DÉSINTOX – Baisser les indemnités chômage n’a jamais fait baisser le chômage : ces économistes qui démontent Macron

Le gouvernement Macron revient à la charge sur l’assurance-chômage. Au mépris de toute réflexion économique sérieuse. Tous les ultralibéraux, fanatiques de la concurrence sauvage entre les individus nous l’assènent comme une vérité plus absolue que la gravitation : les protections sociales handicapent le système économique, baisser les indemnités chômages permettrait de diminuer le chômage. Sauf que… Cela n’a aucun sens économique. Depuis 2019 et la première réforme impulsée par Elisabeth Borne, des économistes sérieux et réalistes démontent les arguments (peu nombreux) avancés par le gouvernement. Désintox sur l’assurance chômage.

S’attaquer aux chômeurs est tellement plus simple que de combattre ce phénomène complexe qu’est le chômage

Les chômeurs sont obligés de s’identifier, chaque mois, pour percevoir ce salaire différé que sont les indemnités chômage, fruit de leurs cotisations sociales payées scrupuleusement à chaque période d’emploi par la personne qui travaille et celle qui l’emploie. Le phénomène du chômage, lui, puise sa source dans la structure même de notre système économique, dans la répartition des activités sur le territoire, dans les impacts de la mondialisation sauvage voulue par les néolibéraux à partir des années 1980.

Alors, pourquoi se lancer dans un exercice intellectuellement exigeant pour comprendre les racines du sous-emploi ? Pourquoi s’embêter à réunir les sommes d’argent public gigantesques nécessaires à la réindustrialisation ? Globalement, pourquoi traiter un problème complexe, alors qu’il est si simple d’abandonner purement et simplement le principe de solidarité et de faire porter l’ensemble de ce fardeau social aux personnes qui en souffrent.

Qu’importe que baisser les indemnités chômages n’ait jamais entrainé de baisse du chômage, l’essentiel pour les fainéants du gouvernement, c’est de donner l’impression de faire des choses, sans trop se fatiguer

Ce revenu est un droit. Macron veut leur diminuer. La justification d’une telle ignominie ? Des indemnités chômage élevées inciteraient à la paresse. Pour ses amis ultra-riches, accoutumés à l’indolence depuis leur enfance, peut-être. Pour l’immense majorité de la population, être chômage, voir son salaire pratiquement divisé par deux (rappel utile : le chômage net correspond à 57% du salaire brut), c’est basculer brutalement dans la pauvreté. Les indemnités perçues sont alors le dernier rempart contre la misère. La seule limite à l’indigence, aux repas que l’on saute pour nourrir ses enfants, au chauffage que l’on allume uniquement dans la chambre des plus jeunes.

Examens des trois seuls arguments des libéraux, tous défendus mordicus par Macron et démonté par des économistes

Vrai ou Faux ? On peut toucher plus d’argent au chômage qu’en travaillant ?

Faux. Une centaine d’économistes, parmi lesquels Thomas Piketty, Aurélie Trouvé ou Dominique Plihon, dénoncent cette idée, dans une tribune au « Monde » :

« L’argument selon lequel les chômeurs « gagnent plus quand ils sont au chômage qu’en travaillant » est mensonger. L’allocation d’assurance-chômage représente entre 57 % et 75 % du salaire journalier de référence, elle ne peut donc être supérieure au salaire antérieur. En cas de reprise d’une activité (réduite), le cumul de l’allocation-chômage avec le salaire issu de cette activité ne peut être supérieur au salaire antérieur. Si ce seuil est dépassé, l’indemnisation est suspendue. »

Vrai ou Faux ? Il y a des offres d’emploi non pourvues. Si les personnes au chômage touchaient moins d’indemnités, elles seraient incitées à les accepter.

Faux. On se souvient du désormais fameux argument donné par Macron à un jeune horticulteur qui lui dit qu’il ne trouve pas de travail. « Je traverse la rue je vous en trouve un travail. » En effet, si l’on est riche, en bonne santé, bien éduqué, qu’on habite une grande ville et qu’on n’a aucune attente sur cette activité qui va occuper au moins un tiers de notre temps de vie par journée, la moitié du temps éveillé en moyenne, il y a des offres non pourvues accessibles.

Il n’est jamais venu à notre président que, peut-être, une personne, passionnée par son métier, qui a investi dans un diplôme de haut niveau n’avait peut-être pas envie de sacrifier tous ses rêves avant trente ans pour prendre le premier boulot venu ?

Quand bien même la nouvelle réforme du chômage plongerait les personnes dans une situation telle qu’elles seraient prêtes à accepter n’importe quel travail, qu’importe le secteur, qu’importe les missions, qu’importe les horaires, qu’importe la localisation… Dans la tribune des économistes dans Le Monde, on peut lire : « Pôle emploi comptabilise 300 000 offres d’emploi non pourvues, ce qui est très peu face aux 6,7 millions de demandeurs d’emploi. Dans un tiers des cas, l’employeur retire son annonce car le besoin a évolué ou disparu. Dans d’autres, l’offre demande des compétences inexistantes sur le marché, ou les conditions de travail et de rémunération ne sont pas acceptables. »

La démonstration de Romaric Godin dans Mediapart soutient également cette thèse. Ses propos permettent également de comprendre les motivations réelles qui poussent les libéraux, ardents fanatiques de la concurrence sauvage à nous imposer cette réforme obscène.

« 60 % des demandeurs d’emploi ne sont pas indemnisés, ces derniers devraient se jeter sur les offres disponibles, faire ainsi monter les salaires et rendre l’indemnisation moins intéressante. Pour peu évidemment que lesdits emplois soient attractifs et adaptés.

En d’autres termes, si un véritable plein-emploi était à « portée de main », l’indemnisation chômage ne serait pas un problème. L’enjeu de cette nouvelle réforme de l’assurance-chômage n’est donc pas de parvenir au plein-emploi, mais bien plutôt de faire accepter aux demandeurs d’emploi les offres existantes, sans s’interroger sur leur contenu, les conditions de travail et les rémunérations.

Les derniers chiffres de la Dares montrent que si les tensions sur le marché du travail sont élevées, elles le sont en grande partie en raison de conditions de travail et de déficit de formation que les entreprises refusent de prendre en charge. Bref, le nœud du problème, comme toujours en régime capitaliste, c’est bien le coût.  »