Ascoval : Le Feu Sacré, 500 jours de combat pour sauver leur usine

Stupeur et incompréhension face à la fermeture brutale d’une usine neuve et respectueuse de l’environnement : Feu sacré, un documentaire humaniste, nous plonge dans le combat d’un collectif d’ouvriers qui se sont battus pour sauver leur usine.

L’industrie française frappée de plein fouet

« Relocalisation » et « souveraineté industrielle » ont fait partie des mots d’ordre soutenus par l’exécutif lors de la crise sanitaire qui a touché le pays en mars 2020. À cet instant et avec stupeur, le monde a semblé réaliser que le modèle libéral nous avait passivement entrainé vers une insécurité nationale durable et difficilement remédiable. Les chaînes de production sont trop longues, les produits, fabriqués un bout ici un bout là, sont disséminés à travers le monde. En France comme dans de nombreux pays, des politiques de délocalisations massives ont été instaurées, pour dénicher la main d’œuvre la moins chère possible, dans la dynamique de mondialisation qui a pris forme dès les années 2000. Et c’est sans crier gare que ces faiblesses nous ont brutalement fait prendre conscience de notre situation critique. Une crise sanitaire, et nous voilà démunis.

N’échappant pas à ces logiques de compétitivités et de rationalisation, l’industrie française a été frappée de plein fouet. Selon Éric Guéret, réalisateur engagé du documentaire “Le Feu Sacré”, le pays a subi pas moins de 1 928 fermetures d’usines entre 2009 et 2017, ce qui a entraîné la destruction de quelque 600 000 emplois, et la disparition progressive de compétences très techniques. Partout sur les terres industrielles, et depuis fort longtemps, nous entendons parler de ces longues grèves d’ouvriers pris en tenaille par un système bien huilé, qui cherche à se débarrasser d’eux. Beaucoup de ces luttes finissent par s’éteindre, mais certaines subsistent. Ascoval fut l’une d’entre elles.

Immersion dans les feux d’Ascoval

La petite ville de Saint-Saulve, dans les Hauts-de-France, a fait parler d’elle. En son sein, plus particulièrement dans l’aciérie Ascoval, s’est déroulé un long et rude combat de plusieurs mois, entre des salariés prêts à tout pour sauver leur usine neuve, et une alliance entre pouvoir et patronat qui n’a souhaité qu’une seule chose : la voir tomber. Se battant à armes inégales contre ceux en faveur de la délocalisation, le groupe d’ouvriers, soutenu par un directeur combatif, tiendra et fera tout pour ne pas voir disparaître ce haut lieu de modernité, qui représente leur gagne-pain. Tout au long de cette histoire, leur attachement à leur usine se renforce, et cette dernière prendra des allures de symbole de la lutte ouvrière contre la désindustrialisation.

Éric Guéret a passé plus de 70 jours auprès d’eux en immersion afin de livrer le récit de cette lutte, révélatrice des incroyables coups bas de l’oligarchie pour mettre à terre les fleurons de l’industrie française. Le réalisateur revient sur ce qu’il s’est passé entre les murs d’Ascoval, et ceux des couloirs de Bercy, dans un documentaire humaniste qui prend le temps de dépeindre les émotions de ces ouvriers, qui passent de la surprise d’entendre parler de fermeture à la colère face à la débâcle gouvernementale sur ce dossier, en passant par un espoir qui ne s’éteindra jamais.

“Fermer une usine neuve…Franchement je l’accepterais pas”
Un ouvrier

Éric Guéret rencontre la belle bande d’Ascoval alors que cette dernière occupe les ronds points, dans une tentative désespérée de se faire entendre. Au départ méfiants envers cette caméra qui s’impose dans leur quotidien, les ouvriers finiront par s’y faire, et même y voir un espace d’expression devant laquelle leurs émotions seront capturées, ce qui fera toute la force du documentaire.

Un long combat de 500 jours

Pris en étau entre des actionnaires invisibles qui souhaitent la mort de l’usine, des repreneurs exigeants qui veulent tirer un trait sur d’anciens acquis sociaux, et un gouvernement qui tient des discours différents de ses actes, les salariés comprennent vite que c’est en se serrant les coudes qu’ils s’en sortiront.

Mais la question principale demeure : comment une usine neuve, très compétitive et engagée dans la bifurcation écologique s’est-elle retrouvée au bord de la fermeture ? La réponse se trouve dans la volonté permanente de la recherche de profit du modèle libéral destructeur dans lequel nous vivons, c’est-à-dire la chasse à une main d’œuvre sous-payée et sans acquis sociaux.

Je pense que la grande leçon du film, c’est que c’est le collectif qui gagne. À aucun moment, il y en a un qui a essayé de prendre le dessus, de gagner pour lui. Ils ont toujours essayé de gagner pour tous.
Éric Guéret

Le film nous montre là toute la beauté d’un savoir-faire de très haute technologie aujourd’hui menacé de disparition, l’attachement des ouvriers à leurs usines et à leurs compétences, et enfin la force incroyable d’un collectif, qui, malgré les difficultés rencontrées, a su s’imposer et sauver le site, qui emploie quelques 281 ouvriers. Un film qui offre une bouffée d’espoir, et qui rappelle que nulle lutte n’est jamais vaine.

Pour en savoir plus
Retrouvez 28 minutes d’Arte sur le sujet.
● Pour tenter de coaliser les efforts des syndicats et des ouvriers qui se battent
contre les plans sociaux, le site Stop Licenciement recense sur une carte
interactive toutes les usines menacées.

Par Cassandra Serier.

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