Soignants en pleurs, infirmière arrêtée : la honte absolue pour la macronie

En macronie, on doit appeler ça de la gratitude. Hier se tenait la première mobilisation nationale des soignants depuis le déconfinement. Les applaudissements tous les soirs aux fenêtres semblent déjà loin. Ce ne sont pas des médailles, mais des coups de matraques et du gaz lacrymogène qui ont plu sur les soignants ce mardi 16 juin. La honte absolue. L’ingratitude et l’hypocrisie du pouvoir macroniste éclate une fois de plus aux yeux de tous. Retour sur ce qui restera comme une des images les plus honteuses du quinquennat Macron.

« Vos soupirs quand on vous parle des soignants, c’est juste abject« 

13 heures, mardi 16 juin 2020, à Paris, à deux pas de la Tour Eiffel. La foule, en grande majorité composée de soignantes, commence à affluer. Deux infirmières ont inscrit sur leurs blouses le slogan devenu célèbre : « l’État compte les sous, on va compter les morts ». Ce slogan ne date malheureusement pas d’hier. Le personnel hospitalier n’a pas attendu le coronavirus pour alerter sur la destruction de l’hôpital public. Cela fait maintenant plus d’un an et demi qu’ils manifestent. Souvent dans l’indifférence la plus totale. Les marcheurs répondant par le mépris à l’Assemblée nationale. L’aide soignante et députée insoumise Caroline Fiat lançait déjà en 2017 dans l’hémicycle : « vos soupirs quand on vous parle des soignants, c’est juste abject. La santé des Français mérite mieux qu’être une ligne comptable sur un document de technocrate. »

Plus de 18 mois de mobilisation du personnel hospitalier. Plus de 3 ans d’alertes à l’Assemblée nationale. Plus de 30 ans de destruction de l’hôpital public par une succession de politiques austéritaires dans la santé. Un chiffre : en 15 ans, 69 000 lits d’hôpitaux ont été fermés. Voilà le résultat de la politique du flux tendu permanent : aucun lit d’hôpital non utilisé. La volonté de gérer l’État et ses services publics comme une grosse entreprise. Une politique aux ordres de Bruxelles. Entre 2011 et 2018, la Commission européenne a demandé 63 fois à ses États membres de réduire leurs dépenses de santé. L’état de l’hôpital public a été mis en lumière pendant le coronavirus.

Les revendications des soignants sont pourtant simples : hausse du recrutement de personnel, hausse des salaires, réouverture de lits, plus de matériel. Quand on se remémore les images de soignants équipés de sac poubelle en plein cœur de l’épidémie, on se dit que ces revendications relèvent du bon sens. Quand on sait qu’une infirmière commence sa carrière à 1 500 euros en France, salaire parmi les plus bas de tous les pays de l’OCDE, là encore on se dit que les revendications des soignants sont plus que légitimes.

La réponse du pouvoir macroniste : la matraque, les gaz lacrymogènes et les arrestations

Les soignants et soignantes se mobilisaient donc hier, mardi 16 juin, partout dans le pays. Après avoir été applaudis tous les soirs à 20 heures pendant le confinement, ils pouvaient légitimement imaginer recevoir meilleur accueil. Le départ de la manifestation parisienne s’est déroulé dans le calme. Puis très vite, arrivé à l’esplanade des Invalides, les CRS sont arrivés au pas de course. Un homme crie : « Vous n’avez pas honte ? Taper une infirmière ? ». Les gaz lacrymogènes fusent d’un coup. Les charges policières sont brutales comme on peut le constater sur la vidéo de La France insoumise ci-dessous.

Si dans plusieurs villes de France, comme à Lille ou à Nîmes, des images ont montré des forces de l’ordre reconnaissantes et bienveillantes envers les soignants qui manifestaient, le sommet de la honte arrive en fin de journée à Paris. Les mots manquent pour qualifier la scène. Farida, une infirmière de 55 ans, se fait violemment attraper par un groupe de CRS. Tenue par les cheveux, les policiers l’amènent au sol. L’infirmière, asthmatique, réclame sa ventoline. Un CRS lui répond « il fallait y penser avant ». Les policiers l’embarquent. Dans la soirée, la vidéo devient virale sur les réseaux sociaux. La fille de l’infirmière réagit : « Cette femme, c’est ma mère. 50 ans, infirmière, elle a bossé pendant 3 mois entre 12 et 14 heures par jour. A eu le covid. Aujourd’hui, elle manifestait pour qu’on revalorise son salaire, qu’on reconnaisse son travail. Elle est asthmatique. Elle avait sa blouse. Elle fait 1m55. »

#LibérezFarida

Hier soir, un rassemblement s’est tenu devant le commissariat du 7ème arrondissement de Paris. À l’heure où nous écrivons ces lignes, l’infirmière y est toujours détenue. Plusieurs députés insoumis se sont rendus hier soir dans le commissariat pour réclamer sa libération. Ces images resteront comme une honte absolue pour le pouvoir macroniste. L’écrivain Édouard Louis était de passage dans l’émission « clique » de Canal Plus. Le journaliste, Mouloud Achour, lui a demandé de qualifier en un mot le pouvoir macroniste : « dégoûtant ».

Par Pierre Joigneaux.

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