Raphaël Enthoven présente le racisme et le sexisme comme des faits naturels

Sur le plateau de l’émission C ce soir ce lundi 19 septembre, Raphaël Enthoven s’est une nouvelle fois illustré dans une séquence dont il est coutumier en affirmant : « il faut accepter que dans une société, il y ait une part incompressible de sexisme, de racisme, d’hypocrisie et de mauvais sentiments ». Habitué à ce que sa voix cajoleuse endorme la vigilance de ses victimes, le beau parleur a semblé déstabilisé quand son auditoire s’est insurgé. Notre article pour démonter ce sophisme infâme.

Il y a 2500 ans, Socrates dénonçait les sophistes et les opposait aux philosophes. Les sophistes vendaient leurs services comme professeurs de rhétoriques, utilisant leurs arts de la parole pour « trafiquer la sagesse ». Le philosophe, au contraire, est « celui qui, reconnaissant dans un autre un bon naturel, lui enseigne tout ce qu’il sait de bien et s’en fait un ami ».

Depuis des années, Raphaël Enthoven tente de faire illusion et se faire passer pour un philosophe.

Sa dernière sortie dans C ce soir, ce lundi soir, a une nouvelle fois apportée la preuve de ce qu’il est : un sophiste. Pour ce qui est de se vendre, il s’y connait, il a même avoué en direct avoir été payé pour calomnier. Loin d’enrichir l’intelligence de ses interlocuteurs, ce beau parleur use de sa langue bien pendue pour embrouiller les pensées de ses interlocuteurs.

Dans le Petit Robert, on trouve cette définition. Sophisme, nom masculin : « Argument, raisonnement faux malgré une apparence de vérité. »

Comme tous les sophistes, Raphaël Enthoven enrobe donc ses raisonnements d’une apparence de vérité, on ne voit pas la manipulation à la première écoute. Or, à la télévision, ça va très vite, une parole en chasse une autre. Il faut prendre le temps d’analyser précisément les propos de ce prestidigitateur de mots pour révéler l’imposture de son argumentation.

Prenons le temps, analysons. Voici l’intégralité de son propos : « Il y a une autre contradiction dans le fait de dire (que) c’est un problème de l’Humanité, c’est un problème millénaire, c’est un problème vieux comme le monde et c’est un problème qu’on va résoudre. Les deux éléments de la phrase ne tiennent pas ensemble, si c’est un problème vieux comme le monde, si c’est la nature humaine qui pose ce problème, alors ce problème là n’a pas de solution et peut-être faut-il accepter que, tout en luttant pour l’amélioration des choses, il faille faire son deuil d’une solution définitive. Il faut accepter que dans une société, il y ait une part incompressible de sexisme, de racisme, d’hypocrisie et de mauvais sentiments. »

Première étape du sophisme : l’apparence de la vérité

Pour avoir l’air sérieux, quoi de mieux que d’utiliser le vocabulaire de la logique. C’est très (trop?) visible ici. « Il y a une autre contradiction dans le fait de dire » puis « les deux éléments de la phrase ne tiennent pas ensemble ». Wow, ça a l’air sérieux, ça fait de l’analyse logique ! Sauf que, entre les deux, la vérité est déjà partie se cacher, loin, très loin de la bouche de l’homme aux 4 consonnes pour 3 voyelles.

Le raccourci n’a l’air de rien « un problème de l’Humanité, c’est un problème millénaire, c’est un problème vieux comme le monde », ça va vite et pourtant, c’est déjà massivement problématique. Entre un problème vieux d’un, deux, même dix millénaires et un problème vieux comme le monde, il y a bien… 200 000 ans, quand bien même on daterait le début du monde au premier homo sapiens. Premier embrumage qui dénote d’un manque de profondeur historique, mais sans porter plus à conséquence, pour le moment. C’est la suite qui pique.

« Si c’est un problème vieux comme le monde, si c’est la nature humaine qui pose ce problème, alors ce problème là n’a pas de solution ». Premier écueil : mettre un signe égal entre un problème vieux comme le monde et dans la nature humain. La difficulté à se nourrir, se chauffer, s’hydrater, ont longtemps été vieux comme le monde, peut-on cependant dire que c’est dans la nature humaine d’avoir des difficultés d’accès à ces ressources ? Bien sûr que non, ce sont, d’un côté, les capacités techniques et, de l’autre, l’organisation du groupe qui empêchent les humains de se nourrir et se loger convenablement. Si l’environnement le lui permet, l’humain est parfaitement capable de subvenir à ses besoins.

Deuxième écueil, si c’est la nature humaine qui pose ce problème, alors il n’a pas de solution. De même, cela a l’apparence de l’évidence et pourtant… Plusieurs maladies qui semblaient ancrée dans la nature la plus profonde de la vie humaine ont été vaincu.

On le voit, tout n’est ici qu’apparences de logique, sous le vernis, tout n’est que raccourci, approximation.

Mais la tromperie de Raphaël Enthoven ne s’arrête pas à une pensée médiocre. Il cherche abattre le moral des personnes qui luttent pour le progrès humain.

Car la suite est bien plus grave. Il affirme : « il faut accepter que dans une société, il y ait une part incompressible de sexisme, de racisme, d’hypocrisie et de mauvais sentiments ». Il achève par une énumération de maux. Insidieusement, le vil trompeur instille l’idée que les quatre seraient de nature, si ce n’est de gravité comparable. L’hypocrisie et le racisme ? Les mauvais sentiments et le sexisme ? Des problèmes similaires ? Au moins dans leur cause ? Qui serait une indéfinissable nature humaine ?

Cela est tout simplement une négation de l’ensemble des travaux scientifiques en sociologie et anthropologie depuis la naissance de ces disciplines. En biologie, ce serait l’équivalent du fixisme (nier l’évolution pour affirmer que les êtres vivants ont été créés tel que nous les voyions aujourd’hui, de la main de Dieu). Le sexisme et le racisme ne sont précisément pas de simples mécanismes de rejet d’une différence, c’est un système d’oppression institutionnalisé de notre société.

Comparer le sexisme et le racisme à l’hypocrisie, c’est nier la dimension sociale, les fondements institutionnels de ces oppressions.

Il reste le temps pour une conclusion. Contre Raphaël Enthoven, invoquons Victor Hugo. Face à un problème social, le sophiste propose encore de lutter pour l’amélioration mais se résigner à ce qu’il n’y ait pas de solution. On a connu plus motivant. Toute personne qui lutte sait que la résignation est le plus féroce ennemi. Mais qui peut croire que ce bourgeois narcissique ait lutté véritablement pour autre chose que sa propre renommée. Aux antipodes du sophiste, le grand poète et son discours sur la misère. Écoute, Raphaël, écoute et apprends, si ce n’est à dire aussi bien, au moins à te taire.

« Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère. Remarquez-le bien, messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire ».

par Ulysse