Destruction de l’hôpital public : la charge de Caroline Fiat contre Emmanuel Macron

Alors que le texte de loi de financement de la Sécurité Sociale est en discussion à l’Assemblée nationale, la députée insoumise et aide soignante Caroline Fiat a adressé une charge contre Emmanuel Macron face à sa destruction de l’hôpital public. Dans une intervention teintée de sarcasme et de colère, Caroline Fiat a félicité le gouvernement pour les 14 milliards d’euros économies réalisées sur le dos du personnel de santé et celui des patients. La députée aide-soignante a dénoncé les politiques d’austérité et leurs conséquences sanglantes : la fermeture de 14 000 lits et les démissions massives de soignants qui fracassent tous les jours un Hôpital public à bout de souffle. Son discours.



Chers collègues En Marche,


Je tenais à vous féliciter, oui, vous féliciter, car vous avez tenu votre promesse, ou plutôt celle d’Emmanuel Macron, qui promettait au début de son mandat de réaliser 15 milliards d’euros d’économies sur l’assurance maladie.

Bon, vous êtes à 14 milliards d’euros en moins, mais à 1 milliard près, cela aura tout de même conduit à la fermeture de 14 000 lits sur l’ensemble du mandat.Félicitations !

Le candidat Emmanuel Macron avait annoncé, toujours en 2017 : « je ne supprimerai
aucun poste dans la fonction publique hospitalière ». Et c’est vrai, Emmanuel Macron n’a pas eu besoin de supprimer des postes dans la fonction publique hospitalière. Les postes sont supprimés tout seul, pour ainsi dire. Les soignants ont démissionné. Et tant pis si aujourd’hui, nous nous retrouvons avec 100 000 postes vacants et 20% de lits fermés, faute de personnel.

Je poursuis ce que nous disait Emmanuel Macron à l’époque. La réorganisation du système de soins est de nature à faire ces économies et à conduire un vrai plan de modernisation de l’hôpital. Là encore, c’est réussi. Bravo !

Les fermetures de services et fusions d’hôpitaux ont conduit à la création d’hôpitaux usines
tout neufs, mais sans personnel dedans. C’est ça l’hôpital modernisé en Macronie, une honte.

Aujourd’hui, monsieur le ministre Olivier Véran, nous entamons une nouvelle lecture du
budget de la Sécurité sociale et vous allez à nouveau chercher à nous démontrer coûte que
coûte que nous n’avons jamais autant investi dans la santé.

Tous les artifices seront au rendez-vous. Vous mettez de côté l’inflation, vous mettez de côté les économies réalisées les années passées. Vous mettez de côté l’augmentation et le vieillissement de la population. Vous mettez de côté tout ce qui fait que votre plan est ridiculement faible, alors que pour maintenir à flot l’hôpital et notre système de santé dans son ensemble, il faudrait un investissement massif et structurel dans l’assurance maladie.

Nos soignants sont abattus. Ils ont fait preuve d’abnégation, de dévouement, de sacrifice durant toutes ces années. Ettout ce que vous avez à leur offrir, ce sont des mensonges et de l’hypocrisie. Ce n’est pas en arrivant tout sourire, monsieur le ministre, avec un chèque d’1,7 milliards d’euros pour éponger les frais supplémentaires liés à la crise covid, que vous allez nous rassurer structurellement.


Nos hôpitaux continuent d’être saignés. Notre système de santé est à bout de souffle. Chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles. Fermeture des urgences de nuit à Moissac, dans le Tarn et Garonne. Fermeture deux fois en trois mois des urgences de nuit de l’hôpital Maillot à briller en Moselle. Nouveau désert médical à Nieul le Dolent, en Vendée suite au départ du dernier médecin.

Et tellement d’autres exemples derrière ces fermetures et ces départs, il y a des vies en jeu. Notre projet porté par Jean-Luc Mélenchon est un projet de solidarité. L’inverse du vôtre.

Dans notre programme, l’avenir en commun, nous proposons de rouvrir des services
d’urgence, maternité, EHPAD public pour un service de santé publique à moins de 30 minutes de chacun, chacune. Nous proposons un plan pluriannuel de recrutement des professionnels du soin et du médico-social, médecins, infirmiers, aides soignants, personnels administratifs et techniques.

Nous proposons la revalorisation des métiers et des revenus parce que non, le Ségur n’a
pas suffi. Nos soignants demeurent parmi les moins bien rémunérés des pays de l’OCDE. Nous proposons de sortir de la logique budgétaire associée à l’Ondam pour des financements au service des besoins humains.

Nous proposons, en lieu et place de votre cinquième branche vie des non financés, un véritable service public de l’autonomie qui permette d’atteindre des ratios soignants par
résidents mettant fin à la maltraitance institutionnelle, pour ne pas dire gouvernementale.

Nous proposons la création d’un pôle public du médicament pour assurer la relocalisation,
garantir l’approvisionnement, contrôler les prix des médicaments en toute transparence et
assurer la production de vaccins sous licence d’office.

Chers collègues, monsieur le Ministre, nous proposons aussi qu’un ministre de la Santé soit
présent lors des projets de loi de financement de la Sécurité sociale à l’Assemblée nationale.

Chers collègues, monsieur le Ministre, jamais, au grand jamais, nous ne laisserons entendre
aux Françaises et aux Français : “Prenez soin de vous, car on a fermé tous les lits d’hôpitaux.”

Votre politique de santé est irresponsable.

Nous demandons donc le rejet de ce projet de financement de la Sécurité sociale, car nous
défendons un autre modèle solidaire : la protection sociale et la santé pour toutes et tous.

Caroline Fiat.