Le coronavirus tue les pauvres : en Seine-Saint-Denis, les inégalités sont mortelles

Partout, dans les grandes villes de la planète, le constat est le même : les quartiers et populations défavorisées subissent de plein fouet le coronavirus et ses conséquences. En clair : le virus peut toucher tout le monde, mais nous sommes loin d’être égaux face à lui. Explications. 

En France, le département de la Seine-Saint-Denis (93) bat tous les records de surmortalité : +61,60% de décès entre le 1er et le 30 mars 2020 par rapport à la même période en 2019. Cela, alors même que sa population est l’une des plus jeune de France et que le virus est censé affecter davantage les personnes âgées. Comment l’expliquer ? Le coronavirus et la crise sanitaire, économique et sociale qu’il génère ne font que mettre en relief les inégalités et vulnérabilités préexistantes liées aux inégalités de revenu et aux conditions de vie. Et les transformer en double-peine mortelle. 

Pollution et maladies liées à l’alimentation augmentent le risque face au coronavirus

La Seine-Saint-Denis est le département le plus pollué de France. Et le taux de pauvreté y est 2 fois supérieur à la moyenne nationale. Or, deux types de maladies chroniques, qui augmentent les risques de développer des formes sévères du Covid19, sont liés aux niveaux de revenu et aux conditions de vie. Il s’agit des maladies liées à l’alimentation (obésité, diabète) et des maladies respiratoires.

On constate premièrement une grande corrélation entre maladies liées à l’alimentation et les niveaux de revenus. D’après une étude de l’Inserm (2016), 18,7 % des hommes et 30,7 % des femmes gagnant 450 euros par mois ont des problèmes d’obésité, contre 9,1 % et 7 % pour ceux qui gagnent 4200 euros ou plus. Le diabète, favorisé par l’obésité, a été constaté chez 20 à 30% des personnes décédées du Covid-19 en fonction des pays. La Seine-Saint-Denis est le troisième département de France le plus touché par le diabète, et le premier de l’hexagone.

Deuxièmement, on découvre que la pollution de l’air est une autoroute pour la propagation du coronavirus. Or, les populations les plus pauvres sont les plus concernées par la pollution et les maladies respiratoires qui en résultent. En effet, elles sont évincées (notamment par le prix des loyers) des lieux où la qualité de l’air est meilleure, refoulées en périphérie des villes, près des axes routiers et des zones industrielles.

Le mal-logement : condition aggravante pour le coronavirus

Les conditions de logement ne sont pas en reste. L’insalubrité, la forte densité ou la précarité du logement sont autant de facteurs pouvant aggraver les problèmes de santé car sources de maladies plus fréquentes, comme l’asthme et autres maladies respiratoires. 1,3 millions de Français·es vivent dans des habitations insalubres. La Seine-Saint-Denis est le département francilien le plus touché : 7,5% des résidences principales privées sont potentiellement indignes.

Par ailleurs, le phénomène de surpeuplement des logements touche 9 millions de personnes en France. En Seine-Saint-Denis, le nombre moyen de personnes par ménage est le plus élevé de France métropolitaine, avec 2,6 personnes par ménage. Enfin, la précarité énergétique, qui se définit par le fait de consacrer plus de 10 % de son revenu à ses besoins énergétiques, et touche 7 millions de personne en France, est une réalité pour de nombreux ménages du département. 

On a également davantage de risque de contracter le coronavirus quand on a d’autre choix que d’aller travailler. Or, les populations franciliennes qui vivent en banlieue à cause des prix exorbitants du logement à Paris sont aussi celles qui font tourner les services essentiels. Ces colonnes de travailleurs, qu’ils soient soignants et soignantes, caissiers ou caissières, livreurs ou éboueurs, sont exposés davantage que les cadres qui ont la possibilité du télétravail. Et parmi eux, les femmes sont en première ligne : elles représentent 89% des infirmier·es et sages-femmes, 76 % dans le paramédical, 87 % des employé·es d’EHPAD, 80% des caissièr·es. 

Précarité alimentaire : le risque d’une famine en Seine-Saint-Denis

La fermeture des écoles et les multiples secteurs à l’arrêt – confinement oblige – achèvent de faire de la romantisation du confinement une affaire de privilégiés. Ainsi, à la crise sanitaire s’ajoute la crise économique et sociale. Pour ceux qui jonglent habituellement entre emplois précaires, aides sociales et repas de cantine parfois seul repas journalier des enfants, un autre risque émerge : l’impossibilité de subvenir aux besoins essentiels de sa famille.

Risquer de contracter le virus pour ne pas mourir de faim, ou risquer de mourir de faim pour ne pas contracter le virus ? Les files d’attente de l’aide alimentaire s’allongent. Les solidarités locales pallient l’absence d’État et de justice sociale, mais pour combien de temps ? En Seine-Saint-Denis, entre 15.000 et 20.000 personnes vont avoir du mal à se nourrir dans les prochaines semaines selon le préfet du département qui craint des « émeutes de la faim ».

Ces constats se reproduisent à l’identique dans les quartiers défavorisés d’autres villes du monde. Les statistiques des pays anglosaxons attestent du fait que les communautés noires, asiatiques et hispaniques, surreprésentées dans les quartiers défavorisés, sont celles qui subissent de plein fouet le coronavirus. Comme le précise le Haut Conseil pour le Climat dans son rapport d’avril 2020, « les inégalités sont un facteur aggravant » et ce sont « les vulnérabilités qui transforment la menace en catastrophe ». La leçon est claire : c’est à la racine de ces vulnérabilités qu’il faut s’attaquer, à savoir le système économique qui les produit. 

Par Manon Dervin

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