans le monde pour demander aux décieurs, enfin, des actes ambitieux face à la crise climatique.

Même si pour le moment il est difficile de croire en ceux qui nous gouvernent, il vaut mieux ne pas rester statique en les regardant peu à peu détruire notre avenir et celui des futures générations. Il faut tout faire pour se regrouper, pour montrer que la jeunesse en colère scrute chacune de leurs décisions, et qu’elle se battra jusqu’au bout pour défendre son avenir.

Par Élise Lebourdais