mercredi 14 octobre

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« C’est une vendetta politique contre LFI » : contre le Canon français, les députées LFI Marie Mesmeur et Mathilde Hignet démontent l’offensive de l’extrême droite

Le Canon Français est une entreprise qui organise des banquets géants, un peu partout en France, pour simuler une authenticité de façade, produite à la chaîne, et tente de reproduire une ambiance « franchouillarde » et un passé fantasmé. Mais dans la longue histoire de France, le Canon français semble ignorer sa culture démocratique et […]

Canon français

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Le Canon Français est une entreprise qui organise des banquets géants, un peu partout en France, pour simuler une authenticité de façade, produite à la chaîne, et tente de reproduire une ambiance « franchouillarde » et un passé fantasmé. Mais dans la longue histoire de France, le Canon français semble ignorer sa culture démocratique et de la liberté d’expression ; les organisateurs des banquets semblent en revanche plus attentifs à une culture de la censure, qui a eu ses heures de gloire dans le pays il y a quelques décennies – la seule eau qu’on peut trouver dans leurs banquets est à la rigueur celle de Vichy – et qui revient en force depuis plusieurs années. 

En effet, certains participants aux fêtes du Canon français semblent férus de certaines références historiques : saluts nazis, drapeaux royalistes et insultes racistes sont monnaie courante dans ces repas géants. Les organisateurs ont toujours nié en bloc les accusations, pourtant fondées, d’inaction de leur part face à ces actes abjects ; et leur obsession à se défausser et à dépolitiser leurs événements confine à l’obscénité.

Des élus, notamment les députées bretonnes Marie Mesmeur et Mathilde Hignet (LFI) s’étaient insurgées contre la tenue d’un banquet à Rennes en novembre 2025. Pour cette raison, le Canon français a eu comme seule réponse de leur intenter un procès, dont la première audience s’est tenue le 3 septembre dernier. La députée insoumise Marie Mesmeur est revenue auprès de L’Insoumission sur ce procès, et l’argumentaire plus que bancal du Canon Français. Notre article. 

Pour aller plus loin : « Canon français » : faux banquets, vrai coup de comm’ réactionnaire ? 

Un lawfare de l’extrême droite contre des parlementaires insoumises

Tout part d’un communiqué du 31 octobre 2025 signé par treize élus bretons, dont les députées LFI Mathilde Hignet et Marie Mesmeur, dénonçant la venue à Rennes de banquets du Canon français, qui font « la promotion de l’idéologie d’extrême droite ». Les élus ajoutent aussi que des « saluts nazis, chants à la gloire du Rassemblement National, drapeaux royalistes » ont été bien documentés par la presse pour les précédentes éditions du banquet. 

Des critiques qui ne plaisent pas du tout aux organisateurs, qui portent plainte pour diffamation uniquement contre les deux parlementaires insoumises, laissant tranquille les autres signataires, élus locaux ou sénateur. Un acharnement sur les députées LFI, qui se retrouvera lors du procès, qui a finalement eu lieu ce 3 septembre. « C’est une vendetta politique contre LFI », a dénoncé Marie Mesmeur auprès de L’Insoumission, et ce procès a le mérite de confirmer que LFI est le premier ennemi de l’extrême droite dans ce pays. Il est à noter que Radio France, qui avait couvert les banquets et y avait relevé des chants racistes et saluts nazis, a aussi fait l’objet d’une plainte. 

L’opération de censure du Canon français ne dupe personne, l’acharnement non plus. Comme l’a relevé Marie Mesmeur, le Parquet – le procureur – ne s’étant pas saisi de l’affaire, le Canon est allé jusqu’à payer de sa poche pour accélérer la procédure – la citation directe, une procédure légale garantie par la loi du 29 juillet 1881, précipitant le procès à moins d’un an après les faits. Ils voulaient leur procès. Ils l’ont eu… à leurs dépens. Courageux mais pas téméraires, les dirigeants du Canon français, présents à l’audience, ont laissé leur avocat défendre leur cause, tandis que Marie Mesmeur a pris la parole, avec ses avocats et ceux de Radio France. 

Le procès s’est alors retourné en faveur des élues Insoumises, le Canon français a été acculé à répondre à des questions pour le moins embarrassantes. Ou plutôt à ne pas répondre, comme quand la défense demande pourquoi les plaignants sont gênés par l’évocation de saluts nazis dans leurs événements mais pas par des drapeaux royalistes. Les responsables des banquets ne répondront à aucune question, laissant leur avocat le faire à leur place.

