Louche de sarkozystes, sauce libérale : la recette du gouvernement Castex

Le 5 juillet, Macron tweetait ses ambitions : « Relance de l’économie, poursuite de la refondation de notre protection sociale et de l’environnement, rétablissement d’un ordre républicain juste, défense de la souveraineté européenne : voilà nos priorités pour les mois à venir. » La crise économique et sociale subie par le pays aurait nécessité la constitution en urgence d’un gouvernement préoccupé par les besoins essentiels du peuple. Résultat : des jours entiers d’agitation pour une ratatouille de campagne présidentielle, entre sarkozystes, macronistes et opportunistes, dévoués à Emmanuel Macron.

Une grosse louche de sarkozystes

31 ministres et ministres délégués ont été nommés hier. Parmi eux et elles, le vieux monde libéral et technocratique se taille la part du lion. Aux postes clés, de vieux couteaux de la droite française, ayant fait leurs armes aux côtés de Sarkozy. À Matignon, Jean Castex devient la nouvelle main du roi. Enarque, secrétaire général adjoint de l’Elysée sous Sarkozy, soutien de Fillon, ex-Les Républicains. En tant qu’ancien directeur de cabinet de Xavier Bertrand, il a participé à la mise en place de la tarification à l’acte (T2A) en milieu hospitalier (2005).

Gérald Darmanin passe du ministère des Comptes publics à l’Intérieur. Ancien porte-parole de la campagne de Sarkozy puis secrétaire général adjoint aux élections à l’UMP, c’est un libéral déconnecté de la réalité. Il s’est plaint pendant les manifestations de Gilets jaunes en novembre 2018 des « additions dans les restaurants parisiens tournant autour de 200 euros lorsque vous ne prenez pas de vin » et a déclaré « c’est la peste brune qui a manifesté » à Paris.

Une sauce libérale

Pour conduire la « relance » et sortir l’économie du marasme, Macron a reconduit Bruno Le Maire. Énarque, secrétaire d’État puis ministre de l’Agriculture sous Sarkozy. Pour Macron, il a piloté la loi PACTE, qui a privatisé Aéroports De Paris et la Française des Jeux. Pendant la Covid19, il n’a eu de cesse de communiquer sur un registre très à droite, sur la nécessité de réduire les dépenses publiques et de « rembourser la dette ». Par sa faute, des milliards d’euros ont été distribués à l’aéronautique et à l’automobile sans contreparties écologiques et sociales. Résultat : de l’argent public finance la distribution de dividendes aux actionnaires et des licenciements par milliers.

D’autres politiques issus de la droite sont moins connus mais tout aussi « prometteurs ». Ainsi, Brigitte Klinkert a été nommée ministre déléguée à l’Insertion rattachée au ministère du Travail et de l’Emploi. Elle s’est faitd connaître pour avoir voulu imposer des heures de bénévolat pour pouvoir bénéficier de ses droits au RSA.

Une cuisson chaleur tournante thermostat « chaises musicales« 

Si certains ministres devenus gênants ont été écartés (Castaner, Belloubet, Pénicaud) les fidèles de la macronie sont plutôt récompensés pour leurs mauvais services. Tel est le cas au ministère de la Santé. Olivier Véran est confirmé à son poste de ministre. En 2018, en tant que député, il proposait de supprimer le terme « Sécurité sociale » dans la Constitution. En première ligne dans gestion de la Covid19, il est comptable de nombreux fiascos et mensonges, à commencer par les masques et tests en nombre insuffisants.

À ses côtés, Brigitte Bourguignon sera en charge du dossier de « l’autonomie ». Elle était la présidente de la Commission des Affaires sociales depuis le début du quinquennat. Ainsi, nous lui devons la bonne conduite de la réforme des retraites, de l’assurance chômage et toutes les autres mesures anti-sociales de ce quinquennat. Est-ce cela, la récompense promise aux soignants ?

Déguster réchauffé à la façon « Travailler davantage »

Au-delà du casting, le cap reste le même. Il va falloir « travailler et produire davantage », sorte de recyclage du « travailler plus pour gagner plus » tandis que le festival des lobbies et des conflits d’intérêt continue ! La crise économique et l’urgence écologique impliquaient d’engager une bifurcation d’ampleur. Au lieu de cela, la « relance » est ajoutée au portefeuille de Bruno Le Maire. La ministre déléguée à l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher a refusé d’encadrer le prix des masques durant la Covid19 pour ne pas « freiner l’innovation ». Barbara Pompili, quatrième ministre en trois ans récupère un ministère de la transition écologique amputé de son « et solidaire ». Ancienne EELV passée chez LREM, elle va œuvrer de concert avec Emmanuelle Wargon et Jean-Baptiste Djebbari. L’une est une ancienne de chez Danone l’autre reste en charge des transports, déjà bourreau de la SNCF et du train de primeurs Perpignan-Rungis. Où sont passées les ambitions écologiques de Macron ?

Par Manon Dervin.

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