Scandale d’État : le deal secret de Macron avec Uber

Uber, la société de VTC, a trouvé un lobbyiste de choix dans nos institutions : Emmanuel Macron. Entre 2014 et 2016, alors qu’il est ministre de l’Économie, l’actuel chef de l’État a travaillé en secret pour le compte de la multinationale américaine. L’objectif ? Fracasser durablement le droit du travail et le marché des VTC pour servir les intérêts privés d’Uber. Rendez-vous secrets, rédactions d’amendements « clés en main », sollicitation en cas de perquisition des locaux de l’entreprise… Le scandale des « Uber Files », l’enquête internationale menée par des membres du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), démasque Emmanuel Macron au yeux du monde entier : un agent secret d’Uber au sommet de l’État. Un valet du grand capital comme président français. Notre article.

Uber Files : « Emmanuel Macron a été, à Bercy, plus qu’un soutien, quasiment un partenaire »

2015. Uber défie ouvertement le gouvernement français. La multinationale maintient son service UberPop, pourtant jugé illégal par la justice. Elle doit affronter l’hostilité du gouvernement de l’époque. À l’exception de l’un de ses membres : Emmanuel Macron. « Les « Uber Files » montrent à quel point Emmanuel Macron a été, à Bercy, plus qu’un soutien, quasiment un partenaire. », écrit Damien Leloup dans Le Monde. Le contact est régulier, secret : en moyenne, un échange par mois (rendez-vous, appels, SMS) entre l’ancien locataire de Bercy et les équipes de Uber France.

« Emmanuel Macron a-t-il agi de concert avec les entreprises de VTC, en coulisses, pour assouplir drastiquement la réglementation ? (…) un message du 20 janvier 2015, envoyé par le lobbyiste Mark MacGann à ses collègues, laisse peu de place au doute. », écrit Élodie Guégen de la Cellule Investigation de Radio France.

Macron, lobbyiste en chef pour Uber. Mais quel est le deal conclu entre les deux parties ? Si Uber accepte la suspension d’UberPop, Macron propose une « simplification drastique des conditions nécessaires pour obtenir une licence de VTC ». Le ministre de l’Économie va conseiller la multinationale pour qu’elle puisse légalement fracasser le droit du travail pour servir ses intérêts. Ainsi, Emmanuel Macron a proposé aux dirigeants d’Uber France « de transmettre des amendements « clés en main » à des députés amis ».

En janvier 2015, le député socialiste Luc Belot reçoit ces amendements pré-rédigés, qu’il défendra à l’Assemblée nationale. Comme prévu, les amendements sont rejetés ou retirés. Mais le ministre se saisit du débat et annonce la signature prochaine d’un décret. En 2016, le gouvernement fait passer la durée de formation nécessaire de 250 heures à… 7 heures. Un ministre au service des intérêts d’une multinationale pour briser le code du travail et déréguler le marché des VTC.

Macron sollicité par Uber en pleine perquisition

Un épisode qui montre à la fois le sentiment de toute-puissance de la multinationale et la proximité qu’elle avait avec le locataire de Bercy de l’époque. Le 6 juillet 2015, le siège d’Uber à Paris est perquisitionné. L’objet de cette perquisition ? Des soupçons d’évasion fiscale. Le deal avait été entériné en haut lieu quelques jours plus tôt.

Mark MacGann, le lobbyiste en chef pour la zone Europe, se sent trahit. Il se fend d’un SMS larmoyant à Emmanuel Macron, resté sans réponse : «Désolé de vous embêter, mais descente en ce moment d’une vingtaine de fonctionnaires de la direction des finances publiques. Ils disent qu’ils vont mettre [nos] dirigeants en garde à vue. (…) Nous avions l’espoir de pouvoir atteindre le fameux climat d’apaisement dès ce week-end. Pouvez-vous demander à vos services de nous conseiller ? »

Un mélange des genres inacceptable. Pire, cette affaire est un scandale d’État. Qu’un ministre en plein exercice travaille en secret pour le compte d’une multinationale, dont une partie des services est mise en cause par la justice, le tout en court-circuitant son propre gouvernement, qu’il lui fournisse en secret des conseils pour fracasser le droit du travail et le marché des VTC… Macron, chantre de l’ubérisation, est un valet du grand capital, en plus d’avoir été un lobbyiste actif pour l’un de ses plus grands représentants.