Même silence gêné lorsque la défense demande aux plaignants : « Que feriez-vous si un participant à un de vos banquets faisait un salut nazi devant vous ? ». L’Insoumission a aussi par le passé mis en cause la « charte du canonnier », que chaque participant signerait pour prévenir, au hasard, de gestes et propos racistes. Si elle n’est pas respectée, ce qui est le cas, à quoi sert cette charte ? Devant cette question, les représentants du Canon français bredouillent et ne répondent pas. 

Ce procès a profondément mis à mal la défense médiatique habituelle du Canon français qui, quand il est accusé de liens avec l’extrême droite, dépolitise constamment son action : ils ne sont là que pour partager de bons moments (à 80 euros l’entrée), dans une ambiance franchouillarde. Quant à ceux qui ont le malheur de critiquer les propos racistes, les saluts nazis qui prolifèrent dans leurs banquets ou en marge de ceux-ci, ils sont réduits à des « anti-fête », « anti-tout », « extrême gauche qui veut tout interdire ». Quand on voit leur réaction à ces critiques, une procédure-bâillon, on se demande qui est dans le camp de la censure. 

Derrière le Canon français, l’ombre de Pierre-Édouard Stérin

Par cette défense médiatique dépolitisante, le Canon français, comme le note Marie Mesmeur, crée et applique ses propres normes, en créant un « eux » et un « nous » excluant. Il y a ceux qui basent toute leur identité sur le fait de manger dans des hangars de la viande trop chère sur de la chanson française écoutée dans une optique de passé fantasmé ; et il y a tous ceux qui ne souscrivent pas à cette ambiance « vieille France », quand bien même cette dernière n’a jamais vraiment existé.

Citant le sociologue Benoît Coquard, la députée Marie Mesmeur analyse la clientèle des banquets du Canon Français. Bien que le tarif de 80 euros l’entrée soit d’emblée un critère d’exclusion, on y trouve aussi bien « des étudiants en école de commerce, mais aussi des familles, des militants nationalistes et des électeurs RN dans leur grande diversité » ; toute une sociologie qui s’offre, le temps d’une soirée, un « sentiment d’appartenance ».  

Marie Mesmeur, qui a elle-même grandi en milieu rural, le rappelle : l’ambiance « salle des fêtes » reproduite par le Canon Français est on ne peut plus factice. Quiconque a connu les ruralités françaises, dans leur diversité, sera d’accord : quel genre de salle des fêtes rurale ou périurbaine impose de payer 80 euros à l’entrée ? D’autant que la fête a grandement évolué depuis la période que le Canon français fantasme : fêtes de la Musique, fêtes de quartier, teknival… Bien loin de la vision rabougrie des proxys de Pierre-Edouard Stérin.

Car ce dernier a massivement financé, pour sa bataille culturelle suprémaciste, le Canon français, y compris dans sa stratégie de « guérilla judiciaire » contre les élus LFI, dénoncée à la barre par Marie Mesmeur, sans être contredite par les représentants du Canon français au passage.

De fait, cette stratégie d’intimidation judiciaire, par les procès politiques, porte ses fruits pour Stérin et ses stipendiés : les journalistes hésitent avant d’enquêter sur les réseaux et les plans du milliardaire d’extrême droite, connu pour ses obsessions racialistes. En dehors des médias ouvertement de gauche, comme les révélations de L’Humanité, seuls le service public et la presse locale/régionale s’emparent de ces sujets. 

Et pourtant le Canon français déteste qu’on lui rappelle ses liens avec un homme d’affaires qui appelle à faire « des bébés de souche européenne » pour sauver la prétendue race blanche. C’est même la raison profonde du procès intenté aux députées LFI. Pourtant, cette proximité financière et politique avec Stérin est largement documentée. Au point où un rapport sénatorial, une chambre qui ne comptait pas à l’époque d’élus insoumis, consacre un paragraphe au Canon français, comme un rouage de la machine idéologique et métapolitique de Stérin. 

Pour aller plus loin : Révélations – « Historock », enquête sur une incursion culturelle de l’extrême droite française

Ce rapport du Sénat cite sans ambiguïté les banquets du Canon français : « Les débordements constatés à l’occasion desdits banquets, n’engagent évidemment pas la responsabilité de l’ensemble des participants mais leur caractère répété interroge sur la volonté réelle des organisateurs et des financeurs de ce type d’initiative de vouloir mettre un terme à ces agissements ». 

Et le rapport de souligner l’idéologie réactionnaire portée par ces banquets, relayés par des influenceurs masculinistes et les milieux traditionalistes, en plus des « débordements » racistes, néonazis, homophobes… Bizarrement, la sénatrice autrice du rapport n’a pas fait l’objet d’une plainte du Canon Français, qui semble voir dans les procès un moyen de gratter du buzz et d’essayer de museler ses opposants, bien davantage qu’une manière d’obtenir justice. 

Par Alexis Poyard

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